mardi 19 septembre 2017

Le vénérable abbé Henri Marie Boudon, un saint homme de Dieu qui prie pour nous

Gravure du vénérable abbé Boudon
« Vie nouvelle de Henri-Marie Boudon », par S.Exc.R. Mgr Matthieu, Archevêque de Besançon

« Nous, Henri-Marie Boudon, ci-devant grand archidiacre d’Evreux, déclarons que notre dernière résolution est, malgré toutes les inclinations que nous aurions d’être enterré avec les pauvres, supposé que l’on ne voulût pas nous mettre au gibet, est d’être enterré chez MM. du séminaire du précieux Cœur de l’immaculée Vierge Mère de Dieu, à l’entrée de leur église, sous les marche pieds de pierre, afin d’y être foulé incessamment aux pieds. » 

« Fait ce 23 d’août, jour de la fête de Saint Philippe de Béniti, religieux et digne serviteur de la glorieuse Mère de Dieu et l’un de ses apôtres, 1702 » 

Signé : Boudon

La mort de Boudon répandit cette odeur d’édification et de sainteté qui fait présager ici-bas quelle est la libéralité infinie de Dieu sur les âmes qu’il a purifiées dans les souffrances ;  leur triomphe date de ce moment lugubre et leur gloire semble sortir de la corruption du tombeau.
Ce ne furent pas seulement ses amis qui reconnurent, dans l’excès de leur douleur, qu’aucune liaison ne pourrait leur procurer des avantages aussi précieux, mais ceux mêmes qui, pendant sa vie avaient trop négligé de profiter de ses pieux exemples, convinrent alors que l’Eglise perdait un de ces hommes rares et parfaits que Dieu lui accorde dans sa miséricorde pour faire son ornement et sa consolation.
Les louanges qu’on lui prodigua et les regrets qu’on exprima sur sa perte devinrent universels et, tel est l’ascendant irrésistible que reprend tôt ou tard la vertu, que personne ne fut indifférent à la mémoire d’un homme dont tant de gens semblaient avoir oublié jusqu’à l’existence.
 
Pierre tombale, dans la chapelle des Saints Anges où
il est inhumé, Cathédrale d'Evreux
Nous excéderions les bornes que nous nous sommes prescrites si nous rapportions les marques de douleur et de respect que donnèrent à sa mort les personnes pieuses qui avaient eu le bonheur de le connaître et de le révérer pendant sa vie. On écrivait de toutes parts à Evreux pour obtenir quelque chose qui lui eût appartenu ou une copie de son portrait.
Les religieuses de Pont-Audemer en placèrent une dans leur oratoire afin d’y recourir dans leurs besoins pour lui demander que dans le Ciel il fût leur père comme il l’avait été sur la terre.


On réclamait avec empressement de ses amis quelques détails sur sa sainte vie et c’est à cette pieuse curiosité que nous devons les manuscrits de MM. Bosguérard, Thomas et Courtin. La duchesse de Bavière, qui ne pouvait pas croire qu’on eût privé le public de l’édification que cette vie devait lui procurer, la fit chercher à Paris avec un soin inutile quelques années après la mort de Boudon.
Plaque, dans la même chapelle, rappelant le
transfert de son cœur.
La vénération qu’il avait inspirée était telle qu’on regardait les lieux qu’il avait habités comme consacrés par une grâce particulière.
Le P. du Puys, missionnaire jésuite passant par Evreux quelques jours après qu’il fut mort, voulut aller prier dans la chambre où il avait rendu le dernier soupir et en baisa le pavé avec un religieux respect.

L’opinion que Boudon était allé immédiatement jouir de la gloire était aussi générale qu’accréditée, elle faisait toute la consolation de ses plus chers amis. Dans les lettres qu’ils s’écrivaient mutuellement, après qu’ils l’eurent perdu, ils se félicitaient d’avoir dans le Ciel un protecteur dont la charité, déjà si expansive, étant devenue parfaite, devait leur attirer les bénédictions les plus précieuses.



dimanche 17 septembre 2017

Mais qui est le vénérable abbé Henri Marie Boudon ?

Panneau de bois doré, chapelle des Saints Anges, Cathédrale d'Evreux

Prêtre en surplis. Monsieur Boudon fut un
modèle dans chaque moment de sa vie. Qu'il
prie pour la sainteté des prêtres!
« Vie nouvelle de Henri-Marie Boudon », par Mgr. Matthieu, Archevêque de Besançon, préface

Boudon est assez connu comme auteur ascétique et comme l’un des plus saints prêtres qui honorèrent un siècle fécond en grands hommes

Après avoir recueilli ces différents matériaux, il a semblé à quelques personnes zélées pour la mémoire de Boudon, qu’il y avait lieu d’en profiter pour en former une Vie nouvelle de ce saint prêtre où les ecclésiastiques désireux de parvenir à la perfection de leur état et les âmes pieuses elles-mêmes trouveraient des exemples touchants et des leçons salutaires. Déférant à leur avis nous nous sommes occupé de ce travail qui aurait demandé une main plus exercée et plus habile. Nous y avons apporté les seules qualités qui fussent en notre pouvoir : la bonne foi et l’exactitude des recherches poussées aussi loin que le permettaient les documents à notre disposition. ~ 

Nous nous faisons un devoir de déclarer ici que nous le soumettons en entier au jugement et à la correction de la sainte Eglise. Ayant à aborder des questions délicates qui se rattachent à des matières qui ne le sont pas moins et qui furent si fort agitées du temps de Boudon, encore que nous ayons cherché à les traiter brièvement et avec réserve, à mesure qu’elles se présentaient dans notre sujet ; cependant nous craignons encore notre insuffisance et nous désavouons par avance tout ce qui ne serait pas entièrement exact.

Nous déclarons de plus pour nous conformer aux ordonnances des souverains Pontifes que, si en quelques endroits de cet ouvrage nous donnons à Boudon les épithètes de saint, de vénérable et autres semblables, nous ne prétendons aucunement prévenir par-là le jugement du saint Siège mais seulement exprimer les sentiments qu’inspirent les vertus de Boudon, sans attacher à ces termes une autre valeur.

Plaise au Dieu tout bon, que Boudon a cherché seul à travers les croix pendant toute sa vie et qu’il a trouvé à l’heure de la mort plein de douceur et de suavité, bénir cet ouvrage et lui faire porter quelques fruits de salut !



vendredi 15 septembre 2017

Notre-Dame des Douleurs

Ô Sainte Vierge Marie,
Vous étiez au pied de la Croix le cœur transpercé par la douleur de voir votre Fils Jésus déchiqueté par le fouet, cloué sur la croix où Il devait mourir.
Vous comprenez l’atroce souffrance de ceux qui ont été touchés par la haine aveugle qui vient de s’abattre sur notre pays et sa capitale Paris.
Sainte-Baume, Notre Dame portant le Corps de son Fils,
offert pour nos péchés et ceux du monde entier
Vous êtes restée debout pour montrer qu’au-delà de l’Amour crucifié il y a l’espérance qui sait que tout ne se termine pas par la mort, que Dieu n’a jamais dit son dernier mot.
Ce mot, c’est le Verbe qui a pris chair en vous pour nous révéler la vérité de Dieu qui est Amour et qui est Vie.
Ô Mère de Miséricorde, venez consoler notre détresse, nous rappeler que la Résurrection de votre Fils a définitivement scellé la victoire de l’amour sur la haine et de la vie sur la mort.
Vous, qui avez recueilli cette phrase de Jésus à son Père : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », priez pour nous afin que nous arrivions à pardonner sans que l’esprit de vengeance ronge notre cœur.
Enfin, vous qui êtes la Sainte Patronne de la France, que votre prière maternelle nous aide à retrouver et à vivre cet Évangile qui a façonné depuis tant de siècles l’âme de notre pays.
Amen

+ Michel Aupetit, Évêque de Nanterre


Sainte Couronne d'épines, Cathédrale Notre-Dame de Paris

jeudi 14 septembre 2017

Croix glorieuse

Pétales de roses rouges parsemant la pierre de Gethsémani, lieu-même de
l'Agonie du Sauveur (1er juillet 2017, fête du Précieux Sang - Jérusalem)
La Croix et la bénédiction, par Sainte Angèle de Foligno, in « Visions et instructions », chap. XXXIV

Un jour j’étais à la messe dans l’église Saint-François. On approchait de l’élévation et le chœur des Anges retentissait : Sanctus ! Sanctus ! Sanctus ! …etc. ; mon âme fut emportée et ravie dans la lumière incréée ; elle fut attirée, elle fut absorbée, et voici une plénitude ineffable, ineffable, en vérité.

Regardez comme rien, comme absolument rien, tout ce qui peut être exprimé en langue humaine. O création inénarrable du Dieu incréé et tout-puissant, les louanges qu’on peut chanter sont de la poussière auprès de Vous !

Absorption sacrée de l’abîme où me plonge la main du Dieu ravissant, après votre transport, mais encore sous l’influence qui l’avait précédé, m’apparut l’image du Dieu crucifié, comme un instant après la descente de croix ; le sang était frais et rouge et coulant encore des blessures et les plaies étaient récentes.
Descente de Croix, détail, par Antoine van Dyck
Alors dans les jointures je vis les membres disloqués ; j’assistai au brisement intérieur qu’avait produit sur la croix l’horrible tiraillement du corps, je vis ce qu’elles avaient fait, les mains homicides. Je vis les nerfs, je vis les jointures, je vis le relâchement, l’allongement contre nature qu’avaient fait dans le supplice – quand ils avaient tiré sur les bras et sur les jambes – les déicides ! Mais la peau s’était tellement prêtée à cette tension, que je n’y voyais aucune rupture.
Cette dissolution des jointures, cette horrible tension des nerfs, qui me permit de compter les os, me perça le cœur d’un trait plus douloureux que la vue des plaies ouvertes. Le secret de la Passion, le secret des tortures de Jésus, le secret de la férocité des bourreaux, m’était montré plus intimement dans la douleur des nerfs que dans l’ouverture des plaies, dans le dedans que dans le dehors.

Alors je sentis le supplice de la compassion ; alors, au fond de moi-même, je sentis dans les os et dans les jointures une douleur épouvantable, et un cri qui s’élevait comme une lamentation, et une sensation terrible, comme si j’avais été transpercée tout entière, corps et âme.

Ainsi absorbée et transformée en la douleur du Crucifié, j’entendis Sa voix bénir les dévoués qui imitaient Sa Passion et qui avaient pitié de Lui :
«Soyez bénis, disait-Il, soyez bénis par la main du Père, vous qui avez partagé et pleuré Ma Passion, vous qui avez lavé vos robes dans mon Sang. Soyez bénis, vous qui, rachetés de l’enfer par les immenses douleurs de Ma croix, avez eu pitié de Moi ; soyez bénis, vous qui avez été trouvés dignes de compatir à Ma torture, à Mon ignominie, à Ma pauvreté. Soyez bénies, ô fidèles mémoires ! Vous qui gardez au fond de vous le souvenir de Ma Passion !
Ma Passion, unique refuge des pécheurs ; Ma Passion, vie des morts ; Ma Passion, miracle de tous les siècles, vous ouvrira les portes du royaume éternel que J’ai conquis pour vous, par elle.
Dans les siècles des siècles, vous qui avez eu pitié, vous partagerez la gloire ! Soyez bénis par le Père, soyez bénis par l’Esprit-Saint, bénis en esprit et en vérité par la bénédiction que Je donnerai au dernier jour ; car Je suis venu chez Moi, et au lieu de Me repousser comme un persécuteur, vous avez offert au Dieu désolé l’hospitalité sacrée de votre amour !
J’étais nu sur la croix, J’avais faim, J’avais soif, Je souffrais, Je mourais, J’étais pendu par leurs clous, vous avez eu pitié ! Soyez bénis, ouvriers de miséricorde !
A l’heure terrible, à l’heure épouvantable, Je vous dirai : Venez, les bien-aimés de Mon Père ! car J’avais faim sur la terre, et vous M’avez offert le pain de la pitié… »

Maître-autel de la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre
Il ajouta des choses étonnantes ; mais ce qui est absolument impossible, c’est d’exprimer l’amour qui brillait sur ceux qui ont pitié : 
« O bienheureux ! ô bénis ! Suspendu à la croix, J’ai crié, pleuré et prié pour Mes bourreaux : « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ! » Qu’est-ce que Je ferai, qu’est-ce que Je dirai pour vous, pour vous qui avez eu pitié, pour vous qui M’avez tenu compagnie, pour vous Mes dévoués, qu’est-ce que Je dirai pour vous, quand J’apparaîtrai, non pas sur la croix, mais dans la gloire, pour juger le monde ? »

Je demeurai frappée au fond, beaucoup plus émue que je ne puis le dire ; les affections qui me venaient de la croix sont au-dessus des paroles. Il ajouta plusieurs paroles qui me mirent en feu ; mais je n’ai ni la volonté ni le pouvoir de les écrire.

Chapelle Notre-Dame des douleurs, mosaïques, près du Golgotha dans la Basilique du Saint-Sépulcre et de l'Anastasis, Jérusalem

mardi 12 septembre 2017

Saint Nom de Marie, Secours des Chrétiens

Du RP. Garrigou Lagrange, op.
Le R.R. Garrigou Lagrange, op.
Brillant théologien, homme savant,
de foi et de prière.

Lorsque, au lieu de croire en Dieu, d'espérer en lui, de l'aimer par-dessus tout et d'aimer le prochain en lui, nous voulons croire à l'humanité, espérer en elle, l'aimer d'une façon exclusivement terrestre, elle ne tarde pas à se montrer à nous avec ses tares profondes, avec ses plaies toujours ouvertes : l'orgueil de la vie, la concupis­cence de la chair, celle des yeux, et toutes les brutalités qui s'ensuivent.

Lorsque, au lieu de mettre sa fin dernière en Dieu, qui peut être simultanément possédé par tous, comme nous pouvons tous posséder, sans nous nuire, la même vérité et la même vertu, on met sa fin dernière dans les biens terrestres, on ne tarde pas à s'apercevoir qu'ils nous divisent profondément, car la même maison, le même champ, le même territoire ne peuvent appartenir simultanément et intégralement à plusieurs. Plus la vie se matérialise, plus les appétits inférieurs sont excités, sans aucune subordination à un amour supérieur, plus les conflits entre les individus, les classes et les peuples s'exaspèrent; finalement, la terre devient un véritable enfer.

Le péché de gourmandise ou la dictature de nos appétits,
chapelle Saint-Yves, Priziac
Le Seigneur montre ainsi aux hommes ce qu'ils peuvent faire sans lui. C'est un singulier commentaire de ces paroles du Sauveur : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » (Jean, XV, 5). « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi disperse » (Matth., XII, 30). « Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matth., VII, 33). Le Psalmiste disait de même : « Si le Seigneur ne bâtit pas la maison, en vain travaillent ceux qui la bâtissent. Si Dieu ne garde pas la cité, en vain la sentinelle veille à ses portes. » (Ps. CXXVI, 1).

On dit des pécheurs qui semblent à jamais perdus, qu'il faut les confier à Marie, il en est de même des peuples chrétiens qui s'égarentToute l'influence de la bienheureuse Vierge a pour but de conduire les âmes à son Fils, comme celle du Christ, médiateur universel, a pour but de les conduire à son Père.
Enluminure de l'Annonciation

La prière de Marie, surtout depuis qu'elle est au ciel, est universelle au plus grand sens du mot.

Elle prie non seulement pour les âmes individuelles de la terre et du purgatoire, mais aussi pour les familles et pour tous les peuples qui doivent vivre sous le rayonnement de la lumière de l'Évangile, sous l'influence de l'Eglise.

De plus, sa prière est d'autant plus puissante, qu'elle est plus éclairée et qu'elle procède d'un amour de Dieu et des âmes que rien ne peut atténuer ou interrompre. L'amour miséricordieux de Marie pour tous les hommes dépasse celui de tous les saints et anges réunis, de même la puis­sance de son intercession sur le Cœur de son Fils.

La force dont nous avons besoin, dans le bouleverse­ment où se trouve le monde à l'heure actuelle, c'est la prière de Marie, Mère de tous les hommes, qui nous l'ob­tiendra du Sauveur.

dimanche 10 septembre 2017

10 septembre, Saint Aubert d'Avranches (né au Ciel vers 725)


Aubert, originaire de Genêts (Basse Normandie), était évêque d'Avranches lorsque, selon la tradition, l'archange saint Michel lui-même serait venu lui faire en songe la demande de fonder un lieu de culte sur le Mont Tombe. Ce n'était pas un lieu commode que cette pointe rocheuse à peine rattachée au continent, couverte de broussailles et seulement habitée, outre les bêtes sauvages, par quelques ermites.

3e apparition de saint Michel à saint Aubert en 706
Aubert, une fois réveillé, préféra penser que ce rêve venait du Malin... Et quand, quelques nuits plus tard, le rêve se répéta, l'évêque Aubert, campant sur ses positions, redoubla de prières et de jeûnes pour faire disparaître cette idée désastreuse.... L'Archange alors se fâcha : il apparut une troisième fois à Aubert, lui réitérant sa demande, en la lui enfonçant dans le crâne, au sens propre puisque, une fois réveillé, l'évêque portait sur son os pariétal cette marque en creux que l'on peut encore constater sur ses reliques. Aubert comprit alors qu'il fallait s'exécuter. Il entreprit aussitôt de faire bâtir un petit sanctuaire dédié à saint Michel.

Des événements providentiels le guidèrent dans sa tâche : un rond de rosée, un matin de septembre, lui indiqua la forme de l'oratoire, un taureau attaché en montra l'emplacement. Une source fut trouvée, un puit creusé. Il fallut encore arracher une pierre cultuelle païenne.

En 708 environ, Aubert envoya des moines chercher au sanctuaire du Mont Gargano en Italie, dédié à saint Michel, des reliques du lieu. Puis, le 16 octobre 709, l'évêque fit la dédicace de l'église et y installa un chapitre de douze chanoines : le Mont Saint-Michel était né.

L'insigne relique du crâne de Saint Aubert. La science n'explique pas le trou de son crâne, fait du vivant du Saint Évêque sans lui causer la mort et pratiqué par un instrument inconnu des hommes. 

samedi 9 septembre 2017

Le miracle de la Marne

Certains historiens parlent de l’événement militaire du 8 septembre 1914 comme d’un « miracle », toujours entre guillemets, ou du « petit miracle ». « Miracle » entre guillemets qu’ils attribuent à diverses causes, mais jamais à Celle qui seule pouvait accomplir un (vrai) miracle, et qui l’a fait : la Sainte Vierge.
Le Courrier de la Manche, le 9 janvier 1917, avait compilé plusieurs témoignages sur le miracle de la Marne.


Un prêtre allemand, blessé et fait prisonnier à la bataille de la Marne, est mort dans une ambulance française où se trouvaient des religieuses. Il leur a dit : “Comme soldat, je devrais garder le silence ; comme prêtre, je crois devoir dire ce que j’ai vu. Pendant la bataille, nous étions surpris d’être refoulés car nous étions légion comparés aux Français, et nous comptions bien arriver à Paris. Mais nous vîmes la Sainte Vierge toute habillée de blanc, avec une ceinture bleue, inclinée vers Paris… Elle nous tournait le dos et, de la main droite, semblait nous repousser.”

Un officier allemand : « Si j’étais sur le front, je serais fusillé, car défense a été faite de raconter, sous peine de mort ce que je vais vous dire : vous avez été étonnés de notre recul si subit quand nous sommes arrivés aux portes de Paris. Nous n’avons pas pu aller plus loin, une Vierge se tenait devant nous, les bras étendus, nous poussant chaque fois que nous avions l’ordre d’avancer. Pendant plusieurs jours nous ne savions pas si c’était une de vos saintes nationales, Geneviève ou Jeanne d’Arc. Après, nous avons compris que c’était la Sainte Vierge qui nous clouait sur place. Le 8 septembre, Elle nous repoussa avec tant de force, que tous, comme un seul homme, nous nous sommes enfuis. Ce que je vous dis, vous l’entendrez sans doute redire plus tard, car nous sommes peut-être 100.000 hommes qui l’avons vue. »

Deux officiers allemands blessés sont accompagnés par une infirmière. Entrés à l’hôpital, ils aperçoivent une statue de la Vierge de Lourdes et l’un d’eux s’écrie : « Die Frau von der Marne ! » (Oh ! La Vierge de la Marne !). Son compagnon lui désigna l’infirmière afin qu’il se taise car elle les écoutait. Elle tenta vainement de les faire parler.

Une religieuse qui soignait des blessés à Issy-les-Moulineaux : « C’était après la bataille de la Marne. Parmi les blessés soignés à l’ambulance d’Issy, se trouvait un Allemand très grièvement atteint et jugé perdu. Grâce aux soins qui lui furent prodigués, il vécut encore plus d’un mois. Il était catholique et témoignait de grands sentiments de foi. Les infirmiers étaient tous prêtres. Il reçut les secours de la religion et ne savait comment témoigner sa gratitude. Il disait souvent : “Je voudrais faire quelque chose pour vous remercier.” Enfin, le jour où il reçut l’extrême-onction, il dit aux infirmiers : “Vous m’avez soigné avec beaucoup de charité, je veux faire quelque chose pour vous en vous racontant ce qui n’est pas à notre avantage mais qui vous fera plaisir. Je payerai ainsi un peu ma dette. Si j’étais sur le front, je serais fusillé car défense a été faite d’en parler. » Et il parla de cette visite de la Vierge qui épouvanta les soldats allemands et provoqua leur fuite.

Dans une ambulance, un soldat allemand dit à la religieuse française qui le soignait : — Ma sœur, c’est fini, bientôt je serai mort. Je voudrais vous remercier de m’avoir si bien soigné, moi un ennemi. Alors je vais vous dire une chose qui vous fera grand plaisir. En ce moment, nous avançons beaucoup en France mais, malgré tout, à la fin c’est votre pays qui gagnera. — Comment le savez-vous ? — À la bataille de la Marne, nous avons vu la Sainte Vierge nous repousser. Elle vous protège contre nous. Les officiers nous ont défendu, sous peine de mort, de parler de cette vision. Mais maintenant je suis fini. Quand je serai mort vous pourrez raconter la chose, pourvu que vous ne me nommiez pas. Témoignage d’un Allemand sur la bataille de l’Ourcq : « Pendant plusieurs jours, toute notre division a vu devant elle, dans le ciel, une Dame blanche avec une ceinture bleue flottant et un voile blanc. Elle nous tournait le dos et nous effrayait beaucoup. Le 5 septembre 1914, nous avons reçu l’ordre d’avancer et nous avons essayé de le faire : mais la Dame a paru tellement éblouissante et nous repoussait de ses deux mains de façon si terrifiante que nous nous sommes tous enfuis. »

Témoignage d’un soldat, à Liège, après l’armistice : « Oh ! dès le commencement de la guerre je savais bien qu’à la fin nous serions battus. Je peux bien vous dire ça car je sais bien que vous ne le répéterez pas à nos officiers. À la première bataille de la Marne, nous avions devant nous, dans le ciel, une Dame blanche qui nous tournait le dos et nous repoussait de ses deux mains. Malgré nous, nous étions pris de panique, nous ne pouvions plus avancer. Trois de nos divisions au moins ont vu cette apparition. C’était sûrement la Sainte Vierge !  À un moment, Elle nous a tellement épouvantés que nous nous sommes tous enfuis, les officiers comme les autres. Seulement, le lendemain ils ont défendu d’en parler sous peine de mort : si toute l’armée l’avait su, elle aurait été démoralisée. Pour nous, nous n’avions plus le cœur à nous battre puisque Dieu était contre nous. C’était sûr qu’on allait à la mort pour rien mais il fallait bien marcher quand même. Nous ne pouvions pas faire autrement. C’est dur la guerre ! »

A Saint-Germain-en-Laye, près de la terrasse du château, il y a un chêne qui abrite une statue de la Vierge appelée Notre Dame des Anglais, parce que Jacques II Stuart, roi d’Angleterre, exilé en 1668 au château de Saint-Germain où il mourut en 1701, aimait prier devant une statue de la Vierge, placée sur un chêne près de la terrasse. La statue, et sans doute l’arbre, ont changé, mais la dévotion demeure. En septembre 1914, lors de la bataille de la Marne, cette Vierge fut l’objet de ferventes prières et supplications pour demander l’arrêt des armées allemandes qui menaçaient Paris. Une plaque commémorative de la Victoire de la Marne, le 8 septembre, jour de la Nativité de Marie, à été placée sous la niche en gage de reconnaissance



vendredi 8 septembre 2017

Nativité de la Vierge Marie

Chapelle de la nativité de la Vierge Marie, l'église romane construite
par les Croisés, Sainte-Anne de Jérusalem, est construite au-dessus.
Première homélie  de Saint Jean Damascène pour la nativité de la Vierge Marie

Neuf mois étant accomplis, Anne mit au monde une fille et l’appela du nom de Marie. Quand elle l’eut sevrée, la troisième année, Joachim et elle se rendirent au Temple du Seigneur et, ayant offert au Seigneur des victimes, ils présentèrent leur petite fille Marie pour qu’elle habitât avec les vierges qui, nuit et jour, sans cesse, louaient Dieu.

Quand elle eut été amenée devant le temple du Seigneur, Marie gravit en courant les quinze marches sans se retourner pour regarder en arrière et sans regarder ses parents comme le font les petits enfants. Et cela frappa d’étonnement toute l’assistance, au point que les prêtres du Temple eux-mêmes étaient dans l’admiration.

Puisque la Vierge Marie devait naître d’Anne, la nature n’a pas osé devancer le germe béni de la grâce. Elle est restée sans fruit jusqu’à ce que la grâce eût porté le sien. En effet il s’agissait de la naissance, non d’un enfant ordinaire, mais de cette première-née d’où allait naître le premier-né de toute créature, en qui subsistent toutes chose. O bienheureux couple, Joachim et Anne ! Toute la création vous doit de la reconnaissance, car c’est en vous et par vous qu’elle offre au créateur le don qui surpasse tous les dons, je veux dire la chaste Mère qui était seule digne du Créateur.
 
Icône dans la chapelle de la Nativité
de Notre-Dame et vénérée ce jour
Aujourd’hui sort de la souche de Jessé le rejeton sur lequel va s’épanouir pour le monde une fleur divine. Aujourd’hui Celui qui avait fait autrefois sortir le firmament des eaux crée sur la terre un ciel nouveau, formé d’une substance terrestre ; et ce ciel est beaucoup plus beau, beaucoup plus divin que l’autre, car c’est de lui que va naître le soleil de justice, celui qui a créé l’autre soleil. ~

Que de miracles se réunissent en cette enfant, que d’alliances se font en elle ! Fille de la stérilité, elle sera la virginité qui enfante. En elle se fera l’union de la divinité et de l’humanité, de l’impassibilité et de la souffrance, de la vie et de la mort, pour qu’en tout ce qui était mauvais soit vaincu par le meilleur. O fille d’Adam et Mère de Dieu ! Et tout cela a été fait pour moi, Seigneur ! Si grand était votre amour pour moi que vous avez voulu, non pas assurer mon salut par les anges ou quelque autre créature, mais restaurer par vous-même celui que vous aviez d’abord créé vous-même. C’est pourquoi je tressaille d’allégresse et je suis plein de fierté, et dans ma joie, je me tourne vers la source de ces merveilles, et emporté par les flots de mon bonheur, je prendrai la cithare de l’Esprit pour chanter les hymnes divins de cette naissance. ~

Aujourd’hui le créateur de toutes choses, Dieu le Verbe compose un livre nouveau jailli du cœur de son Père, et qu’il écrit par le Saint-Esprit, qui est langue de Dieu. ~

Nativité de Notre Dame, sa mère, sainte Anne, alitée,
est réconfortée par une servante
O fille du roi David et Mère de Dieu, Roi universel. O divin et vivant objet, dont la beauté a charmé le Dieu créateur, vous dont l’âme est toute sous l’action divine et attentive à Dieu seul ; tous vos désirs sont tendus vers cela seul qui mérite qu’on le cherche, et qui est digne d’amour ; vous n’avez de colère que pour le péché et son auteur. Vous aurez une vie supérieure à la nature, mais vous ne l’aurez pas pour vous, vous qui n’avez pas été créée pour vous. Vous l’aurez consacrée tout entière à Dieu, qui vous a introduite dans le monde, afin de servir au salut du genre humain, afin d’accomplir le dessein de Dieu, l’Incarnation de son Fils et la déification du genre humain. Votre cœur se nourrira des paroles de Dieu : elles vous féconderont, comme l’olivier fertile dans la maison de Dieu, comme l’arbre planté au bord des eaux vives de l’Esprit, comme l’arbre de vie, qui a donné son fruit au temps fixé : le Dieu incarné, la vie de toutes choses. Vos pensées n’auront d’autre objet que ce qui profite à l’âme, et toute idée non seulement pernicieuse, mais inutile, vous la rejetterez avant même d’en avoir senti le goût.

Vos yeux seront toujours tournés vers le Seigneur, vers la lumière éternelle et inaccessible ; vos oreilles attentives aux paroles divines et aux sons de la harpe de l’Esprit, par qui le Verbe est venu assumer notre chair, ~ vos narines respireront le parfum de l’époux, parfum divin dont il peut embaumer son humanité. Vos lèvres loueront le Seigneur, toujours attaché aux lèvres de Dieu. Votre bouche savourera les paroles de Dieu et jouira de leur divine suavité. Votre cœur très pur, exempt de toute tache, toujours verra le Dieu de toute pureté et brûlera de désir pour lui. Votre sein sera la demeure de celui qu’aucun lieu ne peut contenir. Votre lait nourrira Dieu, dans le petit enfant Jésus. Vous êtes la porte de Dieu, éclatante d’une perpétuelle virginité. Vos mains porteront Dieu, et vos genoux seront pour lui un trône plus sublime que celui des chérubins. ~ Vos pieds, conduits par la lumière de la loi divine, le suivant dans une course sans détours, vous entraîneront jusqu’à la possession du Bien-Aimé. Vous êtes le temple de l’Esprit-Saint, la cité du Dieu vivant, que réjouissent les fleuves abondants, les fleuves saints de la grâce divine. Vous êtes toute belle, toute proche de Dieu ; dominant les Chérubins, plus haute que les Séraphins, très proche de Dieu lui-même.

Salut, Marie, douce enfant d’Anne ; l’amour à nouveau me conduit jusqu’à vous. Comment décrire votre démarche pleine de gravité ? votre vêtement ? le charme de votre visage ? cette sagesse que donne l’âge unie à la jeunesse du corps ? Votre vêtement fut plein de modestie, sans luxe et sans mollesse. Votre démarche grave, sans précipitation, sans heurt et sans relâchement. Votre conduite austère, tempérée par la joie, n’attirant jamais l’attention des hommes.

Nativité de la Sainte Vierge Marie,
vitrail, détail
Témoin cette crainte que vous éprouvâtes à la visite inaccoutumée de l’ange ; vous étiez soumise et docile à vos parents ; votre âme demeurait humble au milieu des plus sublimes contemplations. Une parole agréable, traduisant la douceur de l’âme. Quelle demeure eût été plus digne de Dieu ? Il est juste que toutes les générations vous proclament bienheureuse, insigne honneur du genre humain. Vous êtes la gloire du sacerdoce, l’espoir des chrétiens, la plante féconde de la virginité. Par vous s’est répandu partout l’honneur de la virginité. Que ceux qui vous reconnaissent pour la Mère de Dieu soient bénis, maudits ceux qui refusent ~

O vous qui êtes la fille et la souveraine de Joachim et d’Anne, accueillez la prière de votre pauvre serviteur qui n’est qu’un pécheur, et qui pourtant vous aime ardemment et vous honore, qui veut trouver en vous la seule espérance de son bonheur, le guide de sa vie, la réconciliation auprès de votre Fils et le gage certain de son salut. Délivrez-moi du fardeau de mes péchés, dissipez les ténèbres amoncelées autour de mon esprit, débarrassez-moi de mon épaisse fange, réprimez les tentations, gouvernez heureusement ma vie, afin que je sois conduit par vous à la béatitude céleste, et accordez la paix au monde. A tous les fidèles de cette ville, donnez la joie parfaite et le salut éternel, par les prières de vos parents et de toute l’Eglise.


mardi 5 septembre 2017

1er mardi du mois des saints Anges et de Saint Michel

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « L’homme de Dieu », partie II, chap. 6

Le Père Seurin disait que l’abondance des grâces de l’âme croît beaucoup par l’union que nous avons avec ces purs esprits, quoique l’on y fasse peu de réflexion.

Ce sentiment est bien autorisé par l’expérience de sainte Thérèse (d'Avila) qui marchait à la perfection à pas de géant depuis qu’une voix du ciel lui eut dit qu’elle ne conversât plus qu’avec les anges

Le Père ajoutait que ces bienheureux esprits nous favorisent beaucoup et nous enrichissent de leur plénitude, chaque ordre selon ce qui lui est propre : les séraphins nous faisant part de leurs ardeurs amoureuses ; les chérubins de leur sagesse et de leurs lumières ; les trônes de leur repos ; les dominations de la participation au règne de Jésus Christ ; les vertus de leur grand pouvoir et de leur force ; les puissances de leur victoire contre les démons ; les principautés et les archanges de leur zèle pour les intérêts de l’adorable Jésus, leur grand Roi et le nôtre, dans les royaumes, dans les provinces et les Etats tant ecclésiastiques que séculiers ; les anges de leur pureté, de leur vue de Dieu en toutes choses et de leur charité pour les âmes.



samedi 2 septembre 2017

Vénérer et prier notre cher abbé Henri Marie Boudon

Carte de 1881
« Vie nouvelle de Henri Marie Boudon », par S.Exc.R. Mgr. Matthieu, Archevêque de Besançon

La vénération qu’on portait à la mémoire de Boudon attira pendant plusieurs années à son tombeau un grand nombre de personnes pieuses, leur confiance était d’ailleurs excitée par l’exemple de ses amis qui venaient de toutes les parties de la France rendre leurs hommages à ses cendres et par le témoignage de quelques personnes qui attestèrent avoir été gratifiées par son intercession de plusieurs grâces miraculeuses pour le corps ou pour l’âme.
 
Autel de la chapelle des Saints Anges où repose le corps du vénérable.
Mais après la mort de ceux qui l’avaient connu, le concours diminua ; on cessa de parler des vertus du saint prêtre, la confiance qu’on avait en son crédit auprès de Dieu se refroidit peu à peu et, depuis 1720 jusqu’en 1740, sa mémoire était presque tombée en oubli à Evreux et son tombeau devenu désert.


Ce fut alors que Dieu suscita dans le cœur de quelques personnes le désir de réparer cet oubli.


Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale d'Evreux

jeudi 31 août 2017

Naissance au Ciel de l'abbé Henri-Marie Boudon

Carte de 1654, Evreux, sa Cathédrale et l'église Saint-Taurin
« Vie nouvelle de Henri Marie Boudon », par S. Exc. R. Mgr. Matthieu, Archevêque de Besançon


En voyant approcher le moment qui allait le séparer de ses amis en ce monde, Boudon sentait redoubler l’affection sainte qu’il leur portait et il lui semblait aussi qu’elle allait prendre dans le sein de Dieu un caractère plus durable et plus pur.

Jamais il ne parut plus occupé des amis que la charité lui avait formés que dans ces instants pénibles où l’âme effrayée se replie ordinairement sur elle-même et perd de vue tout ce qui l’environne ; il est vrai que chacun d’eux perdait en lui ou un bienfaiteur ou un conseil et un appui, aussi mettait-il tous ses soins à leur persuader qu’après lui, la Providence saurait leur procurer d’autres moyens d’assistance et d’autres instruments de sanctification.

Piéta, détail. Chapelle de la Mère de Dieu, Cathédrale d'Evreux
Toutes ses lettres respirent cette attention délicate avec laquelle il les préparait à leur séparation prochaine en cherchant à insinuer dans leur cœur la sainte résignation et la douce confiance dont le sien était pénétré ~.

« Souvenez-vous que dans l’ancienne loi les sacrifices charnels que l’on offrait à Dieu ne pouvaient être sans de grandes douleurs de la part des victimes car il fallait qu’elles fussent égorgées et elles n’étaient qu’une figure du grand sacrifice que nous faisons avec Notre Seigneur Jésus Christ ; or, combien en a-t-il coûté à cet aimable Sauveur ! Il suffit donc, ma chère fille, que vous lui sacrifiiez dans le fond de votre âme sans réserve. Ne vous mettez point en peine des contradictions que vous ressentirez dans votre partie inférieure. »

~ Ce fut dans cet état continuel de crise qu’il passa tout le mois d’avril et celui de mai. Les premiers jours de juin furent très mauvais et le 7 il se trouva si mal qu’on crut qu’il ne passerait pas la nuit. Il reçut l’extrême onction le 8 au matin et dicta ensuite quelques lignes à M. Thomas pour le lui annoncer.

Malgré sa pieuse confiance et son abandon sans réserve à la volonté de Dieu, il n’était pas exempt de cette crainte religieuse que les approches de l’éternité ont imprimée dans l’âme des plus grands saints ; aussi se recommandait-il instamment aux prières de ses amis, il les conjurait surtout d’intéresser en sa faveur la Reine des anges et ceux des bienheureux qui étaient les objets les plus particuliers de sa dévotion. Il invoquait continuellement le secours de ces célestes intercesseurs et, lorsque la violence de ses maux ne lui permettait plus d’adresser au Ciel, que des prières entrecoupées et, sans suite, son oraison jaculatoire la plus ordinaire, alors était ces mots qui exprimaient si bien les désirs de toute sa vie : « Mon Dieu que je cesse d’être afin que vous viviez en moi que je périsse à la vie sensuelle afin de ne pas périr de la mort éternelle. »


Chanoine cathédral. Gravure
~ Ce fut à quelques jours de là que le pieux archidiacre fut appelé à jouir de la compagnie des saints dont il avait si bien suivi les traces. Les crises douloureuses qui l’avaient éprouvé si longtemps ne reparurent point aux approches de sa mort mais on put prévoir qu’elle suivrait de près l’anéantissement total dans lequel il tomba ; l’esprit parut même quelquefois s’égarer un peu et les idées perdre leur suite mais, en lui parlant de Dieu, on le rappelait à lui-même et on s’apercevait que si la nature succombait à son épuisement, l’âme ne perdait rien de la ferveur qui avait toujours fait sa force.

Dans une de ces fréquentes défaillances où il ne donnait plus aucun signe de vie, le bruit de sa mort s’étant répandu, plusieurs personnes accoururent autour de son lit par un de ces mouvements spontanés qui portent à contempler les restes des saints et à s’approprier quelque chose qui leur ait appartenu. S’étant aperçu, en revenant à lui, que sa chambre était pleine de monde et, sa langue étant trop enflée pour qu’il pût satisfaire au désir qu’il avait de leur parler lui-même, il dit en bégayant à M. Chanoine : « Dites aux personnes qui sont ici que je les exhorte de tout mon cœur à aimer et à servir Dieu fortement et que dans le pays de Dieu seul où je vais tout le monde sera obligé de reconnaître par force ou par amour qu’il n’y avait que cela à faire en ce monde. »

Petit cartulaire de Sant-Taurin d'Evreux
~ Cette grande et consolante pensée qui avait fait les délices de sa vie environna de paix la dernière heure de Boudon et ce fut encore en répétant à Dieu qu’il ne voulait plus que lui seul qu’il remit doucement son âme entre ses mains, sans effort et sans agonie, le jeudi 31 août 1702, dans la soixante-dix neuvième année de son âge.

Quelques instants avant d’expirer, Boudon avait chargé M. Chanoine de faire connaître sa mort à ses amis afin qu’ils priassent pour son âme. M. Chanoine s’acquitta dès le lendemain de ce pieux devoir en écrivant à M. Thomas la lettre suivante :

« Ce n’est plus le saint M. Boudon qui vous écrit, c’est un misérable et chétif prêtre qu’il a eu la charité de souffrir auprès de sa sainte personne pendant sa vie qui s’acquitte d’un devoir qu’il lui a imposé à l’heure de la mort qui est de le recommander aux prières de ses amis en Jésus Christ ; c’est pourquoi, j’ai l’honneur de vous écrire la présente pour vous dire qu’il est mort dans le même zèle de l’établissement du règne de Dieu seul en lui comme il a toujours vécu. Il me dit, le soir du jour qui précéda sa mort, qu’il se sentait le cœur plus que plein du désir de servir Dieu de toutes ses forces mieux qu’il n’avait encore fait jusque-là, et il mourut hier entre mes bras, après m’avoir témoigné pour dernière parole, qu’il ne voulait plus que Dieu seul. »
« MM. nos chanoines l’ont inhumé comme l’un d’eux malgré tous ses sentiments pour la pauvreté. MM. de notre séminaire et MM. du chapitre, ayant beaucoup disputé à qui le posséderait, mais enfin on l’a inhumé dans la chapelle où il a toujours célébré les divins mystères, quoique ce soit contre l’usage de la cathédrale d’Evreux qui inhume ses dignités devant un autel particulier de la sainte Vierge et les autres chanoines devant leurs chapelles. »
Le Séminaire tenu par les Eudistes, aujourd'hui le palais de justice. A son
entrée était enterré le Cœur du Vénérable prêtre.
« L’affluence du peuple fut si grande dans sa chambre dès qu’on sut sa mort qu’à peine put-on avoir le temps de le mettre sur la paillasse de son lit pour permettre au peuple qui venait de toutes parts de lui rendre les derniers devoirs. Tous les petits enfants et toutes les grandes personnes lui baisaient les pieds et on eut toutes les peines du monde, à dix heures du soir, de faire retirer tous ceux qui y venaient et qui ne se lassaient point de le regarder, de le toucher et de lui faire toucher des mouchoirs, des heures, des scapulaires, des chapelets, des chemises et autres choses. »
« Vous saurez aussi que pour contenter MM. du chapitre et du séminaire, MM. du séminaire ont eu le cœur, et le corps a été porté à Notre-Dame ; il y a quelques personnes qui disent avoir reçu du soulagement et la guérison de quelques incommodités et plusieurs personnes ont commencé dès aujourd’hui à faire des neuvaines à son tombeau. Nous avons fait tirer son portrait par un curé de notre connaissance parce que nous n’avons point de peintre à Evreux mais, comme il n’a pas bien réussi à cause qu’il était fort interrompu par le bruit et la foule du peuple, il en a tiré le portrait en plâtre et ensuite en cire pour le crayonner, et vous le faire tenir afin que vous ayez la consolation de le voir, quoique nous l’ayons perdu. Je prendrai la liberté de vous écrire quand nous vous l’enverrons »