dimanche 30 mars 2014

4e Dimanche de Carême - Laetare, la joie au coeur de notre chemin vers Pâques

Parements roses des ornements du Dimanche de Laetare. Le dur violet
de la pénitence et de l'attente s'atténue du blanc de la fête pour nous donner le rose de la joie.

Même les arbres près de Notre-Dame de
Paris se mettent au rose liturgique...
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus 
et de la Sainte-Face,

Manuscrit C, folio 4 recto – folio C recto


Mère bien-aimée, vous n'avez pas craint de me dire un jour que le Bon Dieu illuminait mon âme, qu'Il me donnait même l'expérience des années... O ma Mère! je suis trop petite pour avoir de la vanité maintenant, je suis trop petite encore pour tourner de belles phrases afin de vous faire croire que j'ai beaucoup d'humilité, j'aime mieux convenir tout simplement que le Tout Puissant a fait de grandes choses en l'âme de l'enfant de sa divine Mère, et la plus grande c'est de lui avoir montré sa petitesse, son impuissance.

Mère chérie, vous le savez bien, le Bon Dieu a daigné faire passer mon âme par bien des genres d'épreuves, j'ai beaucoup souffert depuis que je suis sur la terre, mais si dans mon enfance j'ai souffert avec tristesse, ce n'est plus ainsi que je souffre maintenant, c'est dans la joie et la paix, je suis véritablement heureuse de souffrir. O ma Mère, il faut que vous connaissiez tous les secrets de mon âme pour ne pas sourire en lisant ces lignes, car y a-t-il une âme moins éprouvée que la mienne si l'on en juge aux apparences? Ah! si l'épreuve que je souffre depuis un an apparaissait aux regards, quel étonnement!...

Mère bien-aimée, vous la connaissez cette épreuve, je vais cependant vous en parler encore, car je la considère comme une grande grâce que j'ai reçue sous votre Priorat béni.

Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face sur son
lit d’hôpital. La joie et la Croix. 
L'année dernière, le Bon Dieu m'a accordé la consolation d'observer le jeûne du carême dans toute sa rigueur, jamais je ne m'étais sentie aussi forte, et cette force se maintint jusqu'à Pâques. Cependant le jour du Vendredi saint Jésus voulut me donner l'espoir d'aller bientôt le voir au Ciel... Oh! qu'il m'est doux ce souvenir!... Après être restée au Tombeau jusqu'à minuit, je rentrai dans notre cellule, mais à peine avais-je eu le temps de poser ma tête sur l'oreiller que je sentis comme un flot qui montait, montait en bouillonnant jusqu'à mes lèvres. Je ne savais pas ce que c'était, mais je pensais que peut-être j'allais mourir et mon âme était inondée de joie... Cependant comme notre lampe était soufflée, je me dis qu'il fallait attendre au matin pour m'assurer de mon bonheur, car il me semblait que c'était du sang que j'avais vomi.

Le matin ne se fit pas longtemps attendre, en m'éveillant, je pensai tout de suite que j'avais quelque chose de gai à apprendre, en m'approchant de la fenêtre je pus constater que je ne m'étais pas trompée... Ah! mon âme fut remplie d'une grande consolation, j'étais intimement persuadée que Jésus au jour anniversaire de sa mort voulait me faire entendre un premier appel. C'était comme un doux et lointain murmure qui m'annonçait l'arrivée de l'Époux.


Agonie de Notre Seigneur à Gethsémani.
En Tes mains, Seigneur, je remets mon esprit.


vendredi 28 mars 2014

Le couronnement d'épines de Notre Seigneur

Jérôme Bosh, Jésus est couronné d'épines
puis outragé par les gardes.
par Saint Alphonse-Marie de Liguori

Considérations sur la Passion
de Jésus-Christ ",

Chap. 3, II, le couronnement d’épines

La Mère de Dieu a encore révélé à sainte Brigitte que la couronne d'épines ceignait la tête sacrée de son Fils jusqu'au milieu du front, et que les épines furent si violemment enfoncées que le sang ruissela sur toute la face, de telle sorte qu'elle en parut toute couverte

Origène dit que cette horrible couronne ne fût ôtée de la tête de Notre-Seigneur qu'après qu'il eût expiré. Cependant, le vêtement intérieur de Jésus n'avait point de couture, il était d'un seul tissu ; c'est pour cette raison que les soldats ne le partagèrent point entre eux comme ses autres vêtements, mais le tirèrent au sort, ainsi que l'atteste saint Jean (Jn 19, 23). Cette tunique devant donc se tirer du côté de la tête, il est très probable, selon plusieurs auteurs, qu'on ôta la couronne à Jésus pour faire passer la tunique, et qu'on la lui remit ensuite avant de le clouer sur la croix.

On lit dans la Genèse : "La terre sera maudite à cause de ton œuvre ; elle te produira des épines et des ronces" (Gn 3, 17). C'est Dieu qui a prononcé cette malédiction contre Adam et contre toute sa postérité ; en cet endroit, par la terre, encore la chair humaine qui, infectée par la faute de notre premier père, ne produit plus que des épines de péchés. Pour remédier à cette corruption de la chair, dit Tertullien, il a fallu que Jésus-Christ offrit à Dieu en sacrifice cette affreuse torture du couronnement d'épines.

Sainte Véronique présentant le Mandylion,
le linge marqué de la Sainte Face du
Seigneur outragée.
Ce tourment, déjà si douloureux, fut encore aggravé par d'autres mauvais traitements que rapportent saint Matthieu et saint Jean. Les soldats avaient déshabillé de nouveau leur innocente victime, et lui avaient jeté sur les épaules un haillon de couleur rouge.

Jésus, étant couronné d'épines, ils lui mirent un roseau en guise de sceptre ; puis ils fléchirent le genou devant lui, par dérision, en le saluant Roi des Juifs. Ils lui crachaient ensuite au visage, et prenaient le roseau pour lui en frapper la tête ; ils lui donnaient aussi des soufflets (Mt 27, 28 ; Jn 19, 3).

Ô mon Jésus ! combien d'épines n'ai-je pas ajoutés à cette couronne pour toutes les mauvaises pensées auxquelles j'ai consenti ! Je voudrais en mourir de douleur ; pardonnez-moi, par les mérites de ce tourment même que vous avez voulu souffrir pour me pardonner.

Ah ! mon doux Seigneur, que je sois si maltraité et si humilié, vous endurez tant de douleurs et tant d'opprobres pour me toucher, afin que je vous aime au moins par compassion, et que je cesse de vous offenser. C'est assez, mon Jésus ! ne souffrez pas davantage ; je suis persuadé de votre amour pour moi, et je vous aime de toute mon âme ! Mais que vois-je ? vous n'êtes pas encore satisfait ; vous ne serez rassasié de souffrances que lorsque vous serez mort de douleur sur la croix. Ô Bonté, ô Charité infinie ! qu'il est malheureux, le cœur qui ne vous aime pas ! 


Piéta (Notre Dame de Pitié) du vœu du roi Louis XIII,
Cathédrale Notre-Dame de Paris, détail.


mardi 25 mars 2014

25 mars - Annonciation du Seigneur. Des beautés terrestres aux beautés célestes ; des beautés angéliques à Dieu seul.

Frans Purbus le jeune, Annonciation, Nancy
Extraits du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « La dévotion aux neufs chœurs des saints Anges », 12e motif, Dieu seul


Quand on a dit "Dieu", tout est dit, et il ne reste plus rien à dire, au moins au pur amour, dont tout le plaisir est de le dire mais de le dire seul. Comment pourrait-il dire autre chose, puisqu'il ne sait autre chose ?

Pour nous, disait autrefois l'un des plus grands saints de ce pur amour, le divin Paul, nous ne connaissons plus personne (II Cor. V, 16) ; car c'est le propre de cet amour, d'ôter la vue de tout ce qui n'est pas Dieu : ou s'il laisse la connaissance de quelque autre chose, ce n'est que pour la voir en son néant, en la présence de cet être suradorable. De là vient qu'il s'écrie : Qu'ai-je au ciel ou en la terre, sinon vous, ô mon Dieu ! (Psal. LXXII, 25) Il n'a rien en la terre, il n'a rien au ciel ; parce qu'il n'a rien que Dieu seul

En vérité, il ne pense plus ni à plaisir, ni à réputation, ni à honneurs, ou à richesses. Il s'oublie des biens naturels, des biens temporels, des biens moraux, des biens spirituels, n'étant rempli que du souverain bien. Je dirai plus : il perd même la mémoire de soi-même, car il se voit dans le rien, comme le reste des choses : dans l'affaire de son salut, dans son âme, dans le paradis, dans l'éternité, il n'y voit que le Dieu de son âme, le Dieu du paradis, le Dieu de l'éternité. On a beau lui faire voir et lui parler d'autre chose, son cœur est toujours tourné vers Dieu seul. Son cœur et sa chair sont dans une sainte défaillance à l'égard de tout être créé ; Dieu seul, le Dieu de son cœur, et sa part éternelle, fait son unique tout.
                                     
La Vierge au chardonneret
C'est dans cet état qu'était cet homme apostolique, qui assurait qu'il ne vivait plus, qu'il n'y avait que Jésus qui vivait en lui. La divine Catherine de Gènes, que l'on peut appeler la sainte de la divinité de Jésus-Christ, ne pouvait pas même supporter ce mot, de "moi" ; c'est-à-dire, qu'elle ne pouvait en aucune manière regarder le propre intérêt. 
Ô mon Dieu, et mon tout ! disait et redisait l'humble saint François ; et il passait les nuits et les jours à dire ces paroles du pur amour. Ô douces et agréables paroles, est-il écrit dans le dévot livre de l'Imitation de Jésus-Christ, et c'est un plaisir de les répéter ; car enfin, il est très vrai, et l'âme qui aime purement, ne doutera pas de cette vérité : le pur amour en sa netteté ne peut voir, ne peut s'arrêter, ne peut dire que Dieu seul. Il ne peut se réjouir, et il ne peut prendre plaisir qu'en Dieu seul.

(...) Mais la plupart des cœurs sont attachés à leurs intérêts, et ceux qui se sont faits quittes de l'intérêt temporel, ne sont pas sans intérêt spirituel. Un contemplatif eut un jour une vue du petit nombre des parfaits amants du Fils de Dieu. Il lui était montré qu'entre mille, il n'y en avait pas cent qui aimassent Dieu, et entre ces cents presque pas un qui l'aimât pour l'amour de lui-même. Cette vue lui coûta bien des larmes. « Ah ! disait-il, est-il possible qu'il y ait si peu de cœurs qui aiment de la belle manière ; mais combien dans ce très petit nombre de personnes qui aiment Dieu pour Dieu, s'en trouve-t-il qui, aimant Dieu pour Dieu, n'aiment que lui seul, et avec fidélité ? »

(...) C'est ce qui nous a obligé de donner d'autres motifs en ce petit Traité, afin qu'au moins les hommes aiment en quelque manière que ce soit : mais tous ces motifs ne sont considérables que parce qu'ils se terminent à Dieu. C'est Dieu qui donne la valeur à toutes choses, et sans lui toutes choses ne sont rien.

Chapelle de l'Annonciation, Basilique de l'Annonciation, à Nazareth.
ICI le Verbe s'est fait chair.

(…) L'épouse, dans le Cantique des Cantiques (III, 2-4), cherche ce Dieu seul au milieu des nuits sombres, et des obscurités de cette vie ; et dans l'ardeur de l'amour qui la presse, elle va de tous côtés : elle cherche ce bien-aimé dans les rues et les places publiques, elle en demande des nouvelles à tous ceux qu'elle rencontre ; mais tous ses efforts demeurent inutiles et sans effet. Enfin, elle est rencontrée par les gardes de la ville ; et les ayant un peu passés, elle trouve avec joie le bien-aimé de son cœur.

Or cette amante sacrée est l'âme, divinement éprise du pur amour ; c'est pourquoi elle est épouse à raison de son union avec Dieu seul. Comme ses affections ne sont pas partagées, elle mérite le lit nuptial du divin époux ; aussi dit-elle qu'elle le cherche en son lit. Cet époux lui déclare qu'il a été blessé d'amour par l'un de ses yeux, et par un seul de ses cheveux (Cant. IV, 9) : il veut marquer par-là l'unité de ses affections ; il ne parle que de l'un de ses cheveux, parce qu'elle n'a qu'une seule liaison ; que de l'un de ses yeux, parce qu'elle ne regarde qu'une seule chose, et c'est ce qui lui a ravi son cœur : ainsi elle ne pense qu'à lui, et ne veut que lui seul. Elle va donc dans les rues et les places publiques, le cherchant uniquement ; elle ne se met pas en peine s'il fait nuit ; elle ne songe pas qu'elle marche dans les ténèbres, son amour lui sert de flambeau et de guide : de même l'âme qui a le pur amour, s'appuyant uniquement sur la foi, cherche Dieu seul sans cesse au travers de tous les voiles des choses créées, et dans les rues et les places publiques, c'est-à-dire, de tous côtés ; et comme l'épouse demande son bien-aimé, sans même le nommer, l'amour qui l'a transportée lui faisant croire que tout le monde sait le sujet de ses affections ; aussi cette âme crie partout, Dieu seul, sans prendre garde à ceux qui entendent ce langage ou non : elle méprise avec facilité l'aveuglement de ces gens, à qui ce discours est comme une langue étrangère.

Entrée de la maison d'Anne et Joachim, dite "grotte de l'Annonciation". On imagine aisément l'Enfant Jésus jouant dans la cour, ses saints parents et ses saints grand-parents assis, bavardant, devant l'Enfant Dieu.

Le langage de l'amour, dit saint Bernard, est un langage barbare à ceux qui n'aiment pas. Si je parle, dit l'amoureux saint Augustin, à une personne qui aime, elle ressent assez ce que je dis : si je parle à un cœur glacé et dépourvu de l'amour, il ne l'entend pas. L'épouse ne trouve pas son bien-aimé ; c'est que son bien-aimé est Dieu seul : et dans tous les hommes il y a autre chose que Dieu seul ; si on excepte celle qui ne peut souffrir de comparaison, la toujours incomparable Vierge Mère de Dieu. Le péché se rencontre dans tous, ou le péché mortel, ou véniel, ou au moins originel ; s'il est vrai que quelques saints aient été préservés du péché véniel, comme quelques-uns le pensent de saint Jean-Baptiste : mais enfin, ce bien-aimé se trouve après la rencontre de ceux qui veillent sur la garde de la cité ; c'est que ces gardes posés sur les murs de Jérusalem, qui veillent continuellement, sont les saints anges ; et on trouve le bien-aimé en les rencontrant, parce qu'il n'y a et n'y a jamais eu en eux que Dieu seul.

Il est vrai que l'épouse déclare qu'elle a trouvé son bien-aimé, après avoir un peu passé ces gardes parce que le pur amour ne s'arrête pas même aux beautés, ni à toutes les autres perfections des anges, pour aimables et pour charmantes qu'elles puissent être : il passe tout cela, et s'en va uniquement à Dieu seul, l'auteur de toutes ces grâces et de tous ces dons, le principe et la fin de toutes choses.



lundi 24 mars 2014

24 mars - Saint Gabriel Archange

Annonciation. L'Archange Gabriel fut envoyé par Dieu,
dans une ville appelée Nazareth, à une Vierge qui se
prénommait Marie.
Extraits du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « La dévotion aux neufs chœurs des saints Anges », 12e motif, Dieu seul

La nature angélique a des perfections admirables ; mais elle ne les tire que de Dieu seul, et ce n'est qu'en lui qu'elle possède des élévations si glorieuses. C'est à Dieu seul, enseigne le dévot saint Bernard, après l'Écriture, que l'honneur est dû et la gloire. Il est vrai, dit ce saint Père, que nous ne devons pas être ingrats envers les saints anges ; que nous leur devons avoir une grande dévotion, et être beaucoup reconnaissants pour leurs bontés ; que nous devons être tout pleins d'amour pour de si nobles créatures, qui nous aiment si véritablement ; que nous les devons honorer autant que nous pouvons, et que nous devons avoir pour eux tous ces amours et toutes ces reconnaissances. Aimons, s'écrie ce saint homme, et honorons les anges ; cependant tout notre amour et tout notre honneur doit être rendu à celui dont nous avons reçu, et eux et nous, tout ce que nous avons, soit pour aimer et honorer, soit pour être aimés et honorés : et après tout qu'avons-nous de reste, nous qui devons à Dieu tout notre cœur, toute notre âme, toutes nos forces ?

Campin, détail d'anges chantant la
naissance du divin Enfant.
C'est donc en Dieu et pour Dieu qu'il faut aimer les anges. C'est Dieu qui doit être le grand motif de toutes nos dévotions ; et heureuses les âmes que non-seulement la vue de Dieu, mais la vue de Dieu seul fait agir. C’est pour ces âmes saintement désintéressées que nous avons mis Dieu seul pour leur servir de motif dans l'amour et la dévotion que nous les invitons d'avoir pour les esprits du pur amour. Si ce n'est que Dieu seul qu'elles regardent dans les choses, à la bonne heure ; elles peuvent donc bien considérer et aimer les anges, car elles les trouveront tout remplis de Dieu seul.

(…) Celui qui a le pur amour est dans une mort générale à tout ; et c'est cette mort qui apprend la science de ce pur amour : c'est pourquoi saint Bernard souhaitait de mourir de la mort des anges ; il entendait par cette mort cet éloignement parfait de toute attaque à l'être créé ; et dans le désir du pur amour, il soupirait fortement après ce saint dénuement de tout ce qui n'est pas Dieu. Où trouvera-t-on la sagesse ? dit le saint homme Job. (XXVIII, 12) Ce n'est pas en la terre de ceux qui vivent délicieusement : l'abîme et la mer disent qu'elle n'est pas avec eux. D'où vient donc la sagesse ? Elle est cachée aux yeux de tous les vivants, de tous ceux qui sont en eux-mêmes ; elle est même inconnue aux oiseaux du ciel, aux esprits plus élevés, aux personnes les plus doctes, à tous ces savants, à tous ces grands hommes. Il n'y a que la perdition et la mort, qui ont dit qu'ils en avaient appris quelque chose, et qu'ils en savaient des nouvelles.

Pontormo, détail d'une Annonciation,
église Sainte-Félicité, Florence
Ô mon Père, disait notre Maître, je vous confesse que vous avez caché ces choses aux sages et prudents, et que vous les révélez aux petits ! Oh ! Que bienheureux donc les pauvres d'esprit ! Oh ! Que bienheureux ces morts qui meurent au Seigneur, à qui la science de Dieu seul est donnée, et dont la volonté n'est attachée qu'à ce Dieu seul ! Ces âmes ne voyant que cette Majesté infinie dans les saints anges, sont ravies, dans l'heureuse découverte qu'elles en font, ces troupes glorieuses.

Ô troupes célestes, disent-elles, que vous êtes aimables dans vos beautés, puisqu'elles ne sont que de très purs miroirs de la beauté de Dieu, sans la moindre petite tache ! Il faut bien que nous vous aimions, puisqu'on ne voit que Dieu en vous, puisque vous en avez été toujours remplies, puisque n'ayant jamais été à vous-mêmes, vous avez été toujours à lui seul.

Pontormo, détail d'une Annonciation,
église Sainte-Félicité, Florence
Grands princes de l'Empyrée, quel moyen de ne vous pas aimer, puisque vous avez toujours aimé et toujours été aimés de l'amour même, puisque sans cesse vous avez aimé autant que vous avez pu aimer : car il très vrai que vous n'avez pas été un seul moment sans amour, et sans le pur amour.

Ô mon âme, si nos inclinations doivent être réglées par les inclinations d'un Dieu, les anges doivent bien être le plus digne sujet de nos plus tendres affections. 
Ô mes désirs, allez donc, mais courez, volez à ces ravissants objets, à ces aimables esprits, à ces glorieux princes de la bienheureuse éternité.


Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul.

dimanche 23 mars 2014

3e Dimanche de Carême


Saint Alphonse-Marie de Liguori
« Considérations sur la Passion de Jésus-Christ »


Chap.2, IV, Les souffrances de Jésus-Christ ont été extrêmes 

Saint Ambroise, parlant de la passion du Sauveur, dit que ses souffrances ne peuvent être égalées. Les Saints ont tâché d'imiter Jésus-Christ dans ses souffrances pour se rendre semblables à lui; mais, y en a-t-il un seul qui soit parvenu à l'égaler?

Il est certain que Notre-Seigneur a souffert plus que tous les pénitents, tous les anachorètes, et tous les Martyrs; car Dieu l'a chargé de satisfaire rigoureusement à sa justice pour tous les péchés des hommes, et conséquemment, comme le dit saint Pierre, Jésus porta sur la croix le fardeau de toutes nos iniquités, pour en subir la peine dans son corps adorable (1 P 2, 24).

…Quand on lit les Actes des Martyres, il semble que quelques-uns d'entre eux ont plus souffert que Jésus-Christ; mais saint Bonaventure dit que les douleurs d'aucun Martyr n'ont jamais pu égaler en vivacité celles de notre Sauveur, qui furent les plus aiguës de toutes les douleurs.

Saint Thomas assure pareillement que la douleur sensible qui affligea Jésus-Christ fut la plus grande que l'on puisse endurer dans la vie présente. Selon saint Laurent Justinien, dans chaque tourment que Notre-Seigneur eut à subir, si l'on considère la vivacité et l'intensité de la douleur, il souffrit tous les supplices des Martyrs. Tout cela d'ailleurs a été prédit en peu de mots par le Roi David lorsque, parlant à Dieu au nom du Messie, il s'écriait : "Sur moi pèse ta colère; ... tes épouvantes m'ont réduit à rien" (Ps 87, 8.17), ce qui signifie que toute la colère de Dieu excitée par nos péchés est venue retomber sur la personne du Sauveur. On entend dans le même sens ce que l'Apôtre dit: "Il est devenu malédiction pour nous" (Ga 3, 13). Jésus devint la malédiction, c'est-à-dire l'objet de toutes les malédictions que méritent les pécheurs.

Ecce Homo, voici l'Homme.
Chap. 3, I, la flagellation

Saint Paul dit que Jésus-Christ s'est abaissé jusqu'à prendre la forme de serviteur (Ph 2, 7). Sur ce texte, saint Bernard fait la réflexion suivante : "Notre divin Rédempteur, qui est le Maître de l'univers, ne s'est pas contenté de prendre la condition de serviteur; il a voulu paraître mauvais serviteur, et d'expier ainsi nos fautes".

Il est certain que la flagellation fut le plus cruel des tourments que notre Sauveur eut à souffrir et celui qui abrégea le plus sa vie; car la principale cause de sa mort, ce fut la perte de son sang, qu'il devait répandre jusqu'à la dernière goutte selon ce qu'il avait prédit (Mt 26, 28).

Ce précieux Sang, il est vrai, avait déjà coulé dans le jardin des Olives; il coula encore dans le couronnement d'épines et le crucifiement; mais la plus grande partie en fut répandue dans la flagellation.

En outre, ce supplice fut extrêmement humiliant pour Jésus Christ, parce qu'il n'était infligé qu'aux esclaves, conformément à la loi romaine. C'est pourquoi les tyrans, après avoir prononcé leur sentence contre les Martyrs, ordonnaient qu'ils fussent flagellés avant d'être mis à mort; mais Notre-Seigneur fut flagellé avant sa condamnation. Il avait prédit pendant sa vie, à ses disciples en particulier, qu'il subirait cette peine ignominieuse (Lc 18, 32), et il leur donnait à entendre combien elle devait être douloureuse pour lui.

Il a été révélé à sainte Brigitte qu'un de ses bourreaux ordonna d'abord à Jésus de se dépouiller lui-même de ses vêtements; il obéit et embrassa ensuite la colonne, où il fut lié; on le flagella si cruellement que son corps fut tout déchiré. La révélation ne dit pas simplement qu'on frappait, mais qu'on sillonnait ses chairs sacrées.

Les coups portèrent jusque sur la poitrine, au point que les côtes furent mises à découvert. Tout cela est conforme à ce que dit saint Jérôme, ainsi que saint Pierre Damien qui assure que les bourreaux frappèrent Notre-Seigneur jusqu'à ce que les forces leur manquèrent. Isaïe avait tout prédit par un mot : "Il sera brisé (ou broyé) à cause des fautes des autres" (Is 53, 5).

Me voici, mon Jésus ! je suis un de vos plus cruels bourreaux; je vous ai flagellé par mes péchés: ayez pitié de moi. Ô mon aimable Sauveur, c'est peu d'un cœur pour vous aimer. Je ne veux plus vivre pour moi-même, mais pour vous seul, mon Amour, mon Tout ! Je vous dirai donc avec sainte Catherine de Gênes : "Ô Amour ! ô Amour ! plus de péchés !"


Oui, mon Jésus ! je vous ai offensé; maintenant, j'ai la confiance que je suis à vous et, moyennant votre grâce, je veux être à vous pour toujours, pour toute l'éternité

Juan Carlo, la flagellation.


vendredi 21 mars 2014

De la nécessité de prendre de bonnes résolutions après une bonne confession

Saint Jean Bosco, prêtre et éducateur.
Acte de Contrition :
  
Mon Dieu, j'ai un très grand regret de vous avoir offensé, car vous êtes infiniment bon, infiniment aimable et que le péché vous déplaît. 
C'est pourquoi, avec le secours de votre très sainte grâce
je prends la ferme résolution de ne plus vous offenser et de faire pénitence.

Que penser du propriétaire d’une maison en train de brûler qui, tout en se lamentant de cet incendie qui ravage son bien, ne fait rien pour l’arrêter. Bien plus, il approche ses mains pour se réchauffer à la chaleur des flammes. Ses plaintes n’ont rien de sincère. Si au moins il essayait de couper les arrivées d’air, d’appeler à l’aide, d’éteindre les flammes avec de l’eau, il lutterait de son mieux, permettant à Dieu d’éteindre cet incendie des passions par les flots de la grâce. Combien de pénitents qui n’éloignent pas les occasions de péché, ne recourent pas à la prière, ne reçoivent pas régulièrement les sacrements, négligent le chapelet, méprisent la pratique de la mortification et de la pénitence et qui en même temps se lamentent du peu de résultats de leurs confessions. Que dire de ceux qui osent mettre en doute dans ce cas l’efficacité de la grâce divine ?

Eglise Saint-Lazare d'Autun, chapiteau représentant
la tentation du Christ.
Saint Jean Bosco avait compris l’importance de la confession régulière dans la formation de la conscience et l’enracinement des habitudes vertueuses. Il prêchait régulièrement sur la sincérité dans les confessions et sur la nécessité du ferme propos. De nombreux songes viennent l’avertir du danger du manque de ferme propos. Dans le songe du Monstre content, le saint raconte qu’il est venu visiter ses enfants (il était alors en voyage). Devant l’église, il a rencontré un monstre dont il fait une description effrayante. Ce monstre était heureux et riait : il faisait du bon travail chez Don Bosco. Lui, monstre, il avait dans la place des collaborateurs. « - Etait-ce possible, se demanda Don Bosco ? ». Et le monstre le conduisit à la sacristie. Il lui montra le directeur qui confessait.

Les damnés tombant en Enfer.
« - Beaucoup me servent ici-même ! Ce sont ceux qui promettent et ne tiennent jamais : ils accusent toujours les mêmes péchés. Je me réjouis beaucoup de leurs confessions...
- Quels sont tes plus grands ennemis ?
- Ceux qui communient souvent.
- Qu’est-ce qui te fait le plus de peine ?
- Deux choses : la dévotion à Marie et... (ici des contorsions épouvantables et le mutisme le plus absolu).
- Je te commande, au nom de Dieu Créateur, ton Maître et le mien... de me dire ce que tu crains le plus ici.
- ... (nouvelles contorsions et clameurs effrayantes) Ce que nous craignons le plus ici, c’est la fidélité que l’on prend aux confessions

Don Bosco déclara également le 31 mai 1873 :
« Je puis dire maintenant que, presque toutes les nuits, je voyais en songe que c’était le manque de ferme propos dans les confessions qui envoyait le plus de monde en enfer. Cela vient de l’inefficacité des résolutions prises. Voilà pourquoi tant de gens vont se confesser souvent et accusent toujours les mêmes fautes ».

Le démon ne craint pas les âmes irrésolues et velléitaires. Il craint par contre ceux qui prennent des résolutions concrètes à chaque confession et qui en rendent compte à leur confesseur régulièrement.

La descente de Croix, par Bronzino.


mercredi 19 mars 2014

Saint Joseph, priez pour nous, l'Eglise et le monde

Nous célébrons aujourd'hui le grand saint Joseph, époux de la divine Marie, Mère de Dieu et de l'Eglise, père adoptif de Notre divin Seigneur. Nous devons au bienheureux Pape Jean XXIII d'avoir la mention au Canon romain du plus grand saint après Notre Dame, et au Pontife actuel, Sa Sainteté le Pape François Ier dans les autres prières eucharistiques.

Dans les litanies en son honneur, il porte le titre de "Terreur des démons".
Par sa pureté, sa chasteté, son désintéressement de lui-même, sa douceur et son obéissance amoureuse aux commandements de Dieu, il est l'antithèse de Satan. Prions-le souvent en ces temps d'épreuves où tout semble aller vers plus de folie, de misère, de perversion et de péché.

Grand Saint Joseph, saint époux de Marie,
père sur la terre de Notre Seigneur Jésus-Christ,
doux et humble de cœur, Terreur des démons, modèle des saints :
Priez pour nous !


Le mariage de Marie et de Joseph,
vitrail.
Homélie du R.P. Joseph Marie, de la Famille de Saint-Joseph

« D’où lui vient cette sagesse ? » : la question porte sur l’origine de la parole que Jésus prononce, particulièrement sans doute les paraboles du bon grain et de l’ivraie, du grain de sénevé et du levain dans la pâte, qu’il vient de proposer à son auditoire.
La question même prouve que ceux qui parlent ainsi n’ont pas compris le sens de ces paraboles, qui mettent l’accent sur l’efficacité de la semence, quelle que soit sa taille de départ, ou de la levure, dont le rendement est assuré. Dès que la Parole — qui est Jésus — prend contact avec la terre du monde, elle ne peut pas ne pas en faire germer et grandir le nouveau peuple de Dieu. L’ivraie — les forces du mal — ont beau faire, elles n’empêcheront pas l’œuvre de Dieu de s’accomplir en son temps : 
« De même que la pluie et la neige descendent des cieux et n’y retournent pas sans avoir arrosé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer pour fournir la semence au semeur et le pain à manger, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j’ai voulu et réalisé l’objet de sa mission » (Is 55,10-11).

La sagesse dont témoigne Jésus lui vient d’en-haut, d’auprès du Père ; bien plus, il est cette Sagesse incréée, cachée depuis toujours en Dieu, et qui nous est révélée à la plénitude des temps où nous sommes.

Il est le grain de blé tombé en terre, qui donne du fruit en abondance. Car pour se révéler à nous, il fallait que le Verbe-Sagesse prenne chair de notre chair, qu’il s’incarne, plante sa tente parmi nous, afin de s’adresser à nous dans un langage que nous puissions comprendre. Jésus est la Sagesse divine qui ensemence notre terre ; le germe qui rend féconde la création devenue stérile par le péché. Et ce germe divin est tombé dans la bonne terre du sein de la Vierge Marie. C’est là qu’a pu pousser l’Arbre de vie afin qu’il donne son fruit en temps voulu.
Or ce jardin clos, cette terre d’Éden préservé du péché des origines, était confié à Saint Joseph par Dieu lui-même : 
« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1,20) De même que le premier Adam est placé dans le Jardin : « Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Éden pour le cultiver et le garder. » (Gn 2,15)

La sainte Famille de Nazareth.
Ainsi Saint Joseph est établi gardien du nouveau jardin d’Éden, afin que le germe divin qui y est semé puisse grandir « en sagesse, en taille et en grâce devant Dieu et devant les hommes. » (Lc 2,52)

De même que tout ce qui pousse dans un verger appartient à son propriétaire, de même, en raison de ce saint mariage, Marie appartient bien réellement à Joseph de même que l’Enfant qu’elle porte en elle. Les habitants de Nazareth ne se trompent donc pas en affirmant que Jésus est le « fils du charpentier », même si celui-ci n’en est pas le géniteur.

Comme le dit Saint Bernardin de Sienne : 
« c’est une loi générale dans la communication des grâces particulières à une créature raisonnable : lorsque la bonté divine choisit quelqu’un pour une grâce singulière ou pour un état sublime, elle lui donne tous les charismes nécessaires à sa personne ainsi qu’à sa fonction, et qui augmentent fortement sa beauté spirituelle. »
Il est donc clair que Joseph a été gratifié de tous les dons dont il avait besoin pour s’acquitter de son ministère aux côtés de Marie et de Jésus. Or Marie disait à Sainte Faustine : 
« Je désire que tu t’exerces dans la pratique des trois vertus qui me sont les plus chères : la première c’est l’humilité, l’humilité et encore l’humilité ; la seconde c’est la pureté ; et la troisième, c’est l’amour de Dieu. »
Nul doute que Saint Joseph a parfaitement vécu ces trois vertus qui sont les plus chères à la Vierge Marie son Épouse.

1. L’humilité de Saint Joseph est sans doute sa plus grande gloire.
L’Évangile nous dit qu’il était « juste » devant Dieu, c’est-à-dire ajusté à Dieu, se tenant devant lui comme une créature devant son Créateur, comme un fils devant son Père. Comment aurait-il pu exercer le ministère de paternité envers le Fils de Dieu, s’il n’avait pas été lui-même fils de ce Père des cieux ?
Le songe de Joseph.
Son humilité procède de sa foi, de son absolue confiance en Dieu, et s’exprime dans une obéissance sans faille, prompte et totale : le Père lui a confié ses biens les plus précieux et lui parle comme à son fils aîné : 
« Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte et restes-y jusqu’à ce que je te dise. Car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, de nuit, et se retira en Égypte » ; « Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère, et mets-toi en route pour la terre d’Israël ; car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. Il se leva, prit avec lui l’enfant et sa mère, et rentra dans la terre d’Israël. »

2. La seconde vertu si chère à Marie est la pureté : qui mieux que Saint Joseph, l’époux virginal de Marie, a vécu la vertu de chasteté ? Le mariage de Marie et de Joseph était un vrai mariage, c’est-à-dire que chacun des époux disposait du corps de son conjoint. Mais chacun des époux a renoncé par obéissance au dessein de Dieu, à exercer ce droit de disposer du corps de l’autre.
La chasteté de ce mariage ne signifie donc pas une réserve dans le don réciproque, mais est l’expression de l’obéissance à Dieu et du respect mutuel de la vocation particulière de l’autre ; autrement dit, il ne s’agit pas d’une limitation dans l’expression de l’amour, mais au contraire l’expression d’un plus grand amour. De même que nous proposions de rapprocher la foi et l’humilité de Saint Joseph, nous pouvons parler d’une espérance chaste ou d’une chasteté au service de l’espérance.
C’est en effet pour hâter la venue du Royaume espéré que Marie et Joseph renonce à procréer selon la nature, afin de demeurer disponible pour l’action de l’Esprit au cœur de notre humanité. Leur réserve n’est pas un refus d’agir, mais l’accueil de l’action d’un plus Grand, du Tout-Puissant, qui engendre dans le sein de la Vierge, le premier né du monde nouveau.

3. Quant à la troisième vertu si chère à la Vierge Marie, l’amour de Dieu, comment douter que Joseph en fut comblé, lui dont toute la vie n’est qu’une constante réponse d’amour à ce Dieu à qui, avec Marie, il s’est totalement consacré.
Cet amour de Dieu n’est d’ailleurs qu’une autre parole pour dire la charité, vertu théologale, qui brûlait au cœur de Joseph, bien sûr comme une grâce découlant anticipativement de la croix de son Fils, mais dont il devait être gratifié en vue de ce ministère de paternité.
C’est parce qu’il aimait parfaitement le Père des cieux, que son cœur était en communion intime avec le sien, au point de ne pas faire obstacle à l’amour divin pour le Fils unique. Sans rien enlever à la typologie paulinienne qui présente Jésus comme le nouvel Adam, auquel nous sommes unis par la grâce comme nous étions unis au premier Adam par le péché, il est légitime de comparer Marie et Joseph comme le nouveau couple primordial de la nouvelle humanité, enfantée à la croix.

La mort de saint Joseph, entre les bras de son
épouse, Marie, immaculée, et de son Fils bien-aimé,
le Christ Sauveur.
Par leur foi humble, leur chaste espérance et leur charité parfaite, Marie et Joseph demeurent les modèles insurpassables de la nouvelle humanité rassemblant les fils et filles de Dieu notre Père. Et non seulement ils sont nos modèles, mais nos parents dans l’ordre de la grâce. Bien sûr c’est Dieu qui nous engendre à la vie nouvelle, mais cette paternité-maternité de Dieu nous atteint, nous est accessible, par et dans le ministère de Marie et de Joseph. C’est à eux que Dieu a confié la mission de veiller sur ses enfants comme ils ont veillé sur son Fils unique ; c’est à eux que Dieu confie notre croissance en sagesse et en grâce sous son regard et celui de nos frères.

L’humble demeure de la Sainte Famille demeure jusqu’à la fin des temps, l’école ou l’on apprend à devenir fils et filles de Dieu à l’image de Jésus, qui voulut y passer la plus grande partie de sa vie terrestre. La spiritualité de Nazareth semble d’ailleurs particulièrement réservée pour notre temps, si l’on en croit le message de deux des saintes les plus populaires de notre époque : Sainte Thérèse de Lisieux et Sainte Faustine, qui toutes deux passèrent leur vie religieuse à l’ombre de la Sainte Famille. Sans oublier le Père Charles de Foucault, cet autre grand prophète de notre temps.

Que Saint Joseph nous aide à entrer dans une foi humble et confiante, qui s’incarne dans une obéissance à la Parole de Dieu telle qu’elle nous parvient par les Écritures, l’Église et les événements de notre vie, dans la certitude que tous les cheveux de notre tête sont comptés, et que rien ne nous arrive dont Dieu ne peut tirer un plus grand bien.
Qu’il nous aide à entrer dans une chaste espérance, vivant dans la pureté du cœur et du corps selon notre état de vie respectif, dans le souci de hâter la venue du Royaume en nous conformant en toutes choses à la volonté de Dieu pour ne pas faire obstacle à son dessein de salut.
Et qu’il nous fasse grandir dans une charité de plus en plus ardente, pour Dieu et pour nos frères, afin que nous puissions lui plaire en toutes choses et consoler son Cœur si meurtris par l’indifférence de ses enfants.





dimanche 16 mars 2014

2e Dimanche de Carême

Les 14 stations du Chemin de Croix, Avranches

Extraits de la première homélie de Saint Jean Chrysostome sur la Croix et le bon Larron

I. La joie et la Croix

Aujourd'hui Notre-Seigneur Jésus-Christ est sur la croix, et nous sommes en fête pour vous apprendre que la croix est un sujet de fête et de réjouissance spirituelleAutrefois, la croix était le symbole de la condamnation maintenant elle est devenue un signe d'honneur. Auparavant c'était un instrument de mort, aujourd'hui c'est la cause du salut

Notre Seigneur fut compté parmi les pécheurs, crucifié entre deux bandits,
voleurs et meurtriers
En effet, elle a été pour nous la source de biens innombrables : c'est elle qui nous a délivrés de l'erreur, qui nous a éclairés alors que nous étions dans les ténèbres ; vaincus par le démon, elle nous a réconciliés avec Dieu ; ennemis, elle nous a rendus amis ; éloignés, elle nous a rapprochés.
Elle est la destruction de l'inimitié, la garantie de la paix, et le trésor de tous les biens. Grâce à elle, nous n'errons plus dans les déserts, car nous connaissons la véritable voie ; nous n'habitons plus hors du royaume, nous avons trouvé la porte, nous ne craignons plus les traits enflammés du démon, nous avons aperçu une source rafraîchissante.

Par la croix, nous ne sommes plus dans le veuvage, nous avons reçu l'Epoux, nous ne redoutons pas le loup, nous avons le bon Pasteur : Je suis le bon Pasteur, dit-il. (Jean, X, 11.) Par elle nous ne craignons pas le tyran, nous sommes à côté du roi, et voilà pourquoi nous sommes en fête en célébrant la mémoire de la croix. 

De même autrefois saint Paul ordonna de solenniser la fête de la croix : Célébrons celte fête, dit-il, non avec le vieux levain, mais avec les pains sans levain de la sincérité et de la vérité. (I Cor. V, 8.) Et pour donner les motifs de son exhortation il ajoute : Parce que le Christ, notre pâque, a été immolé pour nous. Voyez-vous pourquoi il ordonne de célébrer une fête à cause de la croix ? C'est parce que le Christ a été immolé sur la croix ; parce que là où est le sacrifice, là aussi se trouve l'abolition des péchés, là aussi la réconciliation avec le Seigneur, là enfin la fête et la joie : Le Christ, notre Pâque, a été immolé pour nous


II. La Croix, source du Salut universel

(…) Où, je vous le demande, a-t-il été immolé ? sur un gibet élevé. L'autel de ce sacrifice est nouveau, parce que le sacrifice lui-même est nouveau et prodigieux. Le même Christ était prêtre et victime : victime selon la chair, prêtre selon l'esprit. Il offrait et il était offert selon la chair

Apprenez comment saint Paul annonce ces deux choses : Tout pontife, dit-il, est pris d'entre les hommes et est établi pour les hommes ; c'est pourquoi il est nécessaire qu'il ait quelque chose qu'il puisse offrir. Notre-Seigneur s'offre lui-même. (Héb. VI, 1 ;  VIII, 3.) Ailleurs encore il dit : Jésus-Christ a été offert une fois pour effacer les péchés de plusieurs, et la seconde fois il apparaîtra pour le salut de ceux qui l'attendent. (Héb. IX, 28.)

Agneau de Dieu, Basilique Saint-Pierre du Vatican
Il a été offert d'abord, puis il s'est offert. Voyez-vous comment il a été victime et prêtre, et comment la croix a été son autel ? Et pourquoi, direz-vous, la victime est-elle offerte hors de la ville et des murailles et non dans le temple ? C'était pour l'accomplissement de cette parole : Il a été mis au nombre des scélérats. (Isaïe, LIII, 12.) 

Pourquoi est-elle immolée sur un gibet élevé et non sous un toit ? Pour purifier l'air : c'est la raison par laquelle il choisit un lieu élevé d'où il ne soit pas dominé par un toit, mais par le ciel seul. L'air était purifié, puisque l'agneau était immolé en haut lieu, la terre l'était également, car elle était arrosée par le sang qui coulait de son côté. Il ne voulut pas être sous un toit ni dans le temple des Juifs, dans la crainte que ces derniers ne s'appropriassent exclusivement cette victime, et qu'on ne crût qu'elle était offerte seulement pour leur nation. 

Ce fut en dehors de la ville et des murailles, pour nous apprendre que c'était un sacrifice universel, une oblation pour la terre entière; enfin, une purification générale et non particulière comme celle qui avait lieu chez les Juifs. Dieu ordonna aux Juifs de venir de tous les points de la terre pour lui offrir des victimes et des prières dans un seul lieu, parce que toute la terre était souillée par la fumée, l'odeur et toutes les autres impuretés des sacrifices des païens répandus à sa surface. Nous, au contraire, nous pouvons prier en tout lieu depuis que le Christ par sa venue a purifié l'univers.

C'est pourquoi saint Paul exhortait en ces termes les fidèles à prier partout sans crainte : Je veux que les hommes prient en tout lieu, levant des mains pures. (I Tim. II, 8.) Comprenez-vous que l'univers a été purifié, puisqu'en tout lieu on peut lever des mains pures ? que toute la terre a été sanctifiée, et rendue plus sainte que n'était l'intérieur des temples, puisqu'on n'y offrait qu'un animal, saris intelligence, tandis que nous avons une victime spirituelle. Or, la sanctification est d'autant plus complète que le sacrifice est d'un plus grand prix


III. La Croix ouvre le Paradis, même aux larrons que nous sommes

Voulez-vous connaître un autre effet remarquable de la Croix ? Elle nous a ouvert en ce jour le paradis fermé depuis cinq mille ans et plus : car c'est en ce jour, à cette heure, que Dieu y a introduit le bon larron, nous apprenant ainsi deux choses bien importantes, savoir, que le ciel était ouvert et qu'un larron y avait été reçu.

Jésus, crucifié pour nos péchés.
Aujourd'hui le Seigneur nous a rendu notre antique patrie, aujourd'hui, il nous a ramenés dans la cité de nos pères et il a ouvert un asile à toute la nature humaine. Aujourd'hui, dit-il, tu seras avec moi en paradis. (Luc, XXIII, 43.)

Que dites-vous, ô mon Sauveur ? Vous êtes crucifié, attaché avec des clous, et vous promettez le paradis ? Sans doute, nous répond-il, car je veux vous apprendre quelle puissance j'ai sur la croix. Pour vous distraire du triste spectacle de la croix par la puissance du Crucifié, il opère sur la croix même ce miracle qui manifeste le plus sa vertu surnaturelle. Ce n'est pas en ressuscitant les morts, en commandant aux vents et à la mer, en mettant en fuite les démons, mais sur la croix, alors qu'il était percé de clous, couvert d'outrages, de crachats, d'insultes, accablé d'opprobres, qu'il peut changer l'âme perverse du larron ; et afin que de toutes parts éclatât sa puissance, il ébranlait en même temps la nature entière, il brisait les rochers, il attirait et glorifiait l'âme du bon larron plus dure que la pierre, car il lui dit : Aujourd'hui tu seras avec moi en paradis

Sans doute les chérubins gardaient le paradis, mais il est le maître des chérubins ; ils étaient armés d'un glaive de feu, mais il a tout pouvoir sur le feu et sur l'enfer, sur la vie et sur la mort

A-t-on jamais vu un roi permettre à un voleur ou à tout autre de ses serviteurs de s'asseoir à ses côtés pour entrer dans sa ville ? Le Christ l'a fait et en entrant dans la Patrie sainte, il introduit un voleur à ses côtés. N'allez pas croire que par cet acte il ait méprisé le paradis, il l'ait déshonoré par les pas de ce voleur; au contraire, il l'a honoré, car c'est une gloire de plus pour le ciel d'appartenir à un Maître qui puisse rendre un voleur digne du bonheur qu'on y goûte. Et lorsqu'il introduisait les publicains et les femmes pécheresses dans le royaume des cieux, ce n'était point un déshonneur mais bien une gloire pour ce royaume, car il montrait ainsi que le Maître de ce royaume était si puissant qu'il pouvait changer les publicains et les femmes pécheresses au point de les rendre dignes d'une telle gloire et d'une telle récompense. 

Car, de même que nous admirons surtout un médecin lorsque nous le voyons rendre la santé à des hommes atteints de maladies incurables, ainsi est-il juste d'admirer Notre-Seigneur quand il guérit des blessures désespérées, quand il ramène le publicain et la femme pécheresse à un tel état de santé spirituelle qu'ils sont trouvés dignes du ciel.

Eglise de Bercy, Saint Dysmas, le bon larron