vendredi 19 mai 2017

Consécration à Marie du vénérable abbé Henri Marie Boudon, Archidiacre d'Evreux, serviteur de Notre Dame

L'Assomption, par Guillaume Courtois
Du saint esclavage de la Mère de Dieu
ORAISON POUR S’OFFRIR À LA TRÈS SAINTE VIERGE,
EN QUALITÉ D’ESCLAVE


Très-sainte et suradorable Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, Dieu d’infinie majesté, devant qui les cieux et la terre, tous les anges et les hommes, et la très sacrée Vierge même ne sont qu’un pur néant, abîmé devant vos divines grandeurs, je reconnais que je ne suis rien et que je ne puis rien, non pas même dire une seule parole chrétiennement, ni avoir la moindre bonne pensée pour l’éternité. Pénétré de cette vérité, je mets toute ma confiance en votre seule vertu, et je n’espère qu’en vos amoureuses bontés.

Je confesse que je suis un serviteur inutile, un pauvre pécheur, qui ne suis digne que de l’enfer, qui ne mérite que votre colère, et à qui rien autre chose n’appartient que la damnation éternelle.
Je confesse que mes péchés me rendent indigne entièrement de vos miséricordes, que j’implore, ô Père éternel, avec les secours de votre grâce, par les mérites des souffrances et de la mort adorable de Jésus-Christ Notre-Seigneur, votre Fils bien-aimé, mon très débonnaire sauveur et toute mon espérance.


Appuyé sur sa divine grâce je déteste et ai en horreur, en général et en particulier, tous les péchés que j’ai commis depuis l’usage de raison jusqu’à présent, parce qu’ils vous déplaisent et parce qu’ils vous offensent ; ni la crainte de l’enfer, ô mon Dieu ! ni la peur de perdre le paradis ne sont pas les motifs de ma douleur ; ce n’est pas aussi seulement à raison de tant de bontés que vous avez eues pour moi, de tant de miséricordes et de grâces, et tant de dons que vous nous avez communiqués si libéralement, que je regrette mes péchés : je les ai en horreur, mon Dieu, à raison de ce que vous êtes ; je désire que mon âme en ait toute la douleur possible, parce qu’ils sont contre vous. Je veux, selon vos ordres, m’en confesser de tous au prêtre votre ministre, comme vous l’avez commandé, et à l’avenir, avec le secours de votre grâce, j’aimerais mieux mourir que de vous offenser, faisant une ferme résolution non-seulement d’éviter le péché, mais toutes les occasions prochaines du péché, et désirant sérieusement satisfaire pour tous les péchés que j’ai commis contre la justice en la manière que vos serviteurs l’ordonneront.
Ensuite, ô mon Seigneur, mon cœur dit en votre divine présence, et sous la protection de votre puissante main, qu’il veut dès à présent commencer une nouvelle vie, ne vivant plus, ô adorable Jésus, mon Sauveur, qu’en vous, de vous, par vous et pour vous. Tout ce qui me reste donc à faire durant toute ma vie est de vous plaire, d’exécuter vos ordres et suivre fidèlement vos divines volontés. Je vois bien que c’est là la grande affaire, l’affaire des affaires, et l’unique affaire que nous ayons au monde.

Ah ! Il est vrai, mon souverain Seigneur ! Je n’y suis ni pour moi, ni pour aucune créature ; hélas ! Nos pauvres cœurs le ressentent bien, ne pouvant trouver de véritable repos en aucune chose créée, n’y ayant que vous seul qui en soyez le centre et la fin, aussi bien que le principe. Ô mon âme ! Que tard nous avons bien connu cette vérité ! Nous laissant aller à tant d’égarements dans la multitude des créatures et des choses du monde que nous recherchions. Ô mon Dieu ! Aujourd’hui je renonce par une résolution irrévocable à tout ce qui n’est pas vous ; je n’ai plus d’autre dessein ni d’autre volonté que de vous chercher et votre gloire en tout ce que je penserai, dirai, ferai ou souffrirai.
C’est vous seul que je veux aimer dans toutes les amitiés ; c’est votre divin intérêt que je prétends dans les biens que je puis avoir ; c’est votre ordre que je veux exécuter dans l’état où je suis, dans la vocation où vous m’avez appelé, ne m’y regardant que comme votre créature, pour y agir conformément à votre très sainte volonté, laissant là toutes les considérations de la terre et de la nature, de famille, de proches, d’amis, tous les respects humains, toutes les vues intéressées, soit du bien, soit du plaisir, soit de l’honneur, ne voulant purement dans le bien, le plaisir ou l’honneur de ce monde que le bien de votre gloire, que votre bon plaisir, que votre honneur.
Tous les jours donc, ô mon Dieu ! à mon réveil je considérai ces vérités et ne vous offrirai pas seulement toutes mes actions de bouche, mais bien plus de cœur, tâchant de porter ces dispositions par état, de n’avoir point dans le fond de mon âme d’autres desseins. Je me lèverai donc dans la vue et la résolution de vous servir dans toutes mes actions ; ce sera pour vous que je serai occupé selon ma vocation, que je converserai avec les créatures, que je ferai affaire avec elles, que je prendrai des desseins, que j’entreprendrai les choses ; toutes mes paroles n’auront point d’autre fin que vous ; je mangerai, je me récréerai, je travaillerai, je marcherai, je dormirai, je m’arrêterai en un lieu où je ferai des voyages, tout cela uniquement pour vous ; et afin qu’en vérité je puisse dire que ces choses n’ont point d’autre fin que votre gloire, je prendrai garde de ne rien faire qui vous y déplaise et tâcherai de les faire comme vous le voulez, et en la manière que vous le désirez, sans empressement, sans inquiétude, sans chagrin, pour la nécessité et dans une juste modération chrétienne ; et puisque ce n’est que votre volonté que je veux, je me mets dans une entière indifférence pour recevoir tout ce qu’il vous plaira m’envoyer, soit pauvreté, perte de biens, de réputation, délaissement de mes amis, privation des personnes les plus chères, mépris, confusions, maladies, peines d’esprit, m’abandonnant sans réserve à tout ce que vous voudrez ; puisque ce n’est pas moi que je cherche, puisque je ne dois vivre ni pour moi ni pour aucune créature, il me doit bien suffire que votre volonté s’accomplisse et tout le reste me doit être indifférent, puisque vous êtes ma fin, nécessairement il faut aller à vous : les uns y vont par une voie et les autres par une autre, ce n’est pas à nous d’ordonner des moyens qui nous conduisent à notre fin ; ce que nous avons à faire est de nous tenir dans la voie où notre bon Maitre et Seigneur nous met : quelque pénible qu’elle soit, c’est toujours pour nous la meilleure ; que les autres aillent par des chemins plus doux, pour nous tout notre contentement doit être de nous contenter de votre bon plaisir, ô divin Créateur du ciel et de la terre !
 
Mais parce que votre bon plaisir a été de vous donner à nous par la très sainte Vierge, et que vous voulez que nous nous donnions à vous par cette glorieuse Princesse, et que, dans cette vue, vous l’avez choisie pour votre très sainte mère, et avez bien voulu vous assujettir à elle et lui obéir par une humilité infiniment étonnante, en l’honneur de cette admirable dépendance, aujourd’hui, en présence de toute la cour céleste, je la prends et choisis pour ma très bonne et très chère mère, pour ma très sainte patronne, pour ma fidèle avocate, pour ma chère maîtresse, pour ma souveraine et ma reine, m’engageant à être le reste de ma vie son vassal et son esclave.

Grande reine, prosterné donc à vos pieds, avec tous les respects et tous les sentiments les plus tendres dont mon cœur est capable, je vous consacre ma liberté et vous cède tout le droit que j’ai sur moi-même et sur toutes mes actions, vous en laissant la disposition entière, au moins autant que je le puis selon les ordres de votre Fils bien-aimé, et conformément à mon état et vocation, pour l’appliquer à qui bon vous semblera, me l’ôtant quand il vous plaira, selon votre bon plaisir et durant ma vie et après ma mort.

Ô mon âme ! Que nous sommes heureux d’être entièrement de la sorte à la divine Marie ! Ne nous regardons donc plus jamais que comme une chose qui lui est entièrement dévouée et consacrée, comme une chose qui lui appartient et qui est entièrement à elle. Non, nous ne sommes plus à nous, nous ne sommes plus à aucune créature du monde ; il ne faut donc plus vivre que pour son service et n’entreprendre jamais rien qu’avec sa dépendance.

Ô mon saint ange ! Assistez-moi dans une si sainte résolution ! Esprits célestes de tous les neuf chœurs des anges ! Esprits si aimants et si aimables ! Aidez-moi à aimer ma divine Princesse, offrez-lui le don que je lui fais de ce que je suis et de tout ce qui m’appartient. Glorieux saints et saintes, et particulièrement mes patrons et patronnes, bienheureux saint Joseph, aimable saint Jean l’évangéliste, vous tous qui avez excellé spécialement dans l’amour et la dévotion de ma grande reine, obtenez-moi quelque part au zèle fervent et à la fidélité inviolable que vous lui avez gardée, pour l’honneur et la gloire de Jésus-Christ, notre Seigneur, qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles.



Note de M. Boudon : Il faut prendre garde à dire plus de cœur que de bouche cette oraison, tâchant d’en bien concevoir le sens, et, l’ayant pris une bonne fois, en faire une ferme résolution pour le reste de sa vie. C’est pourquoi il est à propos de la méditer auparavant que de la réciter, et il faut prier Notre-Seigneur qu’il nous fasse la grâce de nous bien pénétrer de cette vérité : que nous ne sommes au monde que pour lui, que nous n’y avons autre chose à faire ; et ensuite, avec l’aide de sa grâce, entrer très fortement dans le dessein de ne vivre plus que pour sa gloire, portant cette disposition au fond de notre âme et par état, en sorte que, lorsque nous réfléchirons sur nos actions, nous puissions voir que dans le fond de notre cœur c’est Dieu que nous cherchons, et qu’au moins, si nous faisons quelque chose de contraire, que ce ne soit pas par une entière advertance, de telle manière que notre âme demeure toujours invariable quant à son fond. Une âme pénétrée de la sorte renouvellera facilement tous les matins ce qui est contenu en cette oraison, qui consiste au renoncement de tout ce qui n’est pas Dieu, dans le regret de ses fautes et dans le dessein à l’avenir de ne chercher que lui seul et ses divins intérêts, dans une dépendance entière en qualité d’esclave de sa très sainte Mère. Un mot ou deux suffiront aux âmes heureusement engagées dans le divin amour.


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