lundi 27 décembre 2010

Saint Jean, saint "de la dévotion" de M. Boudon

S. Jean Apôtre et Evangéliste

Hommage de l'abbé Henri-Marie Boudon à saint Jean, in Le saint esclavage de l’admirable Mère de Dieu.

« AU GRAND SAINT JEAN L'ÉVANGÉLISTE
ENTRE LES APOTRES LE TRÈS AIMANT,
ENTRE LES DISCIPLES LE BIEN-AIMÉ,
ENTRE LES SAINTS LE TOUT AIMABLE

Grand apôtre de la dilection, cher favori de l'adorable Jésus, le Fils bien-aimé de l'admirable Mère de Dieu, le chérubin de la Loi nouvelle, le séraphin du Christianisme, la merveille et le prodige de l'Évangile, après m'être prosterné aux pieds de la Souveraine des anges et des hommes, je viens me jeter aux vôtres, et vous présenter ce petit ouvrage, tout consacré à la gloire de cette auguste impératrice du ciel et de la terre : car à qui pourrais-je mieux le confier qu'à celui à qui la divine Princesse qui en a fait le sujet, a été si amoureusement confiée par les soins de l'aimable Jésus, à celui qui l'a reçue pour mère de la propre bouche de Dieu-même, à celui qui lui a été substitué en qualité d'enfant à la place de son bon maître, qui lui était comme un autre Jésus, qui a été son ange visible, pour la servir dans tous ses besoins, qui en a pris des soins si amoureux durant tout le cours de sa très sainte vie, soit pour les choses corporelles, soit pour les spirituelles, selon les ordres que notre débonnaire Sauveur lui en avait donnés ? Cet amour non pareil, grand saint, que vous avez eu pour cette Mère du bel amour, engage indispensablement les esclaves de cette incomparable reine à être les vôtres ; et il n'est pas possible de n'être pas tout dévoué au service de celui qui a servi avec une fidélité si inviolable celle qui mérite tous les respects des créatures du ciel et de la terre. Un cœur qui aimera véritablement la divine Marie, ne pourra jamais, ô disciple de l'amour, se défendre de vous aimer. La liaison ineffable que le Dieu de toute charité a mise entre votre cœur virginal et le cœur très pur de la très sacrée Vierge, ne permet pas que l'on ait du zèle pour la Mère de Dieu, qu'à même temps l'on n'en conçoive pour la gloire de son cher favori.

Il est vrai que toutes sortes de motifs pressent fortement les fidèles de vous honorer d'une manière particulière. L'amour que Jésus, notre Dieu, a eu pour vous, nous impose une nécessité entière de vous aimer, et la grande faveur que vous avez eue auprès de cet aimable Roi de nos âmes, nous invite puissamment à vous rendre tous les respects possibles. Vous avez donné un spectacle d'amour au monde, aux anges et aux hommes. Les séraphins ont trouvé de quoi s'étonner dans l'ardeur de vos flammes, et la pureté des feux sacrés qui a consommé si divinement votre sainte vie, fait l'admiration des âmes les plus éclairées. Les effusions du cœur de Jésus sur votre sainte personne sont ineffables ; aussi êtes-vous par excellence le disciple bien-aimé. Partout où l'on prêchera l'Évangile, cette vérité sera publiée, et aucun fidèle ne la pourra révoquer en doute. L'amour d'un Dieu-Homme pour vous était si grand et si extraordinaire que vous étiez connu par la qualité du disciple de l'amour ; et l'on pouvait dire que l'amour était votre nom, vos possessions, votre honneur, votre gloire, vos plaisirs et votre grâce. Mais si vous pouviez dire certainement, mon bien-aimé est tout à moi, vous pouviez ajouter avec vérité, je suis tout à lui. Si vous étiez très aimé, vous étiez très aimant : aussi dans le temps que votre cher Maître expirait ignominieusement sur une croix, vous paraissiez debout sur le Calvaire, donnant des preuves de l'amour le plus constant qui fut jamais. Tous les autres apôtres quittent ce divin Sauveur, et vous lui demeurez fidèle. L'infamie du supplice honteux où il est exposé, les blasphèmes des Juifs, les ris et les moqueries des peuples, la cruauté et la confusion de ses peines, la honte de son supplice et l'arrêt de sa mort, sont des eaux qui ne peuvent éteindre les ardeurs de vos flammes. Vous aimez, lorsque ceux qui sont destinés pour tenir le premier rang dans son amour cessent d'aimer, et cet amour qui est plus fort que la mort, vous fera mépriser mille morts, vous fera souffrir pour votre bien-aimé jusqu'au dernier soupir de votre précieuse vie, les bannissements, les exils, les fouets, les chaudières d'huile bouillante, et tous ces grands travaux inséparables des fonctions et de la vie apostolique.

Mais si une âme n'est grande que par la grandeur de l'amour qui l'enflamme, à quel point de gloire, incomparable saint, avez-vous été élevé, puisque l'amour qui vous a animé a été si admirable ? Cet amour que vous aviez puisé dans le propre Cœur de celui qui est le prince et le Dieu de l'amour et qui est l'amour-même, avait rempli votre charitable cœur de tant de tendresses pour tous les hommes, qu'il n'y a point de paroles qui le puissent expliquer. Il me semble qu'il était devenu tout charité, s'ouvrant par des profusions inconcevables à toutes sortes de personnes. Vous étiez la lumière des personnes les plus éclairées, le guide des parfaits, l'exemplaire des plus saints, la règle des hommes apostoliques, le docteur des peuples, le prédicateur aussi bien que l'écrivain de l'Évangile. Votre voix comme un tonnerre se faisait entendre par toute la terre, publiant les amours de votre bien-aimé, et il en sortait des éclairs si puissants, des clartés si touchantes qui en faisaient voir les divines beautés, et qui les apprenaient aux hommes, que les cœurs ne pourraient pas s'empêcher de les aimer. Vous étiez le soutien des faibles, la consolation des affligés, l'espérance des plus désespérés. Les plus malheureux trouvaient en vous un accès favorable pour être secourus dans tous leurs besoins, pour être assistés dans toutes leurs misères. Vous faisiez des miracles étonnants pour les soulager, vous préveniez les plus misérables par vos soins, vous alliez chercher les âmes les plus perdues jusque dans les forêts et les bois, vous couriez après les plus infâmes et les plus cruels, vous étiez tout à tous, à vos amis, à vos ennemis, aux personnes connues, aux inconnues, aux domestiques et aux étrangers ; c'était la charité qui vous inspirait toutes vos pensées, qui formait toutes vos paroles, qui pressait vos pas, et qui animait toutes vos actions. C'était la charité qui faisait l'unique sujet de vos sermons apostoliques, vous en parliez à tout le monde, vous en parliez toujours, et vous en avez parlé jusqu'au dernier soupir de votre vie. Vous alliez avec ferveur aux assemblées des fidèles pour leur publier les excellences de cette vertu, et ne pouvant plus marcher, vous vous faisiez porter entre les bras de vos disciples pour exhorter les Chrétiens à s'entr'aimer les uns les autres, selon le grand commandement que notre divin Maître en a fait.

Les siècles qui ont suivi ont fait voir une suite continuelle de vos admirables bontés : où est celui qui a eu recours à vos charitables intercessions, qui n'en ait ressenti les effets ? Vous avez fait voir en vos fidèles dévots, que le ciel n'a rien de réservé pour ceux qui vous appartiennent ; et il est doux et si avantageux d'avoir quelque part en votre faveur, que non seulement vos amis, mais les personnes qui les touchent en quelque manière, sont dans une heureuse expérience de votre protection.

Mais enfin, vous êtes le saint tout aimable par les rares qualités dont votre divin Maître vous a favorisé. Plusieurs âmes ont amassé des richesses, mais les trésors que vous possédez sont incomparables. Il semble que toutes les grâces ont fait choix de votre cœur virginal, pour y faire leur bienheureuse demeure ; et tous les dons que l'esprit de Dieu communique avec tant de différence à ses saints, se trouvent tous ramassés en votre seule personne, qui est comme l'abrégé de toutes les merveilles de la grâce. Vous êtes patriarche, prophète, apôtre, évangéliste, martyr, docteur, confesseur, vierge, anachorète, et vous possédez toutes ces glorieuses qualités dans un degré très éminent ; c'est ce qui fait que toutes sortes de personnes doivent vous prendre pour leur patron, et fidèle protecteur, et vous avoir une dévotion singulière. Ceux qui sont dans la vie active, ceux qui sont dans la vie contemplative, ceux qui vivent dans les villes, ceux qui sont retirés dans les déserts. Les personnes engagées dans le monde, celles qui en sont heureusement séparées. Les hommes apostoliques, les pontifes, les prêtres, les religieux, les vierges, les veuves, les personnes mariées. Les parfaits, les imparfaits, les pécheurs les plus abandonnés et les plus misérables : les riches, les pauvres, les grands, les petits, les princes, les magistrats, les artisans : mais particulièrement les personnes qui vivent dans la persécution et dans la souffrance : puisque vous êtes le disciple de la croix, aussi bien que de l'amour.

Mais que chacun porte ses dévotions où il voudra, pour moi, aimable saint, vous serez toujours le grand saint de ma dévotion. Les grandes obligations que je vous ai, m'obligent indispensablement à vous aimer : à peine ai-je commencé à connaître les choses que les bienfaits que j'ai reçus de vous, m'ont donné lieu de reconnaître que vous étiez le saint non pareil en bonté. J'ai commencé presque aussitôt à ressentir les effets de votre douce protection, que j'ai commencé de vivre ; et je n'ai point de termes pour expliquer les biens que vous m'avez procurés durant tout le cours de ma vie. Je vois bien que je demeure comme opprimé sous leur grandeur, et qu'il ne m'est pas possible de produire des remercîments qui leur soient convenables, mais au moins je veux vous louer et vous bénir de toute la force de mon cœur, et que jamais les actions de grâces n'y tarissent. Je veux dire partout les obligations incroyables que j'ai à vos charitables bontés, et publier de toute l'étendue de ma voix qu'entre les saints vous êtes le très aimant, le très aimé et le tout aimable. Ah ! que je prends de plaisir de savoir que vous êtes le cher favori de Jésus et de Marie ! Et que les grâces que vous en avez reçues sont inestimables ! Que je suis content de votre gloire, et que je prends de part à tous les honneurs qui vous sont rendus ! Que le ciel puisse tous les jours accroître le nombre de vos fidèles serviteurs, et les combler de ses plus saintes bénédictions ! Je ne puis assez bénir mon Dieu, quand je pense qu'il y a un ordre saint dans l'Église, qui est tout dédié pour honorer la qualité de Mère, que la très pure Vierge a eue en votre endroit, et la qualité d'enfant que vous avez portée à son égard. Que le Seigneur bénisse de la sainte Sion cet ordre sacré et qu'il ne se lasse jamais de le favoriser de ses plus pures grâces ! Qu'il répande de plus en plus dans son Église un instinct général d'amour et de révérence pour vos bontés et excellentes perfections ; qu'il les fasse connaître jusqu'aux extrémités de la terre. Que toutes les nations sachent les amours que Jésus et Marie ont eus pour vous ; et que votre nom soit grand parmi tous les peuples et depuis un bout du monde jusqu'à l'autre.

Dieu seul, Dieu seul, Dieu seul ».

mercredi 15 décembre 2010

Ex-voto pour Notre-Dame d'Evreux


L'Archiconfrérie du Très-Saint-Sacrement de l'Autel et des saints Anges se prépare à offrir à Notre-Dame d'Evreux un coeur ex-voto en action de grâces pour les grâces obtenues (et comme demande de nouvelles...). Celui-ci contiendra les noms de chacun des confrères. Chacun est invité à participer à ce témoignage de gratitude envers l'Immaculée Mère de Dieu, Reine du Ciel et de la terre, des Anges et des hommes.

P.S. : Les dons peuvent être envoyés  à l'adresse de la Société Henri-Marie Boudon, et les chèques sont à libeller à ce même ordre.

mardi 14 décembre 2010

1er mardi du mois reporté

Exceptionnellement, la Messe du 1er mardi du mois en l'honneur de Saint Michel pour la France était ce mois-ci célébrée le deuxième mardi, 14 décembre, en l'Eglise Saint-Aubin de Pacy, à 19h. Grâce à la bienveillance de notre évêque, S.Exc.R. Mgr Nourrichard, et du curé de la paroisse de Pacy, M. l'abbé Pichard, l'Archiconfrérie jouit désormais de la forme extraordinaire du rite romain pour sa Messe mensuelle, selon l'esprit du Motu proprio "Summorum Pontificum" de S.S. le pape Benoît XVI (7 juillet 2007). Voici les prochaines dates des Messes de S. Michel pour la France :

         - Mardi 11 janvier 2011 (2e mardi du mois)
         - Mardi 1er février 2011
         - Mardi 1er mars 2011
         - Mardi 5 avril 2011
         - Mardi 10 mai 2011 (2e mardi du mois)
         - Mardi 7 juin 2011.

Les deux fois où la Messe du premier mardi sera exceptionnellement transférée au deuxième, sont dues à l'adaptation de notre agenda à celui de M. le Curé et de la paroisse.

vendredi 22 octobre 2010

Sainte Salomé, mère d'Apôtres


Sainte Salomé demandant à N.S. de placer ses deux fils à Sa droite et à Sa gauche, lors de l'avénement de Son règne.
Mère des Apôtres Jean et Jacques le Majeur (de Compostelle), sainte Salomé est l'une des saintes femmes qui sont courageusement restées fidèles à Notre-Seigneur au pied de la Croix, après l'avoir soutenu durant toute Sa vie publique. Sainte Salomé est à l'honneur à la Cathédrale d'Evreux, comme le souligne ci-dessous M. Boudon dans une lettre à son ami M. Thomas, de Paris. Sa fête est aujourd'hui, ainsi que Ste Marie-Cléophas, sa propre mère ; cette dernière est normalement célébrée à part, le 24 avril.

« J'espère que vous recevrez cette lettre le jour dans lequel on fait dans la cathédrale l'une des plus solennelles fêtes de l'année à Évreux, la fête des bienheureuses Marie, Jacobé et Salomé dont nous avons des reliques, et dont il y a plusieurs églises dans le diocèse dédiées à Dieu en leur honneur ; elles sont de la famille de notre bon Sauveur et de son immaculée Mère ». (Lettre 341, à M. Thomas)
Dans cette Déposition au Sépulcre, Sainte Salomé se trouve en bas à gauche, agenouillée.

mardi 19 octobre 2010

Fête de S. Aquilin


Nous célébrons aujourd'hui la fête de saint Aquilin, successeur de saint Eterner comme évêque d'Evreux, de 673 à 695. Né à Bayeux vers 620, soldat puis officier sous Clovis II, il se retira dans la solitude mais fut "retrouvé" par les Ebröïciens qui firent de lui leur pasteur. Le Bulletin des saints Anges n° 21 nous parlait de lui dans la notice consacrée à saint Leufroy. L'évêque Didier lui succéda. Le village jouxtant Pacy lui est consacré. Il patronait également dans sa cité épiscopale une église (détruite au XXe siècle et remplacée par un temple protestant) et un petit-séminaire. Saint Aquilin, priez pour votre diocèse et pour les vocations !

samedi 16 octobre 2010

Fête patronale de la Normandie


La Normandie - et depuis S. Pie X et le 12e centenaire du Mont-Saint-Michel (1909) : la France entière, comme le souligne la 6e Leçon de Matines - commémore aujourd'hui la grande fête de l'Apparition de S. Michel Archange au Mont Tombe (708) et la Dédicace de la première église demandée par ce premier Séraphin (709). Nous avions célébré l'évêque Aubert le 10 septembre dernier ; l'Archiconfrérie fête aujourd'hui cette venue angélique en notre belle Province : merci ô grand Archange !
Voici l'oraison de cette fête :
Dieu tout-puissant et éternel, Qui par une prérogative unique avez daigné nous réjouir par la glorieuse Apparition du bienheureux Michel Archange, donnez-nous d'être toujours défendus sur terre par sa constante protection, et de jouir éternellement de sa société dans les cieux. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ainsi soit-il.

vendredi 15 octobre 2010

Fête de la Grande Thérèse


Transverbération du coeur de sainte Thérèse de Jésus (1515-1582), par Le Bernin

Notre vénérable ami Boudon eut pour maître le Docteur de l’Église qu’était la Grande Thérèse. Voici, parmi d’autres, des extraits de sa correspondance où il évoque la Sainte d’Avila, réformatrice du Carmel, et à l’origine de l’École française de spiritualité. Il l’appelle presque toujours séraphique, elle qui eut l'âme "blessée" par la flèche brûlante d'un Séraphin, et il ne craint pas de dire « Notre Mère », à l’instar des religieux de l’Ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel.

« La même Providence nous a fait donner au public un petit livre De la présence de Dieu. […] C'était bien la grande occupation de notre séraphique mère Thérèse (je l'appelle de la sorte et j'en ai sujet), que la divine présence » (Lettre 36).

« Notre séraphique mère sainte Thérèse, à la vue de quelques rayons de lumière qui lui étaient donnés de ce grand tout de Dieu seul, assure que les cheveux lui dressaient à la tête, par la frayeur qui la saisissait devant une majesté si terrible » (Lettre 39)

« Sainte Thérèse paraissant après sa mort au bienheureux Jean de la Croix, l'exhorta à travailler pour la perfection, lui disant que Dieu en serait plus glorifié que par d'autres manières » (Lettre 228).

« Sainte Thérèse se mettait d'une grande force du parti de ceux qui la persécutaient, disant qu ils avaient raison » (Lettre 254)


« C'est une grande grâce que la conversation avec les saints anges, et si grande que lorsque notre bon Sauveur voulut tirer particulièrement sainte Thérèse de ses défauts et l'élever à la haute perfection où il l'a mise, il lui dit : Je ne veux plus que tu converses avec les hommes, mais avec les anges » (Lettre 294)

« Et si la séraphique sainte Thérèse a eu pour maxime « Ou mourir ou souffrir », que la nôtre soit, avec le grand saint de l'amour, saint François de Sales, « Ou mourir ou aimer », mais et mourir et aimer, pour ne cesser jamais d'aimer » (Lettre 299)

« Je vous écris le 15 d'octobre, fête de la grande et séraphique Thérèse. Les Pères carmes déchaussés de Flandre m'appelaient l'enfant de leur sainte Mère, fiat, fiat. Oh ! Plût à Dieu que je fusse l'un de ses véritables enfants ! Elle qui était toute perdue en Jésus-Christ ; en sorte que regardant son âme qui lui était montrée comme un miroir pur et éclatant, elle ne s'y voyait pas, mais Jésus-Christ » (Lettre 310)

« La divine Providence ne manquera jamais à ceux qui s'y confient. […] En vérité, notre mère la séraphique sainte Thérèse s'y confiait parfaitement » (Lettre 366)


Rappelons que sainte Thérèse de Cepeda y Ahumada s’éteignit dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582, le pape Grégoire XIII ayant modifié le calendrier pour rattraper un retard sur le soleil.

Voici la préface propre de la Messe de sainte Thérèse d’Avila :

« Vraiment il est juste et digne de Vous rendre grâce […] par le Christ Notre-Seigneur. Lui Qui a voulu enrichir la bienheureuse Thérèse de la science des Saints et du feu de la divine charité, et enflammer de plus en plus ses entrailles par la vision d’un Ange, qui avec une flèche ardente lui transpersa les entrailles, signifiant aussi, en lui donnant la main, qu’Il Se l’associait en un mariage spirituel. Quand cet incendie de charité consuma la vie de sainte Thérèse, son esprit, sortant sous la forme d’une colombe, gravit l’échelle de la gloire céleste. Voici pourquoi, avec les Anges […] »




mardi 5 octobre 2010

1er mardi du mois - Parution du Bulletin d'Automne

Saint Michel Archange, de votre lumière éclairez-nous !
Saint Michel Archange, de vos ailes protégez-nous !
Saint Michel Archange, de votre épée défendez-nous contre Satan et ses mauvais anges !

Comme chaque 1er mardi du mois, les membres de l'Archiconfrérie vous donnent rendez-vous à la Cathédrale Notre-Dame d'Evreux à 16 h, pour saluer le Saint-Sacrement, puis les restes de M. Boudon dans la chapelle des saints Anges, avant de "gravir" le Petit Mont-Saint-Michel... L'Archiconfrérie vous convie ensuite à l'Adoration du Très-Saint-Sacrement puis à la Messe du 1er mardi du mois, qu'elle fait dire en l'honneur de S. Michel pour la France, en l'église Saint-Aubin de Pacy, respectivement à 18h30 et 19h15. Nous ne manquerons pas de confier au Seigneur l'hospitalisation de notre consoeur Nathalie.

De plus, le dernier Bulletin des SS. Anges (n° 22) est paru.


Demandez le programme !



-Dossier : Septembre, le mois des SS. Anges.
-Vie spirituelle : « Comment vivre la sainte Messe », par le S. Curé d’Ars.
-Œuvre du Vén. Boudon : La dévotion aux neuf Chœurs des Anges (suite).
-Histoire : « Le sanctuaire de S. Michel des Vignes », à Évreux.
-Catéchèse : Les petits moyens de la grâce.
-Vie de M. Boudon (suite).
-Florilège angélique.
-Vie de l’Archiconfrérie.

N’hésitez pas à contacter la Société H.-M. Boudon pour en obtenir un exemplaire, vous abonner ou le faire connaître.

lundi 4 octobre 2010

Conférences mensuelles sur les Sacrements


Les membres de l'Archiconfrérie s'engageant à se former pour toujours mieux connaître la doctrine de l'Eglise et ainsi la vivre mieux, nous indiquons ci-dessous les conférences dispensées un jeudi par mois (de 20h30 à 21h45) en la paroisse de Pacy, et consacrées cette année aux Sacrements. Elles ont lieu à côté du presbytère, et s'achèvent par l'office des Complies.

21 oct. 2010 : L'Office divin ou Liturgie des Heures (le Bréviaire).
18 nov. 2010 : Qu'est-ce qu'un sacrement ?
16 déc. 2010 : Le Baptême.
20 janv. 2011 : La Confirmation.
17 févr. 2011 : Le Mariage.
17 mars 2011 : La Confession.
19 mai 2011 : L'Extrême-Onction.
16 juin 2011 : L'Ordre.

samedi 2 octobre 2010

340e anniv. de la fête des SS. Anges gardiens pour l’Église universelle (1670-2010)


Célébrant aujourd’hui l’une de ses fêtes patronales, l’Archiconfrérie des saints Anges ne peut s’empêcher de s’étendre quelque peu sur l’histoire de cette merveilleuse fête, en l’honneur d’êtres pour lesquels nous n’avons trop souvent qu’un méprisant oubli. Nous citons pour cela le bel article bel article de Camille Belmon, inspiré du livre du P. Beau, Le Bienheureux François d'Estaing, évêque de Rodez (1480-1529) (Chapitre III), auquel nous renvoyons volontiers.

Il revient au bienheureux évêque de Rodez, Mgr François d’Estaing (1480-1529), d’avoir fait approuver en 1518 par Léon X un Office et une Messe des saints Anges gardiens, à la date du 1er mars (ce que confirma encore Rome en 1914). Jusque-là inconnue en France, cette fête s'étendit lentement à tout le royaume. Deux églises parisiennes, au XVIIe s., honoraient les Anges gardiens : l'église des SS. Loup et Gilles et celle des Quinze-Vingt. Puis, par l’intermédiaire de sa cousine, la Vénérable Antoinette de Levezou, religieuse bénédictine du Monastère-sous-Rodez partie réformer les couvents d'Espagne, et du cardinal de Carvajal, la fête s’implanta Outre-Pyrénées, notamment à Tolède, le siège primatial.

Par une concession du 27 septembre 1608, le pape Paul V approuva cette fête pour l'Allemagne, le 1er jour libre après le 29 septembre. Puis la Congrégation des Rites expliqua que cette fête restait facultative. Enfin Clément X (ci-contre), en 1670, l'imposait à l'Eglise universelle, en la plaçant au 2 octobre.

En somme l'institution de cette fête a été pour notre évêque une oeuvre de prédilection dont la réalisation s'étend sur tout son long épiscopat. La pensée lui en vint dès le début de son administration ; il se mit de suite à l'oeuvre, secondé par de précieux concours, mais les difficultés surgirent presque en même temps, et il ne fit son oeuvre bien complète que sur le soir de sa vie. Au même temps s'achevait la belle tour de sa cathédrale ; la Sainte Vierge désormais trônait au-dessus de Rodez, les deux entreprises avaient progressé et se terminaient parallèlement.

C'est quand le Bienheureux François était gouverneur d'Avignon qu'il s'occupa déjà de faire composer l'office de l'Ange Gardien. Dès ce temps-là sa pieuse résolution était arrêtée. S'il fallait en croire le P. Beau, il aurait même durant son ambassade auprès de Jules II, obtenu de ce pontife la concession de la fête par un oraculum vivae vocis. Le biographe tire son renseignement, assure-t-il, des archives de la maison d'Estaing, où il a trouvé des instructions données par le saint évêque à son secrétaire pour la conduite du procès relatif à la réforme de son calendrier. Rien ne nous oblige à nous délier de cette affirmation, dont la source est si bien indiquée. Dans ce cas, l'institution de la fête et de l'office de l'Ange Gardien aurait réellement été la première pensée de notre Bienheureux à l'aurore de son long épiscopat. C'est à peine si à ce moment les difficultés touchant son élection étaient parvenues à s'aplanir. Il n'aurait pas fait son entrée dans sa chère église, et déjà il songeait à la doter d'un culte qui deviendrait pour elle un glorieux patrimoine.

Dans la préface qu'il a mise a son oeuvre, l'auteur de l'Office de l'Ange Gardien donne à François d'Estaing le titre de Gouverneur d'Avignon et Lieutenant de Sa Sainteté. Voici les quelques lignes qui nous sont parvenues de cette épître dédicatoire : « En proposant la célébration de la fête de l'Ange Gardien, vous avec obéi, révérendissime Prélat, à une pensée très haute, qui s'impose à l'attention et que je m'étonne grandement de ne pas rencontrer dans les siècles passés. Les saints Anges, d'après l'enseignement de Jésus-Christ, ne se réjouissent-ils pas et ne célèbrent-ils pas une fête au jour de notre conversion ? Mais c'est à vous, qui mettez tant de zèle et de dévotion à promouvoir les choses saintes, que la Providence divine réservait cette institution, dont certainement l'Ange député à votre garde vous a inspiré la pensée ».

On le voit, l'auteur présente l'établissement de cette fête comme une innovation dont il ne connaît pas d'exemple dans le passé. Qui parlait ainsi à l'évêque de Rodez ? Qui avait été chargé par lui de trouver les premières formules de louange à l'adresse du saint Ange Gardien ? Un pieux religieux franciscain que l'évêque du Puy, Geoffroy de Pompadour, venait de tirer de son cloître pour en faire son coadjuteur, on disait alors son suffragant. Il s'appelait Jean Colombi, et avait le titre d'évêque de Troie, en Asie Mineure. Certains documents l'appellent Jean de Pressuris, ou de Beulenc. Il a composé un ouvrage sur la confession, qui parut en 1548, et où il est qualifié de pénitentiaire de Notre Saint Père le Pape en Avignon. François d'Estaing étant Abbé de Saint-Chaffre en Velay, s'était lié avec ce savant religieux ; sa prédilection pour les Cordeliers fut toujours très marquée. Jean Colombi dut suivre François d'Estaing à Avignon, probablement même attiré par lui et, aidé sans doute de son influence alors très grande en cour de Rome, il fut nommé pénitencier du Saint Père.

Dans la rédaction de cet office, Colombi s'était attaché à énumérer les bons offices que nous rendent les saints Anges ; pour cela il avait parcouru les saintes Lettres et y avait puisé tous les exemples de cette protection. L'office que nous récitons aujourd'hui en a conservé un grand nombre ; plusieurs cependant n'y ont pas trouvé place, bien qu'ils demeurent d'une application très heureuse. Tel est l'épisode de l'Ange qui, armé d'un glaive, se porte à la rencontre de Balaam pour l'empêcher de maudire les camps d'Israël ; n'est-ce pas le rôle de notre saint Ange Gardien quand, en nous inspirant des craintes salutaires, il nous détourne du mal ? Il y avait encore l'histoire d'Agar, quittant le toit de sa maîtresse et ramenée à son devoir par l'ange de Dieu : Unde venis aut quo vadis ? Il y avait le trait délicieux rapporté par Notre divin Maître, du bon jardinier qui intercède pour le figuier trop longtemps stérile, condamné à être déraciné : Domine, dimitte etiam et hoc anno, usque dum fodiam circa eum et mittam stercora, et siquidem fecerit fructum... Nous regrettons sincèrement la disparition de cet exemple des attentions délicates et miséricordieuses de notre Ange Gardien, et aussi de la mention des Anges qui, après le trépas du pauvre Lazare, portèrent son âme dans le sein d'Abraham. […]

Il fut donc rédigé de 1506 à 1510, époque où le Bienheureux resta à Avignon, et probablement proposé sans retard au clergé de Rodez. L'évêque aurait voulu le soumettre à la solennelle approbation du Saint-Siège, déjà prévenu de son pieux projet, mais, dans le cours des dernières années, l'attitude de Jules II pour la France s'était considérablement modifiée. On sait comment notre saint pasteur fut mêlé malgré lui à ces regrettables questions. Tandis qu'il suivait le trop fameux concile de Pise dans ses divers déplacements, ce n'était pas le moment de présenter au Saint Père une requête quelconque. L'office fut donc proposé au clergé du diocèse, croyons-nous, sans attendre l'autorisation pontificale. Que personne ne soit surpris de voir un évêque s'arroger un droit auquel aucun chef de diocèse aujourd'hui n'oserait prétendre. On était très loin de la centralisation liturgique, de nos jours si rigoureuse. Chaque évêque se reconnaissait de très larges pouvoirs. Nous voyons saint François de Sales lui-même, un siècle environ après, modifier pour ses filles de la Visitation l'office de la Vierge. Cela lui attira quelques reproches, auxquels il répondait en alléguant l'exemple des prélats italiens, et le bon saint ajoutait avec sa sincérité habituelle : « Il ne faut pas s'entortiller l'esprit ».

Peut-être aussi François d'Estaing ne pressa pas son clergé d'adopter le nouvel office, avant l'autorisation qu'il eut toujours la ferme intention de solliciter. Les brusques réformes liturgiques heurtent toujours de vieilles habitudes et provoquent souvent des étonnements ; nous le verrons plus au long au chapitre suivant. Au synode de 1514, le pieux prélat proposa son innovation et la fit accepter par la majorité du clergé réuni. Il n'était pas uniquement question de la Fête de l'Ange Gardien, mais d'une réforme totale du Calendrier diocésain. Vers le même temps le chapitre de la cathédrale donna aussi son suffrage favorable. Léon X était, sur ces entrefaites, monté sur 1a chaire de Saint Pierre et n'avait pas tenu rigueur aux prélats français de leur opposition à son prédécesseur. L'occasion se présentait donc excellente de s'adresser au Saint Siège ; François d'Estaing proposa à l'approbation pontificale son projet de réforme du Calendrier de Rodez et notamment l'insertion de la fête de l'Ange Gardien, avec office propre, au 1er mars.

Il accompagna sa supplique d'une lettre à Sa Sainteté dont le P. Beau nous a conservé le début. Le pieux prélat se servait de la connaissance qu'il avait des saints Pères, pour rappeler délicatement au souverain Pontife un texte d'un de ses plus illustres prédécesseurs et à la fois son patron, Saint Léon le Grand.

« Très Saint Père, qu'il me soit permis d'aborder votre Sainteté en lui relisant les paroles que Saint Léon son illustre prédécesseur, adressait au peuple chrétien : Rendez plus étroites vos amitiés avec les saints Anges ».

Léon X, par une Bulle datée du 18 avril 1518, commençant par les mots : Admonet nos, répondait favorablement à la pieuse attente de l'évêque de Rodez, qui voyait ainsi combler ses vœux les plus ardents. Nous avons pu nous procurer la copie de cette pièce inestimable, qui est sûrement le premier hommage décerné au culte des saints Anges par un des successeurs de Saint Pierre ; elle n'a pas été publiée avant aujourd'hui.
Léon X, par Raphaël.
« Léon, etc. Pour perpétuelle mémoire.

Notre vénérable Frère, François d'Estaing, évêque de Rodez, nous a dernièrement présenté une requête d'où il résulte que, comme il convient à un sage et heureux administrateur de l'Eglise de Rodez dont il a la charge, et selon les talents à lui donnés par Dieu, le distributeur de toutes les grâces, après s'être entouré des lumières de plusieurs ecclésiastiques, très versés dans la connaissance des heures canoniales et des autres divins offices, et après avoir pris l'assentiment et le suffrage de ses chers fils, les chanoines de son église cathédrale, il avait à peu près réduit à l'usage, au rite et au calendrier romain, les usages et les rites suivis pour les heures canoniales du jour et de la nuit dans les diverses églises du diocèse de Rodez, de même que l'antique calendrier usité dans la ville et le diocèse.
Pareillement, dans le nouveau calendrier il avait ajouté la fête du Propre Ange de chaque fidèle, en la fixant au 1er mars, et avait prescrit la récitation et l'observation, pour chaque année à pareil jour, depuis les premières Vêpres jusqu'aux deuxièmes Vêpres, y compris la messe solennelle, d'un office spécial composé et édité par les soins de son cher fils Jean Colombi, évêque de Troie, de l'Ordre des Frères Mineurs et professeur de théologie, ainsi qu'il est relaté plus au long dans les pièces authentiques réunies en forme de brochure.Le soin que nous devons mettre à remplir notre charge pastorale, nous invite à accorder une particulière attention à tout ce qui est capable de promouvoir la régularité dans la récitation quotidienne des heures canoniques du jour et de la nuit, d'où découlent de si grandes consolations sur tous ceux qui y prennent part. A toutes les initiatives prises dans ce sens, pour qu'elles demeurent fermes et inviolables, nous devons, quand on nous en sollicite, apporter l'appui de notre autorité souveraine.
C'est pourquoi, de la part du même François, évêque, nous avons humblement été supplié de daigner, par une faveur de notre bienveillance apostolique, pour leur donner une valeur plus ferme, ajouter à ces réductions, réforme, édition, institution, lettres et écrits, la force de notre confirmation apostolique.
Nous donc, après avoir absous et déclaré tel, mais seulement pour l'effet des présentes, et à supposer qu'il y ait lieu, le susdit évêque de toute excommunication, suspense, interdit, et autres sentences ecclésiastiques, censures et peines portées, soit par le droit, soit par une autorité spéciale, et après avoir expressément approuvé toutes les lettres et tous les écrits rédigés sur ce sujet, faisant droit très volontiers à ces supplications, de notre autorité apostolique et par la teneur des présentes, approuvons et confirmons la réforme, le changement, l'addition et l'institution de la fête et de l'office du Propre Ange, ainsi que tous et chacun des points contenus dans ces lettres et ces écrits, et nous y ajoutons la garantie d'une perpétuelle valeur, suppléant à tous les défauts de droit et de fait qui ont pu s'y glisser, nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques ainsi que celles du diocèse de Rodez et autres églises, qu'elles soient confirmées par serment, confirmation apostolique ou autre, nonobstant aussi tous statuts, coutumes ou autres choses contraires.
Qu'il ne soit donc permis à personne d'aller contre nos présentes absolution, approbation, confirmation, addition et supplétion, etc. Si quelqu'un par conséquent... Donné à Rome, à Saint Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur 1518, la veille des Ides d'Avril, de notre Pontificat le sixième".
Ainsi, d'après le document pontifical, François d'Estaing, dans sa réforme avait recherché à se rapprocher le plus possible du Calendrier Romain. C'est un trait qu'il convient de souligner de la part d'un prélat français, très attaché aux coutumes nationales, comme on l'a vu en maints endroits, mais pareillement très soucieux de ne pas contrevenir aux désirs du Saint-Siège, et, pour la question liturgique, sincèrement désireux d'unir son clergé à l'église de Rome.

Le même jour, Léon X envoyait à l'évêque de Rodez une autre lettre, celle-ci sous forme de bref, accordant une indulgence pour tous les fidèles qui assisteront à la première messe dite en l'honneur de l'Ange Gardien.
« Léon X, Pape, à tous et à chacun des fidèles chrétiens qui ces présentes lettres verront, Salut et bénédiction apostolique.
Bien que nous ayons un singulier désir de faire donner au peuple de Dieu sa pâture spirituelle, néanmoins il nous est surtout agréable de le paître spirituellement dans les sacrés mystères de la messe, où s'immole pour tous ses fidèles le Sauveur du genre humain.
Aujourd'hui, en effet, notre vénérable frère François d'Estaing, évêque de Rodez, nous a exposé comme quoi, du consentement et avec le suffrage de ses chers fils les chanoines de son église cathédrale, il avait institué la fête de l'Ange Propre de chaque fidèle, à célébrer et à observer le 1er jour de mars dans l'église de Rodez et toutes les autres églises du diocèse ; et nous, par d'autres lettres, entre autres concessions, avons, de notre autorité apostolique, approuvé et confirmé cette louable institution.
Désirant donc gratifier de faveurs célestes les fidèles de l'un et de l'autre sexe qui assisteront à la première messe du Propre Ange que célèbrera le dit François, évêque, ainsi qu'à l'office du même, pour les engager à se rendre en plus grand nombre à cette célébration et récitation par l'espoir d'une abondante réfection de leur âme par la grâce céleste, confiant en la miséricorde du Dieu tout-puissant et en l'autorité des Bienheureux Apôtres Pierre et Paul, à tous et à chacun de l'un et de l'autre sexe vraiment contrits et confessés, ou qui auront le dessein de se confesser, qui au jour où François évêque célèbrera la première messe du Propre Ange dans son église cathédrale, visiteront l'église susdite, nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur trente ans et tout autant de quarantaines de véritables indulgences, la présente concession ne devant plus avoir aucune valeur après le premier jour de la célébration.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, sous l'anneau du Pêcheur, le 12° jour d'avril 1518, de notre Pontificat, le sixième ».
Le Pape Léon X, on le sait, avait un esprit largement ouvert à toutes les grandes initiatives. Celle de François d'Estaing lui plut beaucoup. D'après le témoignage du P. Beau, reposant sur un Bref particulier qu'il déclare avoir parcouru de ses yeux, le Saint Père fit savoir à François d'Estaing qu'il se proposait de proposer la fête de l'Ange Gardien à l'Eglise universelle. Il trouvait seulement l'office un peu long ; il l'engageait donc à l'abréger : « Nous pourrions ainsi plus aisément, disait-il, imiter votre dévotion, et pour l'honneur et la piété dus aux Anges Gardiens imposer cet office à l'Eglise universelle ». Obéissant à ce voeu, François d'Estaing fit abréger l'office, mais, sur ces entrefaites, le Pape mourut et le projet n'eut pas de suite immédiate.

Rien ne manquait pour solenniser tout de suite dans le diocèse de Rodez une fête qui très facilement pouvait devenir populaire. Mais, les oeuvres divines sur la terre doivent, avant de s'établir, soutenir l'épreuve de la contradiction, et souvent plus une entreprise est noble et belle, plus elle est attaquée dans sa naissance et dans son progrès. Qu'on se souvienne des oppositions qu'a rencontrées à une époque plus récente le culte du Sacré-Coeur de Jésus. Dieu permet que les pieux desseins inspirés par lui, ne puissent s'établir pendant de longues années ; que des volontés, droites quelquefois, plus souvent malveillantes et obstinées, empêchent leur progrès ; lorsqu'enfin la sainte entreprise sort victorieuse des coalitions, elle a reçu le sceau qui manifeste à tous son origine divine, et elle progresse et s'étend merveilleusement pour le plus grand bien de l'Eglise.

L'opposition vint à François d'Estaing d'un membre de son chapitre : l'archidiacre Garrigues. […] Quand François d'Estaing, en 1518, eut reçu les précieuses bulles, Garrigues, déjà en conflit avec son évêque, prit de suite le chemin de Rome. Il ne prétendait à rien moins qu'à faire condamner François comme hérétique pour ses hardies innovations. Il travailla avec tant de succès pour sa cause, que tout ce qu'on avait projeté à Rodez pour la célébration solennelle de la fête concédée dut être suspendu, en attendant la conclusion du procès engagé.

Peu avant sa mort, survenue en 1521, le Pape Léon X donna une sentence contre Garrigues, et maintint à François d'Estaing toutes les concessions obtenues. Sans doute les ennemis de notre évêque allaient se prévaloir de la mort du grand Pontife pour recommencer leurs intrigues. François d'Estaing crut indispensable de porter de nouveau l'affaire devant le nouveau Pape, Adrien VI. Celui-ci confirma pleinement les actes de son prédécesseur, mais un autre contre-temps surgit et entrava encore la pieuse entreprise. Adrien VI mourut après un pontificat de quelques mois, avant que sa chancellerie eut pu libeller les concessions par lui accordées à l'évêque de Rodez. Tout néanmoins était prêt et le nouveau Pontife, Clément VII, se hâta de faire expédier à François d'Estaing la Bulle Rationi congruit du 26 novembre 1523, qui terminait toute l'affaire.


Les difficultés étaient maintenant aplanies ; d'ailleurs le clergé de Rodez (armes de la cité ci-contre) n'avait pas attendu la dernière sentence pontificale pour embrasser la dévotion proposée et réciter l'office ; on n'avait cependant pas eu encore de solennité extérieure. Le Bienheureux, muni des autorisations et des privilèges pontificaux, ayant même obtenu, s'il faut en croire le P. Beau, pour le jour de la première messe une indulgence sous forme de jubilé, se proposa de convoquer son peuple à une fête grandiose. Il l'annonça et la prépara longtemps à l'avance ; elle fut ainsi retardée jusqu'en 1526. Souvenons-nous que cette année-là est celle de l'achèvement du clocher de la Cathédrale. N'est-on pas autorisé à penser que le saint évêque voulut attendre pour fêter les Saints Anges que la Sainte Vierge eût été placée sur son trône ? A une fête qui devait se dérouler en plein air, l'élégante et majestueuse tour ajouterait certes au décor extérieur, et la Reine des Anges semblerait présider à la glorification de nos célestes protecteurs.

Le 3 juin 1526 était le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu : ce fut le jour choisi pour la magnifique solennité. On attendait à Rodez une affluence énorme ; aussi ne fallait-il pas songer à faire l'office à la cathédrale. Une vaste esplanade pouvait seule fournir l'endroit approprié. Joignant les portes de la Cité, du côté ouest, se trouvait un large terrain utilisé depuis des siècles pour les quatre grandes foires de Rodez, qui sont demeurées traditionnelles jusqu'à nos jours. C'était l'emplacement connu encore sous le nom de foiral, alors lo feyral, ou bien le faubourg d'Albespeyres. Au fond, depuis quelques années se dressaient les bâtiments de la Chartreuse, habités par des moines qui avaient toutes les sympathies du pieux évêque. Sur cette vaste étendue de terrain, devant le magnifique panorama qui se déroule de cet endroit aux yeux du spectateur, allait se célébrer la première messe qu'on ait dite en l'honneur des anges gardiens. Un autel aux vastes proportions fut élevé contre l'église des Chartreux, et le peuple se massa sur l'esplanade, sur les remparts de la ville, et jusques sur les coteaux avoisinants de l'amphithéâtre, de Camonil et de l'autre côté de l'Auterne. On y compta, dit le P. Beau, plus de cent mille personnes.

Sans doute l'évaluation d'une foule est une opération fort difficile et les narrateurs d'une fête populaire ont à se tenir en garde contre l'exagération. Néanmoins ce chiffre ne doit pas paraître invraisemblable à qui connaît l'empressement de nos aïeux à certains pèlerinages, et surtout le zèle vraiment héroïque qu'ils mettaient à profiter des indulgences, encore plus d'un jubilé. Le jubilé de Notre-Dame du Puy est célèbre ; les anciennes chroniques nous parlent d'une affluence de 300.000 personnes à certaines années. Rodez lui-même a vu des manifestations religieuses où le nombre des fidèles accourus nous paraît aujourd'hui prodigieux et qui cependant est attesté par des récits dignes de foi. Au jubilé de 1702 l'affluence fut incroyable ; les solennités durèrent du 23 avril jusqu'au 23 juin. Chaque jour des processions arrivèrent, de paroisses quelquefois fort éloignées. Le 15 mai on vit arriver 111 paroisses ; il n'y avait pas moins de 40.000 personnes ce jour là à Rodez. Si au lieu de durer deux mois, le jubilé n'avait duré qu'un jour, comme en 1526 pour la fête de l'Ange Gardien, le chiffre de 100.000 assistants donné par le P. Beau eût été largement dépassé.

Quelle ne dut pas être la sainte joie du Bienheureux d'Estaing lorsqu'il vit accourir cette immense foule, venue pour acclamer la grande oeuvre de toute sa vie ! Le succès était maintenant complet, définitif ; les saints Auges Gardiens auraient leur jour de fête ; en s'en revenant les fidèles emporteraient dans leur âme une tendre vénération pour ces célestes protecteurs. Ce culte franchirait bientôt les frontières du Rouergue ; la piété catholique s'enrichirait d'une nouvelle dévotion et le peuple chrétien s'étonnerait de n'y avoir pas plutôt songé. Peu à peu ce culte s'étendrait et l'autorité souveraine achèverait l'oeuvre en le proposant à la chrétienté toute entière, comme un nouveau trésor de grâces.

vendredi 1 octobre 2010

Succès de la Saint-Michel 2010


Les membres de l'Archiconfrérie des saints Anges ont dignement honoré leur Patron, mercredi 29 septembre 2010, à Evreux. Après le traditionnel pèlerinage instauré par M. Boudon au XVIIe siècle de la chapelle des SS. Anges de la cathédrale jusqu'à la colline Saint-Michel, la statue du Premier des Anges a été fleurie. Puis eut lieu la sainte Messe en l'église de Saint-Michel. Le Bulletin (imprimé) des saints Anges de la Société H.-M. Boudon a quant à lui été tiré à une centaine d'exemplaires, et bien écoulé...

L'Espagne célèbre son Ange gardien

Les nations, comme les hommes, possèdent leur Ange gardien. De nombreux auteurs ecclésiastiques l'ont affirmé, citons entre autres Théodoret, S. Basile le Grand, S. Grégoire de Nazianze, S. Jean Chrysostome... puis notre cher grand-archidiacre d'Evreux et jusqu'au pape Jean-Paul II (30 juin 1986). Conformément à cela, le roi Ferdinand VII demanda au Siège Apostolique la concession d'une fête de l'Ange gardien de l'Espagne, chose qu'accorda le pape Léon XII (1823-1829), à la date du 1er octobre. Le 13 mai 1920 - soit 3 ans après l'apparition de Notre-Dame à Fatima, où l'Ange gardien du Portugal apparut également -, en l'église Saint-Joseph de Madrid, Alphonse XIII et toute la Famille royale assistaient à la dédicace de l'autel consacré à l'Ange gardien espagnol, dont la statue existait auparavant, et aurait dû être placée au Monument du "Cerro de los Angeles" - Colline des Anges, située au centre géographique du pays -, mais le projet angélique fut supplanté par la dévotion au Coeur Sacré de Jésus : Alphonse XIII y consacra ainsi l'Espagne au Sacré-Coeur le 30 mai 1919. La Messe est la même que celle du lendemain (saints Anges gardiens), mais avec les oraisons et l'office propres.
Dieu tout-puissant et éternel, qui par une ineffable Providence avez attribué un Ange à chaque royaume pour le garder, nous Vous en supplions, accordez-nous que par les prières et le patronage de l'Ange gardien de notre Royaume, nous soyons toujours délivrés de toute adversité. Par Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Ainsi soit-il.

S. Remi, Apôtre des Francs


S. Remi baptisant Clovis (peinture à Sainte-Geneviève de Paris).

S. Remi (437-533) est l'évêque de Reims qui baptisa et sacra le roi Clovis, le 25 décembre 496, ce qui reste dans nos annales comme le "Baptême de la France", l'union de Dieu et de la France, en la personne du roi. La liturgie célèbre également aujourd'hui les autres patrons de la Gaule septentrionale, à savoir les saints Vaast, Germain, Amand, Bavon et Piat.
Remi était fils d'Emile de Laon et de sainte Céline, et frère de S. Principe, évêque de Soissons. Il catéchisa Clovis, avec l'aide de sainte Clotilde. Il mourut après 74 ans d'épiscopat !


Sa châsse, exceptionnelle, est conservée en l'abbaye Saint-Remi de Reims, et transportée en procession chaque année, en la paroisse Saint-Remi (Messe quotidienne à 8h30). Prions pour qu'il en soit bientôt de même à Evreux pour notre Apôtre, saint Taurin !!!


Ô Dieu tout-puissant et éternel, Qui avez établi l'empire des Francs pour être par le monde l'instrument de Votre très divine volonté, le glaive et le boulevard de votre sainte Eglise : nous Vous en prions, prévenez toujours et en tous lieux de la céleste lumière les fils suppliants des Francs, afin qu ils voient ce qu'il faut faire pour établir Votre règne en ce monde, et que, pour faire ainsi qu'ils auront vu, leur charité et leur courage aillent s'affermissant toujours.
 
Enfin, méditons la recommandation de saint Léon IX à la France :
« Sache votre dilection qu'elle doit célébrer solennellement la fête du bienheureux Rémi ; car s'il n'est point Apôtre à l'égard d'autres, il l'est du moins pour vous. Rendez donc honneur tel à votre Apôtre et Père, que vous méritiez, selon la divine parole, de vivre longtemps sur la terre, et parveniez par ses prières à posséder la béatitude éternelle ».
Et Dom Guéranger de commenter :
"Lorsqu'il parlait ainsi, le Pontife suprême venait en personne de consacrer votre auguste église, pour la troisième fois déjà plus magnifiquement rebâtie conformément aux exigences de la dévotion grandissante de la nation. Neuf siècles écoulés depuis lors ont accru vos droits à la reconnaissance du peuple auquel vous infusâtes si puissamment la vie, que nul n'atteignit telle durée. Silvestre nouveau d'un autre Constantin, nous vous rendons grâces.

Gloire au Seigneur, qui daigna se montrer en vous admirable ! Au souvenir des gestes de Dieu accomplis sous toutes latitudes par les Francs vos fils, l'Eglise reconnaît le bien fondé de l'application qui vous est faite de ces lignes glorieuses annonçant premièrement le Messie: « Ecoutez, îles ; si loin que vous soyez, entendez, peuples. Le Seigneur m'a appelé dès le sein maternel ; il m'a dit: Je t'ai donné comme lumière aux nations, pour les sauver jusqu'aux extrémités de la terre ». Vrai jour de salut que celui de Noël, où il plut au Seigneur de bénir les travaux, d'exaucer les vœux de votre long épiscopat ; par la foi sainte que vous annonciez, vous fûtes alors le nœud de l'alliance du peuple nouveau formé des vainqueurs et des vaincus sur cette terre de France qui, la première rendue à elle-même, rendit à Dieu bientôt les héritages dissipés de l'ancien empire. Eglise seule vraie, Epouse unique, abaissée, délaissée, voici que Rémi se lève à cette heure, pour dire à tes fils captifs : Sortez des fers ; et à ceux dont la nuit te dérobait la vue : Paraissez ! Du nord, du midi, d'au-delà de la mer, vois-les venir en multitudes : tous ceux-là sont à toi".

Cieux donc, faites éclater la louange ; tressaillez, terre : car le Seigneur a pris en pitié la misère des siens ; après le siècle entier qu'a duré le déluge de l'hérésie et de la barbarie, Dieu une fois encore a montré que la confiance de ceux qui espèrent en lui n'est jamais confondue.

Elle ne le sera pas davantage en nos temps, ô Rémi, si vous daignez présenter au Seigneur Dieu la prière des fils des Francs restés fidèles à votre culte, à votre paternel souvenir. Les renégats vendus à l'ennemi de l'Eglise et du pays peuvent tyranniser un temps la foule abusée ; ils ne sont pas la nation. Un jour viendra que le Christ, roi toujours, redira aux Anges de sa garde la parole de son lieutenant Clovis : « Il me déplaît que ces Goths détiennent la bonne terre de France ; chassons-les d'elle ; car c'est à nous qu'elle appartient ».

mercredi 29 septembre 2010

Fête de S. Michel & de tous les saints Anges


L'Archiconfrérie des saints Anges célèbre aujourd'hui sa fête patronale, celle de S. Michel et de tous les neuf Choeurs célestes, ce qui explique que l'oraison du jour remercie Dieu pour le ministère de tous les saints Anges. Les confrères assisteront ce soir en l'église de Saint-Michel-des-Vignes à la Messe célébrée par M. l'abbé Legros, curé.

Cette fête, qui est liturgiquement la "Dédicace (de l'église) de S. Michel" du Mont-Gargan en 492 (le 29-septembre ayant déjà, auparavant, été la fête romaine de la dédicace d'une autre église michaëlique), fut élevée, avec celle de S. Joseph, au rang de 1re classe par le pape Benoît XV (12 déc. 1917) pour obtenir la protection de ces deux grands Saints sur l'Eglise et le monde alors déjà si tourmentés. Mais elle était déjà fête chômée depuis plus d'un millénaire en terre de Chrétienté, si bien que les juges ne reprenaient leur travail qu'à partir de la Saint-Michel. S. Charlemagne avait déjà fait représenter le premier des Séraphins sur ses étendarts. Il existe un Carême en l'honneur de S. Michel, qu'accomplissait d'ailleurs S. François d'Assise lorsqu'il reçut les sacrés stigmates sur le Mont Alverne (14 septembre 1224).

En ce grand jour angélique, qui oblige les Catholiques, ne serait-ce que deux fois l'an (avec le 2-octobre), à penser un peu plus à l'existence des "êtres invisibles" (Credo), faisons, nouons, renouons, affermissons nos amitiés avec les saints Anges !
"Ô aimables esprits ! Ma plus grande ambition sera toujours d'avoir le très-grand honneur de votre amitié. Je vous aime et vous veux aimer ; mais faites que je vous aime davantage" (Dévotion aux saints Anges, Exhortation à l'amour)
Sur son lit d'agonisant, le 20 mai 1702, M. Boudon rappelait à son correspondant, M. Thomas, la protection du grand archange - et de ses "confrères" - sur la France : 
"Cela me console dans ma solitude : tous les matins ne pouvant pas sortir de la chambre, je m'unis à Jésus-Christ sacrifié en autant de lieux que l'on célèbre le divin sacrifice de la messe, je l'offre à l'honneur de tout ce que je viens de vous marquer, priant le Père éternel de regarder son fils bien-aimé et les intérêts de son Église et d'en humilier les ennemis. Je prie tous ces saints et ces anges de s'unir tous ensemble pour demander l'avènement du royaume de Dieu sur tous ces hérétiques, je prie même saint Michel de venir au secours de la France, lui qui en est le protecteur particulier, et les autres six premiers princes d'aller partout et d'aller détruire les efforts des ennemis de Dieu et de sa sainte Mère partout. L'Écriture nous dit des sept premiers princes : Missi in omnem terram. Hélas ! si un seul ange dans l'armée de Sennachérib y fit un si grand carnage, que doivent faire tous ces esprits célestes ?" (Lettre 373)

Peut-être les dévots aux saints Anges sont-ils quelque peu fiers de leur être fidèles... Voici une autre leçon du grand-archidiacre d'Evreux :
"Tout (en l'amour des saints Anges pour les hommes) y est désintéressé. Car que reçoivent-ils des hommes ? Des ingratitudes inconcevables, des mépris offensants, des injures intolérables. Les infidèles ne les connaissent pas ; les hérétiques les connaissent, sans leur rendre les respects qui leur sont dus ; la plupart des gens de la campagne les ignorent, aussi bien que les infidèles. Souvent ceux qui en sont les mieux instruits sont plus méconnaissants. Ceux qui passent pour les aimer pensent quelquefois à eux, les honorent en de certaines rencontres ; et voilà où l'amour des hommes va, pour des esprits qui pensent sans cesse à eux, et qui sont toujours auprès d'eux" (Dévotion aux saints Anges, 2e motif)


A la France, aux pays qui lui sont consacrés et à toute l'Eglise universelle, dont il est le brillant Protecteur : sainte Fête de S. Michel !

samedi 25 septembre 2010

Quatre-Temps de septembre & Anniversaire boudonien...

La Sainte Eglise célébre aujourd'hui (mais également mercredi et vendredi derniers) les Quatre-Temps de septembre, jours de pénitence qui voient normalement s'accomplir, le samedi, les Ordinations. Voici le beau commentaire qu'en donne Dom Guéranger :
Pour la quatrième fois cette année, la sainte Eglise vient réclamer de ses fils le tribut de pénitence destiné dès l'origine du christianisme à consacrer les saisons. On trouvera aux mercredis de la troisième semaine de l'Avent et de la première du Carême, les données historiques qui concernent l'institution des Quatre-Temps ; nous avons rappelé dans ces mêmes jours les intentions qui doivent présider, chez les chrétiens, à l'accomplissement de cette tâche de leur service annuel.
L'hiver, le printemps et l'été, marqués à leur début par l'abstinence et le jeûne, ont vu tour à tour la bénédiction du ciel descendre sur les mois dont ils se composent ; l'automne recueille les fruits que la miséricorde divine, apaisée par les satisfactions des hommes pécheurs, a daigné faire germer du sein de la terre maudite. La semence précieuse confiée au sol dans le temps des frimas, a percé la glèbe dès les premiers beaux jours; quand Pâque s'est annoncé, elle a donné aux champs la gracieuse parure d'émeraude qui leur convenait pour s'associer au triomphe du Seigneur ; bientôt, image fidèle de ce qu'au même temps devaient être nos âmes sous les feux de l'Esprit-Saint, sa tige a grandi sous l'action de l'ardent soleil, l'épi jaunissant a promis cent pour un au laboureur, la moisson s'est accomplie dans la joie; et maintenant les gerbes entassées dans les greniers du père de famille invitent l'homme à faire monter sa pensée vers le Dieu de qui lui sont venus tous ces biens. Qu'il ne se dise pas, comme fit ce riche de l'Evangile après une récolte abondante : « Mon âme, te voilà beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère ! » Et Dieu lui dit, ajoute l'Evangile : « Insensé ! cette nuit on va te redemander ton âme ; ce que tu as amassé, pour qui sera-ce ? » Pour nous, si nous voulons être véritablement riches selon Dieu et mériter son aide dans la conservation, non moins que dans la production des fruits de la terre, employons, au commencement de cette nouvelle saison, les mêmes moyens de pénitence qui nous ont été par trois fois déjà si utiles. C'est au reste un commandement formel de l'Eglise, obligeant, sous peine de péché grave, quiconque n'est pas dispensé légitimement de l'abstinence et du jeûne en ces trois jours.
Nous avons démontré précédemment la nécessité de l'initiative privée qui s'impose, sur le terrain de la pénitence, au chrétien désireux d'avancer dans les voies du salut. En cette matière pourtant, comme dans toutes les autres, l'œuvre privée n'atteint jamais au mérite et à l'efficacité de l'action publique; car l'Eglise revêt de sa dignité même, et de la puissance de propitiation qui s'attache aux démarches de l'Epouse, les actes de pénitence accomplis en son nom dans l'unité du corps social. Saint Léon aime à revenir sur cette donnée fondamentale de l'ascétisme chrétien, dans les discours qu'il adressait au peuple de Rome, à l'occasion de ce jeûne du septième mois. « Bien, dit-il, qu'il soit loisible à chacun de nous d'affliger son corps par des peines volontaires, et de refréner, tantôt plus doucement, tantôt plus sévèrement, les convoitises charnelles qui luttent contre l'esprit : il faut, néanmoins, qu'à certains jours, soit célébré par tous un jeûne général. La dévotion est plus efficace et plus sainte, alors que, dans les œuvres de la piété, l'Eglise entière s'unit d'un seul esprit et d'une seule âme. Tout ce qui revêt le caractère public est en effet préférable au privé, et l'on doit comprendre qu'un plus grand intérêt est en cause là où s'applique le zèle de tous. Que l'observance particulière du chrétien ne relâche donc rien de sa diligence ; que chacun, implorant le secours de la protection divine, se munisse, à part soi, de la céleste armure contre les embûches des esprits de malice. Mais le soldat de l'Eglise, bien qu'il puisse se comporter vaillamment dans les combats singuliers, luttera toutefois plus sûrement et plus heureusement à son rang officiel dans l'armée du salut; qu'il soutienne donc, en la compagnie de ses frères, et sous le commandement de l'invincible roi, la guerre universelle. »
Une autre année, en ces mêmes jours, le saint pape et docteur insistait plus énergiquement encore et plus longuement sur ces considérations, qu'on ne saurait trop rappeler aux tendances individualistes de la piété moderne. Nous ne pouvons lui emprunter que quelques-unes de ses pensées, renvoyant le lecteur au recueil de ses admirables discours. « L'observance réglée d'en haut, déclare-t-il, l'emporte toujours sur les pratiques d'initiative privée, quelles qu'elles puissent être; la loi publique rend l'action plus sacrée que ne peut faire un règlement particulier. L'exercice de mortification que chacun s'impose d'après son propre arbitre, ne regarde, en effet, que l'utilité d'une partie et d'un membre ; le jeûne qu'entreprend l'Eglise universelle, au contraire, ne laisse personne à part de la purification générale ; et c'est alors que le peuple de Dieu devient tout-puissant, lorsque les cœurs de tous les fidèles se rassemblent dans l'unité de la sainte obéissance, et que, dans le camp de l'armée chrétienne, les dispositions sont pareilles de tous côtés et la défense la même en tous lieux. Voici donc qu'aujourd'hui, mes bien-aimés, le jeûne solennel du septième mois nous invite à nous ranger sous la puissance de cette invincible unité. Elevons vers Dieu nos cœurs; dérobons quelque chose de la vie présente pour accroître nos biens éternels. La rémission plénière des péchés s'obtient sans peine, quand toute l'Eglise se réunit dans une seule prière et une seule confession. Si le Seigneur promet d'octroyer toute demande au pieux accord de deux ou trois, que refusera-t-il à tout un peuple innombrable, poursuivant à la fois une même observance et priant dans l'accord d'un même esprit? C'est une grande chose devant le Seigneur, un spectacle infiniment précieux, quand tout le peuple de Jésus-Christ s'applique ensemble aux mêmes offices, et que, sans distinction de sexe et de conditions, tous les ordres agissent d'un même cœur. S'éloigner du mal et faire le bien, apparaît comme l'unique pensée de tous également ; Dieu est glorifié dans les œuvres de ses serviteurs ; l'aumône abonde ; personne ne cherche que les intérêts d'autrui, non les siens. Par cette grâce de Dieu qui fait tout en tous, le fruit est commun et commun le mérite; car l'affection de tous peut être la même, malgré la disproportion des facultés, et ceux qui ont moins à donner s'égalent aux plus riches par l'allégresse qu'ils ressentent des largesses d'autrui. Rien de désordonné dans un tel peuple ; aucune dissemblance, là où tous les membres du corps entier ne conspirent qu'à faire preuve d'une même vigueur d'amour. Alors l'excellence des parties rejaillit sur le tout et fait sa beauté. Embrassons donc, mes bien-aimés, cette bienheureuse solidité de l'unité sacrée,et entrons dans ce jeûne solennel avec la ferme résolution d'une volonté concordante. »
N'oublions point dans nos prières et nos jeûnes, en ces jours, les nouveaux prêtres et les autres ministres de l'Eglise qui vont recevoir samedi l'imposition des mains. L'Ordination de septembre n'est pas généralement la plus nombreuse de celles que le Pontife accomplit dans le cours de l'année. L'auguste fonction à laquelle le peuple chrétien doit ses pères et ses guides dans les sentiers de la vie, offre cependant un intérêt particulier à cette époque de l'année, qui répond mieux qu'aucune autre à l'état présent du monde, incliné comme il l'est vers sa ruine. L'année penche, elle aussi, à son déclin. L'astre vainqueur, que nous avions vu s'élever au temps de Noël comme un géant, pour triompher des frimas et restreindre l'empire des ténèbres, s'abaisse maintenant, comme épuisé, vers l'horizon; chaque jour le voit s'éloigner du zénith glorieux où nous admirâmes son éclat incomparable, à l'heure de l'Ascension de notre Emmanuel ; ses feux ont perdu leur ardeur ; et si le temps pendant lequel il répand sa lumière égale encore la durée des ombres, son disque déjà pâlissant annonce l'arrivée des longues nuits où la nature, dépouillée de ses derniers ornements sous l'effort des tempêtes, paraît s'ensevelir pour jamais dans le linceul glacé qui l'étreint. Ainsi le monde, illuminé jadis par l'Homme-Dieu et réchauffé par l'Esprit-Saint, voit en nos temps se refroidir la charité, diminuer la lumière et les feux du Soleil de justice. Chaque révolution arrache à l'Eglise des joyaux qu'elle ne retrouve plus après l'orage; les bourrasques se multiplient cependant, et la tempête devient l'état normal des sociétés. L'erreur domine, et fait la loi ; l'iniquité abonde. Quand viendra le fils de l'homme, disait le Seigneur, pensez-vous qu'il trouve encore de la foi sur la terre ?
Levez donc vos têtes, enfants de Dieu ; car votre rédemption est proche. Mais d'ici l'heure pourtant où les cieux et la terre, renouvelés pour le règne éternel, s'épanouiront dans l'enivrante lumière de l'Agneau victorieux, des jours plus mauvais encore doivent s'écouler où les élus eux-mêmes seraient séduits, s'il était possible. Combien il importe qu'en ces temps malheureux, les pasteurs du troupeau soient à la hauteur de leur vocation dangereuse et sublime ! Jeûnons donc et prions; si multipliées que soient déjà les pertes subies dans les rangs des chrétiens autrefois fidèles aux pratiques de la pénitence, ne défaillons pas. Serrés dans notre petit nombre autour de l'Eglise, implorons l'Epoux : qu'il daigne multiplier ses dons sur ceux qu'il appelle à l'honneur plus redoutable que jamais du sacerdoce; qu'il leur infuse sa divine prudence pour déjouer les embûches, son zèle indompté à la poursuite des âmes ingrates, sa persévérance jusqu'à la mort à maintenir, sans réticence et sans compromis, la plénitude de la vérité confiée par lui au monde et dont la garde intacte doit être, au dernier jour, le témoignage de la fidélité de l'Epouse.
Et l'un des nouveaux ordonnés nous tient à coeur, puisqu'il s'agit du vénérable Henri-Marie Boudon, qui le samedi 19 septembre 1653 recevait, des mains de Mgr Boutault, les Ordres mineurs (portier, lecteur, exorciste, acolyte) ainsi que le Sous-Diaconat, par lequel il s'engageait au bréviaire et au célibat, et faisait par le fait-même (cf. S. Thomas d'Aquin) voeu de chasteté. Cela eut lieu à Evreux, sans aucun doute à la cathédrale.