samedi 21 janvier 2017

Requiem pour le Roi Louis XVI


Messe de Requiem pour le Roi Louis XVI, 21 janvier 2016, Saint-Germain l’Auxerrois, Jean-François Thomas

Monseigneur, Madame, mes chers frères,

Regardons un instant le Roi, trahi depuis des années par certains des siens, de ses proches et de ses conseillers, par la noblesse et par le haut clergé, alors qu’il est escorté, humilié, par les sapeurs, les dragons entourant sa voiture au retour de Varennes. 

Le peuple de France qui l’aimait unanimement quelque temps auparavant, l’insultait désormais tout au long du chemin qui annonçait le Calvaire. La Reine était pâle, tremblant pour ses enfants qui pleuraient dans le vieux fiacre. Ce jour-là, cet homme qui n’avait jamais été qu’un Roi, franchit le seuil qui le conduisait vers le sacrifice, et il souriait d’une incroyable et surnaturelle joie car désormais, il souffrait de la douleur divine qui ne l’abandonnerait pas jusqu’à l’échafaud. 

De retour aux Tuileries, désormais prisonnier mais encore protégé par le trouble La Fayette, le Roi se mit à lire la vie de Charles Ier d’Angleterre, pressentant ce que serait sa fin. Le Dauphin, dans un cauchemar, se vit entouré de loups, de tigres, de bêtes féroces qui voulaient le dévorer. Le Roi était vaincu et cependant, il n’avait jamais été aussi fort et assuré. Il travaille pour la France car il sait qu’elle lui survivra même si elle est infidèle et devenue folle. Il est Roi de France et non point roi des Français comme le décide alors l’Assemblée. Lorsque les sans-culottes et les femmes vociférantes envahissent le palais, armés de piques et prêts à massacrer la famille royale, Louis XVI, serein, calme, fit reculer cette foule abominable par sa majesté. Le regard du Roi faisait reculer la haine.
Le Roi condamné

Léon Bloy, dans La Chevalière de la Mort, écrit ces mots de braise : 
« (…) Quand la parfaite ignominie vient s’ajouter à la suprême douleur ; quand le mépris universel, sous sa forme la plus affreuse, vient déshonorer le supplice ; le sublime humain se transfigure et s’élance dans un empyrée nouveau. La Poésie du sang et des larmes se manifeste alors, sans rhétorique ni voiles, découronnée de son terrible bandeau. C’est la poésie surnaturelle de la Passion du Sauveur. Qu’elle le veuille ou non, la douleur d’un homme doit passer par là pour mériter qu’on l’aperçoive dans l’Océan sans rivages des douleurs souffertes. »

Il faudrait être Bossuet pour décrire tant de souffrance et la comparution apaisante devant la Justice de Dieu après avoir été écrasé par le tribunal des hommes. Peut-être suffirait-il de sangloter en silence tant le mystère de cette iniquité est sans horizon... 

Le Roi décapité, le pays tout entier le fut et l’est encore. Notre peuple est ingrat, il l’a toujours été depuis la fin de ce Moyen Age qui fut époque de foi, d’outrances surnaturelles, de péchés et de grâces à foison. 

Notre peuple est violent, sanguinaire. Il l’a prouvé tant de fois depuis 1789. Notre peuple est surtout orphelin et il se cherche désespérément un père de substitution depuis qu’il a tué le sien. Ce ne sont point les simagrées républicaines qui peuvent contenter sa soif et sa faim. Il a voulu tuer Dieu et le Roi. Il n’a réussi qu’en partie et demeure hanté par le souvenir de sa grandeur et la profondeur de son apostasie. 

Pensons simplement à ces liturgies laïques misérabilistes qui couronnent désormais chaque disparition parmi ceux qui sont considérés comme de grands hommes et chaque attentat commis par les infidèles. Notre peuple essaie de se raccrocher à ce qu’il connaît encore, si peu, de ses racines. Il a signé son arrêt de mort en condamnant son Roi. Tandis qu’il violait les tombes royales et princières, qu’il déterrait et démembrait les cadavres, il procédait à son propre ensevelissement. 

La dernière exhortation avant le Martyre.
"Les yeux fixés sur Jésus-Christ,
entrons dans le combat de Dieu"
Dies irae... Ensevelissement d’un pays, d’une Tradition, d’un Trône, d’un Autel, d’un Monde. Notre pauvre et douce France n’a cessé depuis d’être déchevelée par les démons. Les appels à la conversion plusieurs fois répétés, notamment à La Salette, n’y font rien. Nous regardons impassibles la Sainte Vierge en pleurs, Elle qui couvre de son manteau de miséricorde notre terre ancestrale. 

Alors ne nous étonnons pas que des fléaux nous déciment depuis deux siècles : les guerres napoléoniennes laissant la France exsangue après la terreur révolutionnaire, la Commune suivant la défaite de Sedan; et puis les hécatombes de la Grande Guerre, de la Seconde Guerre mondiale, les massacres de l’épuration, le corps de nos officiers d’élite saigné à blanc en Indochine; la révolution de 1968 qui bouleversa le peu de mœurs qui subsistaient en cette Ve République qui accumule les lois iniques, ne respectant ni les enfants à naître, ni les agonisants, ni le mariage selon la loi naturelle... 

Le 21 janvier 1793, avec la tête de notre souverain, roulèrent à terre toutes les grandeurs de notre royaume sur terre, images, certes imparfaites, mais images tout de même, du Royaume vers lequel nous tendons tous, sinon nous ne serions pas dans cette église aujourd’hui à prier pour le repos de l’âme d’un mort, un simple fils de la terre, couronné, mais paraissant dans la nudité du baptême devant le divin Père, juge et miséricorde.

Nous ne sommes pas ici pour un hommage. L’Eglise n’a que faire des congratulations mondaines. Dans sa liturgie des défunts, elle dirige tous nos sens vers les fins dernières, nous invitant à contempler notre propre mort et à nous y préparer. 

Le Roi avait rédigé en décembre 1792 son testament qui n’est que pardon et humilité. Le fils de la terre y est déjà fils du ciel. Il refuse toutes les manœuvres pour le délivrer qui pourraient faire couler le sang d’un seul de ses sujets. Le 19 janvier il relit une nouvelle fois le récit de la mort de Charles Ier et rédige un logogriphe laissant apparaître le mot « sacrifice ». Parmi les rares demandes que lui accorda la Convention,- nerveuse et inquiète face au royal prisonnier tout habité de paix intérieure, figure l’autorisation de recevoir l’aide spirituelle de l’abbé Edgeworth. Alors qu’il vient de faire ses adieux à sa famille, de rappeler de nouveau au jeune Dauphin ses devoirs religieux et celui de pardonner à ses bourreaux, tandis que la Reine défaillait à son départ, il avoue à l’Abbé : « Ah ! Monsieur, quelle entrevue que celle que je viens d’avoir ! Faut-il que j’aime et que je sois si tendrement aimé ? Mais c’en est fait, oublions tout le reste pour ne penser qu’à l’unique affaire de notre salut ; elle seule doit en ce moment concentrer toutes mes affections et mes pensées. » 

Il se confessa et grâce à un privilège arraché par l’Abbé aux commissaires qui le surveillaient, il put entendre la messe et communier à six heures de l’aurore du 21 janvier. Cette messe était une messe identique à celle célébrée aujourd’hui, bien qu’elle ne fût pas de requiem. Voilà pour nous le moyen béni d’être en union et en communion avec toutes ces générations de fidèles qui nous ont précédés et qui ont prié avec les mêmes formules intangibles. La messe ne s’acheva-t-elle pas, de mystérieuse façon, sur cet échafaud entouré par une foule partagée entre la furie et les pleurs ? Si la mort est la dernière messe de chaque prêtre, elle l’est aussi du souverain qui se sacrifie pour son peuple l’ayant trahi et renié. « Faites ce que vous voulez, je boirai le calice jusqu’à la lie » murmura le Roi aux bourreaux.

Mes chers frères, les trompettes des épouvantements suprêmes retentissent dans le Ciel à chaque fois qu’un innocent est mis à mort. Le Jugement dernier n’est pas une fable pour enfants. 

Le roi Louis XX de France entre ses illustres aïeux,
le Roi Louis XVI et la reine Marie-Antoinette,
Basilique Cathédrale Saint-Denis
Que la mort de notre Roi, homme imparfait et pécheur comme tout un chacun, mais juste et bon, ne soit pas pour nous un sujet de nostalgie mondaine mais fasse grandir en notre âme le désir de mourir comme lui en fils de l’Eglise. Chaque siècle porte en lui, en son milieu, un ravin creusé par le torrent du sang des innocences égorgées. Destin extraordinaire, honneur insigne que d’être ainsi marqué par Notre Seigneur pour participer au banquet des élus. 

Notre pays doit se préparer spirituellement à connaître de nouveau une telle hécatombe car le fléau de l’islam déferle sur la Fille aînée de l’Eglise avec la complicité de tous les politiques et la lâcheté des clercs. Nous ne pourrons pas échapper à ce terrible témoignage, même si nous bandons nos yeux et refusons de regarder la réalité. La raison moderne a la haine du Surnaturel. Nous aimons contempler les saints et les martyrs sur les fresques des coupoles car alors ils sont très éloignés de nous et ne risquent donc point de nous emporter dans leur envol.

Le dix-huitième siècle fut un siècle petit dans tous les sens du terme, et encore plus en sainteté après l’éclat du dix-septième siècle, le Grand Siècle. Notre siècle lui ressemble en bien des points. Il fallut la Révolution pour que surgissent alors des martyrs par myriades, dans la paysannerie, le petit peuple, l’aristocratie, le clergé. Cette purification était nécessaire. L’aplatissement universel et contemporain des âmes ne peut que déboucher sur un épilogue identique. Un épilogue annonciateur d’une renaissance. Alors préparons nos armes spirituelles, comme le Roi à la veille de son exécution. Ne soyons pas surpris sans huile dans nos lampes. Ce monde va avoir besoin de notre lumière.

Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Ainsi soit-il.


jeudi 19 janvier 2017

Prier, adorer, offrir, se sacrifier

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « L’homme de Dieu », partie II, chap. 6

C’est une excellente pratique dans les voyages, à la vue des églises, de faire trois choses :
La première d’y adorer et d’aimer l’adorable et le tout aimable Jésus qui y réside corporellement ;
La seconde de lui offrir quelques soupirs et quelques prières pour les âmes des trépassés dont les corps y sont enterrés ;
La troisième de saluer les anges qui y tiennent compagnie pour nous à notre bon Sauveur proche des tabernacles et de les prier de suppléer, pendant notre absence, à notre peu d’amour, de lui demander pardon pour toutes les irrévérences qui se commettent dans les sanctuaires de piété et d’oraison, de les supplier de nous donner quelque part à leur assiduité, à leurs respects, à leurs adorations, à leur amour, à leur zèle pour Jésus au très saint sacrement, de saluer ensuite tous les bons anges des personnes qui sont dans les lieux et de tâcher de s’entretenir quelque temps avec eux, ce serait une bien douce compagnie en faisant voyage et un grand honneur de faire sa cour à tant de princes du paradis.





Le chant des Anges, par Jones Burne



lundi 16 janvier 2017

A Notre-Dame des Victoires au Coeur immaculé, Refuge des pécheurs

Marie Refuge des pécheurs
Seigneur, ayez pitié de nous (bis).
Jésus-Christ, ayez pitié de nous (bis).
Seigneur, ayez pitié de nous (bis).

Jésus-Christ, écoutez-nous (bis).
Jésus-Christ, exaucez-nous (bis).

Père Céleste qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Fils Rédempteur du monde qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Esprit Saint qui êtes Dieu, ayez pitié de nous.
Trinité Sainte qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous.

Notre-Dame des Victoires, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Fille du Père, priez pour nous.
Notre-Dame des Victoires, triomphante Mère du Fils, priez…
Notre-Dame des Victoires, triomphante Épouse du Saint Esprit,
Notre-Dame des Victoires, triomphante élue de la Très Sainte Trinité,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre conception immaculée,
Notre-Dame des Victoires, triomphant en écrasant la tête du serpent,
Notre-Dame des Victoires, triomphant de l’héritage d’Adam,
Notre-Dame des Victoires, triomphant sur tous nos ennemis,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans l’ambassade de l’Ange Gabriel,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos épousailles avec saint Joseph,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la Crèche de Bethléem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant au cours de la fuite en Égypte,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre exil,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Votre humble logement de Nazareth,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans le recouvrement de l’Enfant divin au Temple,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la vie terrestre de Notre Seigneur,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa Passion et dans Sa Mort,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa victorieuse Résurrection,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans Sa glorieuse Ascension,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la venue de l’Esprit-Saint Paraclet,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos Douleurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans vos allégresses,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre accession à la céleste Jérusalem,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans la béatitude éternelle,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les anges qui sont restés fidèles,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les grâces données aux justes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par les annonces des Prophètes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’espérance sans faille des Patriarches,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par le zèle des Apôtres,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la lumière des Evangélistes,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la constance des Martyrs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la sagesse des Docteurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par l’héroïsme des Confesseurs,
Notre-Dame des Victoires, triomphant par la pureté des Vierges,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans votre intercession toute-puissante,
Notre-Dame des Victoires, triomphant dans tous vos nombreux vocables, 
Notre-Dame des Victoires qui intercédez pour nous maintenant et à l’heure de notre mort,

Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, pardonnez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, exaucez-nous, Seigneur.
Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

V./ Priez pour nous, ô Notre Dame des Victoires, 
R./ Afin que nous soyons rendus dignes des promesses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Prions.
Dieu Éternel et Tout-Puissant, qui, par la maternité virginale de la Bienheureuse Vierge Marie, avez offert au genre humain les trésors du salut éternel, accordez-nous, nous Vous en supplions, de sentir qu’intervient en notre faveur Celle qui nous permit d’accueillir l’Auteur de la Vie, Jésus-Christ, Votre Fils, qui, avec Vous, vit et règne dans l’unité du Saint Esprit, un seul Dieu pour les siècles et les siècles. Ainsi soit-il.



dimanche 15 janvier 2017

Saint Rémi de Reims


Statue du baptême de Clovis par S. Remi de Reims
Venez, peuples, vous les Francs, pour célébrer saint Rémi.
Père dans la foi, pasteur dans le culte, protecteur dans les cieux.
Soumettant Clovis à Dieu, il vous a engendrés dans le Christ, aimez-le comme un père.
Lui qui vous a enseigné la loi, vous a formés par le Christ, ayez le culte de ce pasteur.
Il aime ses fils, il veille aussi sur ses disciples, invoquez-le.
Il écartera le loup, il a dit qu’il conserverait Jésus à l’intime du cœur.
Il ne s’est pas seulement montré comme un père pour les pasteurs, mais comme un modèle pour tous.
Regarde donc vers lui, reproduis ses mœurs, pour qu’il les présente au Christ Jésus.
Et quand le juge viendra, et qu’il te verra semblable à lui, il t’associera à Rémi.
Afin que nous méritions cela, nous te prions, toi le Père, de toute l’ardeur de notre cœur. Amen.







samedi 14 janvier 2017

Naissance et Baptême du vénérable abbé Henri Marie Boudon

Vitrail illustrant la célébration du saint Baptême

"Vie nouvelle de Henri-Marie Boudon", par Mgr. Matthieu, Archevêque de Besançon


Eglise de La Fère
Henri Marie Boudon naquit à la Fère, petite ville de la haute Picardie, le 14 janvier 1624, de Jean Boudon et d’Antoinette Jourdain. La copie de son acte de baptême qui seule a pu nous fournir des renseignements assurés sur le rang de son père lui donne le titre d’Ecuyer, synonyme alors de celui de gentilhomme. Il était lieutenant de la citadelle et sa mère d’une famille distinguée dans la magistrature et comptait parmi ses parents quatre présidents de cours souveraines.

Mariés depuis seize ans, une seule chose semblait manquer à leur félicité, ils n’avaient point d’enfants et dans la douleur que leur causait cette privation, ils venaient de se faire une donation mutuelle des biens assez considérables qu’ils possédaient lorsque madame Boudon s’aperçut que les prières qu’elle ne cessait d’adresser au Ciel pour en obtenir cette faveur étaient enfin exaucées. Un accident dont les suites pouvaient être funestes fit d’abord succéder les plus vives inquiétudes à la joie qu’elle ressentit de sa grossesse, dans son anxiété elle implora le secours de la sainte Vierge et ce fut sous sa protection qu’elle mit heureusement au monde le fils qu’elle lui avait demandé si longtemps.

La princesse Henriette d'Angleterre,
marraine du vénérable Henri-Marie Boudon
Il fut ondoyé à la maison paternelle le jour même de sa naissance et plus tard les cérémonies du baptême lui furent suppléées avec une pompe dont peut être la petite ville où il était né n’avait jamais vu d’exemple. La princesse Henriette Marie de Bourbon, depuis si célèbre par les malheurs que lui attira son mariage avec l’infortuné Charles Ier, vint au printemps suivant visiter une chapelle bâtie près de la Fère sous l’invocation de Notre-Dame de Liesse. M. Boudon sollicita et obtint la faveur qu’elle tînt elle-même son fils sur les fonts baptismaux ; cette cérémonie eut lieu le 18 de mai.

La princesse choisit pour parrain Charles le Normand de Beaumont, premier maître d’hôtel de Louis XIII alors gouverneur de la Fère, et permit qu’on donnât à l’enfant les noms à Henri Marie qu’elle portait elle-même.

Notre-Dame de Liesse, Picardie
Madame Boudon avait voulu nourrir son fils. Fidèle à la promesse qu’elle avait faite à la sainte Vierge de le lui consacrer d’une manière spéciale, elle le fit porter à Notre-Dame de Liesse dès qu’il fut en état de soutenir le voyage, et recommanda de nouveau cet enfant précieux à l’auguste protectrice qui le lui avait obtenu.

On peut dire que jamais prière ne fut mieux exaucée et que parmi les âmes qui ont été le plus attachées au culte de Marie aucune ne lui fut plus fidèle que celle de Boudon. Soigneux de cacher les particularités de sa naissance qui auraient pu lui attirer quelque considération, il ne voulut se faire honneur que du pieux pèlerinage qui avait voué ses premiers jours à la Reine des Anges, ses paroles et ses écrits respirèrent toujours pour elle ce dévouement filial, cette tendre piété dont son cœur semblait avoir pris dès-lors l’habitude.






jeudi 12 janvier 2017

En l'honneur du Baptême et du Saint Chrême, signes de l'Esprit Saint qui vient nous sauver

Saint Venance Fortunat, Évêque de Poitiers, VIe siècle, Hymne en l’honneur du Saint Chrême

R/. O Rédempteur, agréez les cantiques de ce chœur qui vous célèbre.

Juge des morts, 
espoir unique des mortels,
écoutez les voix de ceux qui s’avancent
portant le suc de l’olive, symbole de paix. R/. O Rédempteur.

Un arbre fertile, sous un soleil fécond,
l’a produit pour qu’il devînt sacré ;
ce cortège vient humblement
l’offrir au Sauveur du monde. R/. O Rédempteur.

Ampoules de saintes huiles. Le Saint Chrême,
consacré par l'Evêque, est le signe du Saint Esprit
qui nous consacre fils adoptifs de Dieu, par le
Christ, notre Seigneur.
Debout à l’autel,
où il offre ses prières, 

le Pontife paie sa dette annuelle en consacrant le Chrême. R/. O Rédempteur.

Roi de l’éternelle patrie,
daignez bénir cette huile,
symbole de vie, 

instrument de victoire contre les démons. R/. O Rédempteur.

L’Onction du Chrême
renouvelle l’un et l’autre sexe ;
elle rétablit dans l’homme 

sa dignité violée. R/. O Rédempteur.

Quand l’âme est lavée dans la fontaine sacrée,
le péché la quitte ;
quand le front est marqué de l’huile sainte, 

les dons divins descendent en elle. R/. O Rédempteur.

Vous qui, sorti du sein du Père,
avez habité le sein d’une Vierge,
maintenez dans la lumière et préservez de la mort
ceux qu’un même Chrême a unis. R/. O Rédempteur.

Que cette journée demeure pour nous
à jamais une journée de fête ;
qu’elle soit sainte et glorieuse,
et que son souvenir résiste au temps. R/. O Rédempteur.


Illustration du Baptême, berceau du roi Henri IV, château de Pau


lundi 9 janvier 2017

Baptême du Seigneur

Le Baptême du Sauveur, enluminure
Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, « La science et la pratique du Chrétien », chap 2

Il est vrai que tous les Chrétiens ne sont pas appelez à ces états mais il n’y en a pas un qui n’ait été appelé à l’état de la Religion Chrétienne &, par suite à la pratique de ses règles. C’est une vocation commune & générale à tous les fidèles ; dès-lors que le Chrétien est entré dans la Religion de Jésus Christ, il a quitté le monde, je veux dire toutes les attaches à ses honneurs, à ses plaisirs, à ses biens.

C’est une vérité que notre Seigneur nous enseigne en S. Jean au Chapitre 17 de son Evangile où, parlant de ceux qui sont à lui, il dit : Ils ne sont point du monde comme je ne suis point du monde.

Pour ce sujet, auparavant que d’être reçu en la sainte Religion de Jésus Christ, le Prêtre lui a demandé par trois fois s’il ne renonçait pas au diable & à ses pompes, c’est à dire aux choses vaines du monde corrompu dont le diable est appelé le Prince par le Fils de Dieu lui-même, & l’entrée ne lui en a été accordée par le Saint Baptême qu’après y avoir renoncé.

C’est pour lors que l’habit du vieil homme lui a été ôté et qu’il a été revêtu glorieusement de l’homme nouveau, c’est à dire de Jésus Christ. Grâce inestimable marquée par la robe ou le vêtement blanc qui lui a été donné par le Prêtre dans la cérémonie du Baptême en lui disant ces paroles : Recevez cette robe blanche & portez-là devant le Tribunal de Jésus Christ.

Or cette grâce est commune à tous les Chrétiens, comme nous l’enseigne le Saint Esprit par l’Apôtre écrivant aux Galates au chapitre troisième : Vous qui avez reçu le Baptême de Jésus Christ, dit l’homme Apostolique, vous avez été tous revêtus de Jésus Christ. Ainsi tous les Chrétiens sans aucune réserve ont pris ce saint habit de la Religion Chrétienne & cet habit est pour tous les fidèles de tout âge de tout sexe de tous états & de toute dignité.

Baptême du Christ, Cathédrale Primatiale Saint-Jean de Lyon
~ II me prendrait ici envie de crier à tous les Chrétiens avec l’Apôtre aux Corinthiens : Considérez votre vocation, prenez garde & sainte estime de l’état auquel vous êtes appelez. Je veux que vous ne soyez pas de l’Institut de S. Augustin, de S. Benoit, de S. François ou de quelque autre Ordre régulier ; mais ce que vous avez de commun avec les personnes qui en sont, c’est que vous êtes de la Religion Chrétienne dont un Dieu homme en est le Fondateur.

~ Nous sommes pleins de Jésus Christ, c’est son divin Esprit qui nous anime et qui doit agir en nous. Nous devons donc bien être assujettis à ses lois, à ses maximes, à sa morale. C’est une obligation qui regarde tous les Fidèles.

N’êtes-vous pas persuadé & ne dites-vous pas que les Religieux doivent garder les Règles de leur Institut ? Mais pourquoi n’êtes-vous pas convaincu & ne dites-vous pas, qu’en tant que Chrétien, vous devez garder les règles que Jésus Christ, votre adorable Fondateur, vous a laissées dans son saint Evangile ?

Or cet Evangile est la règle générale pour tous les fidèles & pour les Rois, pour les Princes, les Capitaines, les Soldats, les Marchands, les artisans, les laboureurs, les riches, les pauvres, les savants, les ignorants &, enfin, pour tous les Chrétiens sans aucune réserve.


Baptême de saint Augustin, par Benozzo Gozzoli, XVe

dimanche 8 janvier 2017

Épiphanie du Seigneur

Saint Basile, Homélie sur la naissance du Christ

« En voyant l’étoile, les mages se sont réjouis d’une grande joie » (Mt 2,10). Aujourd’hui, nous aussi, accueillons cette grande joie en nos cœurs, joie que les anges annoncent aux bergers. Adorons avec les mages, rendons gloire avec les bergers, chantons avec les anges : « Il nous est né aujourd’hui un sauveur qui est le Christ Seigneur ; le Seigneur Dieu qui nous est apparu »... 

Cette fête est commune à la création tout entière : les étoiles courent dans le ciel, les mages arrivent des pays païens, la terre reçoit dans une grotte. Il n’est rien qui ne contribue à cette fête, rien qui n’y vienne les mains pleines. Faisons éclater nous-mêmes un chant de joie... ; fêtons le salut du monde, le jour de la naissance de l’humanité. Aujourd’hui est abolie la condamnation qui frappait Adam. Que l’on ne dise plus jamais : « Tu es terre et tu retourneras à la terre » (Gn 3,19) mais : « Uni à celui qui descend du ciel, tu seras exalté dans le ciel »... 
L'adoration des Mages, Aix-en-Provence, XVe

« Un enfant nous est né, un fils nous est donné, éternelle est sa puissance » (Is 9,5)... Quel abîme de bonté et d’amour pour les hommes ! Unis-toi donc à ceux qui, dans la joie, reçoivent leur Seigneur qui descend du ciel et qui adorent le Grand Dieu dans ce petit enfant. La puissance de Dieu se manifeste dans ce corps comme la lumière par les fenêtres, et resplendit aux yeux de ceux dont le cœur est pur (Mt 5,8). Avec eux, nous pourrons alors « le visage découvert, contempler comme en un miroir la gloire du Seigneur, et être nous-mêmes transfigurés de gloire en gloire » (2Co 3,18), par la grâce de notre Seigneur Jésus Christ et son amour pour les hommes.



mardi 3 janvier 2017

Saint Nom de Jésus

Le Greco, l'adoration du Saint Nom de Jésus.

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon,

Dieu seul

Pour l’honneur de ce Nom sacré, faites que tous les peuples en connaissent, n’honorent, en aiment les grandeurs et les excellences par les mérites de sa très douloureuse mort ; faites que l’Evangile soit prêché à toutes les Nations et à tous les infidèles ; faites en votre vertu toute puissante ; qu’il soit reçu partout ; que le grand Roi Jésus règne souverainement sur tous les cœurs.

Jean Senelle, le Saint Nom de Jésus.
"IHS", Iesus Hominum Salvator - Jésus, Sauveur des Hommes
Détruisez par la force de votre bras tous les obstacles que les démons, que la nature et le monde y apportent. Bénissez de vos plus saintes bénédictions tous ceux qui travaillent à faire connaître et aimer votre Fils bien aimé et fortifiez-les de vos plus puissants secours. Ruinez l’hérésie, ôtez les schismes, anéantissez le péché afin que tous les esprits soient dans la vérité et toutes les voluptés en l’amour de vous seul.

C’est ce que nous vous demandons uniquement, que vos intérêts soient établis, c’est tout ce dont nous vous prions. Etablissez-les donc, ô Père des lumières, ô Père tout puissant, en faisant connaître et aimer Jésus, en donnant et augmentant la dévotion pour la très sainte Vierge, la digne Mère de cet aimable Sauveur, pour tous les neuf chœurs de Anges et les Princes de votre Cour céleste : nous vous demandons cette grâce, renonçant en votre présence au propre intérêt que nous voulons avoir en horreur le reste de notre vie, que nous voulons toujours regarder comme l’abomination de toute désolation et nous vous demandons cette faveur : par Jésus notre Seigneur, votre Fils, qui Vit et règne avec vous en l’unité du Saint Esprit, par tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


dimanche 1 janvier 2017

1er janvier - Sainte Marie Mère de Dieu

Grotte de la Nativité, Bethléem

Marie Noël, Le Rosaire des joies,
Berceuse de la Mère-Dieu


Mon Dieu qui dormez, faible entre mes bras,
Mon enfant tout chaud sur mon cœur qui bat,
J'adore en mains et berce, étonnée,
La merveille, ô Dieu, que m'avez donnée.

De fils, ô mon Dieu, je n'en avais pas.
Vierge que je suis, en cet humble état
Quelle joie en fleur de moi serait née ?
Mais Vous, Tout-Puissant, me l'avez donnée.

Que rendrai-je à Vous, moi sur qui tomba
 Votre grâce ? O Dieu, je souris tout bas,
Car j'avais aussi, petite et bornée,
J'avais une grâce et Vous l'ai donnée.

De bouche, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour parler aux gens perdus d'ici-bas...
Ta bouche de lait vers mon sein tournée
O mon Fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

Sainte Marie, Mère de Dieu, icône
De main, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las...
Ta main, bouton clos, rose encor gênée,
 O mon Fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

De chair, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour rompre avec eux le pain du repas...
Ta chair au printemps de moi façonnée,
O mon Fils, c'est moi qui te l'ai donnée.

De mort, ô mon Dieu, Vous n'en aviez pas
Pour sauver le monde... O douleur, là-bas,
Ta mort d'homme, un soir, noire, abandonnée,
Mon petit, c'est moi qui te l'ai donnée.


La fuite en Egypte




Sainte et heureuse année 2017 à vous et vos proches.

Que Dieu nous prenne en grâce, ce monde et notre pauvre pays !
Qu'Il nous pardonne nos fautes si nombreuses, notre désintérêt du Ciel et de la béatitude qu'Il désire tant nous offrir.
Que Marie, toute sainte, pure et immaculée, intercède pour nous, nous garde et nos conduise à son Fils bien-aimé.

Sainte année de grâces qui nous conduiront au Ciel !