mercredi 22 février 2017

Fête de la Chaire de Saint Pierre, premier des apôtres

Sa Sainteté le Pape Jean Paul Ier
Homélie du serviteur de Dieu Jean-Paul Ier, parvis de la Basilique Saint-Pierre, le dimanche 3 septembre 1978, lors de la Messe du début de son ministère pétrinien

Vénérables Frères et chers fils,

Dans cette sainte célébration, qui marque solennellement le commencement du ministère de Pasteur suprême de l’Eglise qui a été placé sur nos épaules, Nous nous tournons d’abord dans l’adoration et la prière vers Dieu, infini et éternel, qui, par une décision humainement inexplicable et dans sa grande bienveillance, Nous a fait accéder à la Chaire de Pierre. Les paroles de l’apôtre saint Paul Nous viennent spontanément aux lèvres : "O profondeur des richesses de la sagesse et de la science de Dieu : combien ses jugements sont incompréhensibles, et indiscernables ses voies !" (Rm 11, 33).

~ Nous saluons tous les membres du peuple de Dieu : les cardinaux, les évêques, les prêtres, les religieux et religieuses, les missionnaires, les séminaristes, les laïcs qui se dévouent à l’apostolat et dans leurs diverses professions, ceux qui s’adonnent à la politique, à la culture, à l’art, à l’économie, les pères et les mères de famille, les ouvriers, les migrants, les adolescents, les enfants, les malades, ceux qui souffrent, les pauvres.
Nous voulons adresser aussi notre salut respectueux et cordial à tous les hommes du monde, que Nous considérons et aimons comme nos frères, parce que nous sommes tous fils du même Père céleste, et frères dans le Christ Jésus (cf. Mt 23, 8 sq).

Nous avons voulu commencer notre homélie en latin parce que — vous le savez — c’est la langue officielle de l’Eglise dont elle exprime, d’une manière claire et efficace, l’universalité et l’unité.

La Parole de Dieu que nous venons d’entendre nous a présenté avant tout, comme en un crescendo, l’Eglise, préfigurée et entrevue par le prophète Isaïe (cf. Is 2, 2-5), comme le nouveau Temple vers lequel affluent de toutes parts les peuples désireux de connaître la Loi de Dieu et de l’observer fidèlement, tandis que les terribles armes de guerre sont transformées en instruments de paix. Mais ce nouveau Temple mystérieux, pôle d’attraction de la nouvelle humanité, comme le rappelle saint Pierre, a une pierre angulaire vivante, choisie, précieuse (cf. 1P 2, 4-9), qui est Jésus-Christ, et celui-ci a fondé son Eglise sur ses apôtres et l’a bâtie sur le bienheureux Pierre, leur chef (cf. Const. dogm. Lumen Gentium, n. 19).

"Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise" (Mt 16, 18) : telles sont les paroles pleines de gravité, de grandeur et de solennité que Jésus, à Césarée de Philippe, adresse à Simon, fils de Jean, après sa profession de foi, qui n’était nullement le produit de la logique humaine du pêcheur de Bethsaïde, ou l’expression d’une perspicacité particulière de sa part, ou l’effet d’une motion psychologique, mais le fruit mystérieux et singulier d’une authentique révélation du Père céleste. Et Jésus change le nom de Simon en celui de Pierre, marquant ainsi la mission spéciale qu’il lui confère ; il lui promet de bâtir sur lui son Eglise, qui ne sera pas ébranlée par les forces du mal ou de la mort ; il lui remet les clefs du royaume de Dieu, le nommant ainsi responsable suprême de son Eglise, et il lui donne le pouvoir d’interpréter authentiquement la loi divine. Devant ces privilèges, ou pour mieux dire, devant ces tâches surhumaines confiées à Pierre, saint Augustin remarque : "Par nature, Pierre était simplement un homme ; par grâce, un chrétien ; par une grâce plus abondante encore, il était l’un et, en même temps, le premier des apôtres" (In Ioannis Evang. Tract., 124, 5).

Rempli d’une stupéfaction et d’une anxiété bien compréhensibles, mais aussi avec une immense confiance dans la grâce puissante de Dieu et dans la prière ardente de l’Eglise, Nous avons accepté de devenir le Successeur de Pierre sur le siège de Rome, assumant le "joug" que le Christ a voulu poser sur nos épaules fragiles. Et il Nous semble entendre comme adressées à Nous-même, les paroles que saint Ephrem faisait dire par le Christ à Pierre : "Simon, mon apôtre, je t’ai constitué fondement de la sainte Eglise. Je t’ai appelé Pierre dès le début parce que tu soutiendras tout l’édifice ; tu es le surintendant de ceux qui bâtiront l’Eglise sur la terre ... ; tu es la source où l’on puise ma doctrine ; tu es le chef de mes apôtres ... ; je t’ai donné les clefs de mon royaume" (Sermons 4, 1 et 1, 412).

~ Les paroles émues que notre grand et saint prédécesseur Léon le Grand adressait aux fidèles de Rome résonnent spontanément en notre âme : "Le bienheureux Pierre ne cesse jamais de présider à son siège, et il est lié au prêtre éternel dans une intimité indéfectible ... Cela explique toutes les démonstrations d’affection que par bienveillance fraternelle ou par piété filiale vous avez adressées à celui à la place duquel Nous sommes heureux moins de présider que de servir"(Sermo V, 4-5).

Oui, notre présidence dans la charité est un service et, en l’affirmant, Nous pensons non seulement à nos Frères et Fils catholiques, mais à tous ceux qui essaient aussi d’être disciples de Jésus-Christ, d’honorer Dieu, de travailler au bien de l’humanité. ~ Que tous, ici, grands et petits, soient assurés de notre disponibilité à les servir selon l’Esprit du Seigneur !

Entouré de votre affection et soutenu par votre prière, Nous commençons notre service apostolique en invoquant comme l’étoile brillante qui éclairera notre chemin, la Mère de Dieu, Marie, "Salus Populi Romani" et "Mater Ecclesiae", que la liturgie vénère particulièrement en ce mois de septembre. Que la Vierge, qui a guidé avec une délicate tendresse notre vie d’enfant, de séminariste, de prêtre et d’évêque, continue à éclairer et à diriger nos pas afin que, devenu la voix de Pierre, Nous proclamions avec une joyeuse fermeté, les yeux et l’esprit fixés sur son Fils Jésus, notre profession de foi : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16). Amen.




samedi 18 février 2017

Sainte Bernadette Soubirous, priez pour nous

Eglise Saint-Sulpice de Fougères, apparition
de Notre Dame à Sainte Bernadette
Tiré du livre Merveilles de Lourdes, écrit par Guillaume Bady et Pierre-Marie Varennes, qui à travers 150 histoires vraies racontent 150 de miracles accordés à Lourdes


En entrant dans la basilique de l'Immaculée Conception de Lourdes, sur le bas-côté droit, on peut lire gravée dans le marbre la déclaration solennelle de l'Évêque des Apparitions, Monseigneur Laurence :
 "Nous jugeons que l'Immaculée Marie, Mère de Dieu, a réellement apparu à Bernadette Soubirous, le 11 février 1858 et les jours suivants, au nombre de 18 fois, dans la grotte de Massabielle, près de la ville de Lourdes; que cette apparition revêt tous les caractères de la vérité, et que les fidèles sont fondés à la croire certaine. Nous soumettons humblement notre jugement au Jugement du Souverain Pontife, qui est chargé de gouverner l'Eglise universelle".

 Cette déclaration de Mgr Laurence, l'évêque de Tarbes, fait que quatre ans après les Apparitions, le 18 janvier 1862 l'Église les reconnaît authentiques.
Qui, de nos jours, sait encore, que la Sainte Vierge ne faisait que reprendre possession d’un lieu qui lui avait déjà été consacré sous le règne de Charlemagne?

“Turpin, l’évêque du Puy-en-Velay, aumônier de Charlemagne, et le moine Marfin, émaillent d’interminables conversations les langueurs de l’été 778, au monastère de Lavedan.

_Ce que je m’apprête à te raconter, frère Marfin, tu n’es pas obligé de le croire. Mais je t’en prie, écoute-moi avec ton cœur et ta foi.
L’évêque marque une pause.

_La citadelle de Mirembelle [hauteurs de Lourdes] est un édifice extraordinaire. Ses constructeurs furent divinement inspirés, tant l’habileté et l’intelligence avec lesquelles ils la conçurent en font une place stratégique quasi imprenable. Grâce à elle, un simple prince, Mirat le Sarrasin, a pu résister pendant des mois aux terribles assauts de la puissante armée de Charlemagne dont je faisais partie. Vraiment, Marfin, ce siège semblait durer depuis toujours. Et si l’imposante roche rendait impossible la sape des fondations, les ressorts et les cordes des balistes, eux, fonctionnaient à plein, lançant pierres, poutres et charognes par-dessus les épaisses murailles. Mais aucun instrument de guerre ne venait à bout de ses puissantes fortifications. Or, ce prince sarrasin n’était probablement pas le mécréant que l’on imaginait : un homme capable de repousser les limites du supportable, d’obtenir le soutien indéfectible des siens, de leur inspirer la force et le courage de combattre à un contre dix….le penses-tu si éloigné de Dieu ?
_Certes, l’homme a de l’étoffe. De là à en faire un homme de foi, non, je ne crois pas, répond Marfin les sourcils arqués par le scepticisme. Pourquoi n’a-t-il pas prêté allégeance à Charles le Grand ? Pourquoi laisser obstinément flotter son étendard et infliger aux siens les affres de son orgueil ?
_Je pensais comme toi, jusqu’à ce qu’un événement assez singulier auquel j’ai pu assister, vienne ébranler mes certitudes.
Détail de la statue de Notre-Dame,
grotte de Lourdes
Marfin, ayant eu vent dudit incident, contemple l’évêque avec un air dubitatif.
_Qu’un aigle majestueux survole la forteresse et dépose un saumon encore vif aux pieds de cet infidèle, n’est-il pas un fait troublant ? reprend Turpin. Quand Mirat le ramasse, son attention se porte instinctivement vers l’origine du présent. Cherche-t-il une trace de l’aigle si généreux ? Non, son regard est immobile. Il fixe le ciel. Un indicible sourire se dessine sur son visage. Du haut des remparts, il regarde la tente de notre auguste roi et crie : " Comment quitter les largesses de cette terre ? Autour de moi, je ne vois que profusion et fertilité. Ce saumon est magnifique ! Mais ce n’est qu’un parmi des centaines. Prenez-le, la nature semble moins charitable avec vous !" Et il jette le poisson en notre direction.

Pour les soldats Francs, atteints dans leur chair, las d’un siège sans fin, c’est le coup de grâce. Chez notre roi aussi le doute commence à germer. Tous songent à reculer.
C’est à ce moment précis que je décidai d’aller vers ce Mirat qui prétendait posséder abondance et force. Plusieurs détails, imperceptibles pour mes compagnons, m’autorisaient à croire en la présence de Dieu à l’intérieur de ces fortifications. Je n’aurais qu’à parler, et Dieu ferait le reste. J’en étais convaincu.
Je demandai alors à notre roi de me laisser tenter une ultime manœuvre. Les échecs successifs et l’insupportable idée de la retraite suffirent à le persuader. J’entrai bientôt seul à la rencontre de ce prince sarrasin.
Devant le délabrement de ses troupes, affamées, épuisées, malades, je compris que je ne ressortirais de là vivant que si mon intuition était juste, car jamais Mirat ne me laisserait révéler sa faiblesse à l’extérieur de son camp.
Il m’attendait.
Prince Mirat, tout comme mon roi, j’admire le courage et la loyauté que tu inspires à tes hommes. Tu as prévenu que jamais tu ne te soumettrais à un mortel, quel qu’il soit, et tu as tenu parole. Je ne viens donc pas m’entretenir de cela, mais te parler du hasard. Ce matin, un aigle a déposé à tes pieds un superbe saumon…"
Mirat, étrangement serein, me coupa la parole : " C’est exact. Je n’y ai pourtant pas vu de hasard. J’y ai vu un signe. Cet aigle, dont les serres laissent échapper un si beau saumon…Les saumons remontent les cours d’eau pour perpétuer leur race et meurent peu de temps après. Pourquoi ne restent-ils pas en pleine mer. L’espace de liberté est infini, la nourriture abondante…C’est comme si le point central, le sens de toute leur existence se situait là : souffrir en allant à contre-courant, et enfin donner la vie. Nous souffrons tous ici, mais à quoi pourrions-nous donner naissance qui surpasse le simple fait d’exister ? Le sais-tu ?"
"Oui, répondis-je. A une cité libérée de tout fief terrestre, une cité ne relevant que de la plus noble Dame qui fût : Sainte Marie du Puy, Mère de Dieu, à laquelle même Charlemagne, le plus illustre des mortels, se soumet. Deviens son chevalier et offre au pays de Bigorre la plus glorieuse et la plus juste des gouvernances. L’histoire se souviendra de toi comme du fondateur d’une cité divine, n’appartenant qu’à la Reine du Ciel."
Pour la seconde fois de ce jour extraordinaire, Mirat sourit.

La suite, tu la connais, frère Marfin. Mirat, baptisé, s’appelle aujourd’hui Lorus. La cité, théâtre de cet authentique miracle, portera bientôt son nom, Lourdes, et deviendra le fief céleste et exclusif de la Vierge Marie, sainte Mère de Dieu pour toujours.


Notre Dame du Saint Rosaire

mardi 14 février 2017

Neuvaine de prière pour le Saint Père le Pape François

Le Pape priant devant la tombe de S. Pierre, premier des Apôtres

Ô Saint-Esprit,
Nous vous confions notre Pape François.
Nous vous supplions de le remplir de vos dons et de lui donner la sagesse et la force pour confirmer ses frères dans la foi.
Nous vous supplions aussi d’assurer à votre Eglise la grâce de l’unité et la fidélité au dépôt de la Révélation reçue des Apôtres.
Que la Vierge Marie, mère du Christ et mère de l’Eglise, Trône de la Sagesse et Refuge des pécheurs, veille maternellement sur le Pape et tous les fidèles, pour qu’ensemble, nous témoignions au milieu du monde de l’amour du Christ victorieux du mal. Ainsi soit-il.




dimanche 12 février 2017

Dimanche de la Septuagésime

Désert d'Avdat, Néguev, Israël
En ce dimanche, les catholiques suivant la forme extraordinaire du rite romain abandonnent l'Alléluia et le Gloria. Ils se préparent au Carême. Si celui-ci dure 40 jours en mémoire du temps que passa le Christ au désert et aux 40 ans que passa le peuple de Dieu en marche vers la Terre promise ; la Septuagésime commémore symboliquement les 70 ans passés par nos pères dans la foi en Exil à Babylone.
De forme ordinaire ou extraordinaire, de rite latin ou de rite oriental, tous les Catholiques doivent avoir les yeux tournés vers le Seigneur qui nous a tant aimé qu'Il a donné sa vie pour chacun d'entre nous.


Du Psaume 136

Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion ; aux saules des alentours nous avions pendu nos harpes.
C’est là que nos vainqueurs nous demandèrent des chansons, et nos bourreaux, des airs joyeux : « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. »
Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie !
Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n’élève Jérusalem, au sommet de ma joie.
Souviens-toi, Seigneur, des fils du pays d’Édom, et de ce jour à Jérusalem où ils criaient : « Détruisez-la, détruisez-la de fond en comble ! »
O Babylone misérable, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus ; heureux qui saisira tes enfants, pour les briser contre le roc !

Pierre retrouvée dans la synagogue de Magdala

samedi 11 février 2017

Journée de prière pour les malades - Notre-Dame de Lourdes, priez pour nous !

Notre Dame de Lourdes, vitrail

Du vénérable abbé Henri Marie Boudon, 
Lettre 302

DIEU SEUL

Monsieur ;

Je ne me lasse pas de dire que c’est dans cette divine union qu’il nous faut tout faire et tout souffrir ~.

La divine Providence, ma très bonne et très fidèle mère, me continue et augmente mes infirmités corporelles, qu’elle soit à jamais louée, remerciée, adorée, aimée et glorifiée pour toutes ses divines conduites sans la moindre et petite réserve.



L'Onction des malades, R. Van der Weyden,

mercredi 8 février 2017

Homélie sur les miracles de Notre-Dame du Laus

En notre sanctuaire, la Belle Dame avait annoncé à Benoîte que l’huile de la lampe du tabernacle, si l’on s’en appliquait avec foi et en ayant recours à son intercession, on serait guéri. Depuis lors, cette promesse n’a cessé de se vérifier ici. Chaque année, ce ne sont pas moins d’une trentaine de guérison physiques inexpliquées qui sont rapportées, et d’innombrables autres formes de guérisons spirituelles, relationnelles ou intérieures.
Alors, quand on proclame en cette basilique l’Evangile des vierges avec leurs lampes à huile, comment ne pas lire cette parabole à la lumière de l’expérience du Laus ?
* * *
Tout d’abord, les lampes à huiles permettent de veiller : les dix jeunes filles doivent attendre l’époux, qui tarde à venir. Leurs lampes allumées sont comme des témoignages de leur vif désir de la rencontre.
Au sanctuaire, l’huile de la lampe a donc d’abord à voir avec notre désir de rencontrer Dieu. Il n’est pas possible de s’appliquer cette huile en souhaitant seulement une guérison, aussi légitime soit-elle. Déconnectée de la démarche d’attente du Seigneur, l’huile de la lampe du tabernacle perd cette heureuse tension vers un terme, un aboutissement, une plénitude que nous ne pouvons pas vivre pour l’instant.
Il est vraiment nécessaire, pour habiter le temps présent, d’accepter cette réalité : nous allons vers une plénitude, mais elle n’est pas pour ici-bas. Nous avons de forts désirs, de grandes aspirations, mais elles ne trouveront pas leur accomplissement total en ce monde. L’huile est donc là comme un signe de ce que nous ne possédons pas encore ; et elle nous aide à accepter que personne sur terre, et évidemment aucun bien matériel ni aucune activité, ne pourra jamais nous combler entièrement.
Alors, à l’instar des dix jeunes filles qui restent éveillées pour ne pas manquer la rencontre avec l’époux, l’huile de la lampe du tabernacle se révèle comme une huile pour patienter sans dormir, car c’est certain : le Seigneur va venir !
* * *
Cependant, ce qui nous est donné pour l’instant n’est pas seulement une annonce de la présence du Seigneur, car Il est déjà là, avec nous.
D’ailleurs, l’huile de la lampe du Laus, comme toute lampe de tabernacle, a pour fonction de nous montrer le Christ présent dans l’Eucharistie. Il est bien là, notre Sauveur, réellement là ! La lampe du tabernacle éclaire cette présence.
Il est beau de venir dans cette basilique le soir, quand tout s’endort. Et que la seule lumière qui continue à briller dans la chapelle de Bon Rencontre, c’est la lampe du tabernacle. Car alors, cette délicate lumière, que nous voyons à peine ici tant la vasque qui l’abrite est imposante, éclaire vraiment la présence du Ressuscité, qui ne dort ni ne sommeille.
Lampe du sanctuaire où se trouve l'huile bénie par la présence
du Seigneur au tabernacle.
Par pitié, ne vous appliquez pas l’huile de la lampe sans regarder le tabernacle ou sans penser au mystère eucharistique. Ne séparez jamais la promesse de guérison par cette huile, de la Présence réelle du Christ dans l’Eucharistie. Car ce n’est pas la matière de l’huile qui nous guérit ici : c’est la rencontre corps à corps qu’elle annonce, celle de nos corps souffrants et faibles, avec le corps glorieux du Ressuscité ; une annonce qui se réalise déjà ici-bas, lorsque nous venons communier ou que nous vivons la communion de désir.
* * *
Mais les dix jeunes filles vont finir par manquer d’huile ; il faut dire qu’elle n’est pas inactive, cette huile : elle se consume pour éclairer. Nous saisissons que Jésus nous appelle à une identification : ce n’est pas seulement l’huile qui doit brûler pour éclairer la venue de l’époux, ce sont les dix vierges elles-mêmes qui doivent brûler, se consumer d’amour pour l’époux.
Toute notre vie chrétienne et notre mission de baptisés est ici symbolisée : il est nécessaire que nous nous laissions consumer pour le Christ, afin d’éclairer sa venue.
Ce que reprochent nos contemporains – parfois avec raison – c’est de voir des chrétiens qui ne sont pas cohérents avec leur foi : seuls des croyants consumés touchent le cœur des autres. Ils sont marqués par un Abbé Pierre, une Sœur Emmanuelle, un Père Pedro, ou des parents dévoués. Ils sont touchés par des moines de Thibbérine restés fidèles ou par des prêtres qui chantent sans renier leur consécration. Ils sont interrogés par des religieuses et des religieux qui font de la prière le cœur de leur vie. Ils sont touchés par des chrétiens qui visitent les malades, nourrissent ceux qui ont faim et prennent du temps pour des personnes âgées qui n’intéressent plus personne.
Comme l’huile des dix vierges et l’huile de la lampe du tabernacle, brûlons de charité pour éclairer le Christ. Est-ce que nous allons y perdre quelque chose ? Oui, certainement, car l’huile se consume d’instant en instant ; elle disparaît au fur et à mesure. Mais ce n’est pas elle qui compte, c’est la lumière qu’elle produit en se donnant.
Elle peut être fière, cette huile qui part en fumée : car elle a éclairé la vie des autres, elle a montré le Christ. Préférez-vous être une huile rance, que l’on jette parce qu’elle est restée inutile et qu’elle sent mauvais, ou une huile consumée, brûlée par amour ?
Chers pèlerins, en vous appliquant l’huile du Laus, ne manquez pas de désirer vous consumer pour éclairer la vie des autres en montrant la présence du Christ !
* * *
Et puis, dans la parabole que nous offre le Seigneur, les jeunes filles n’attendent pas n’importe qui. Chacune espère pouvoir conquérir l’époux, celui qui va les aimer, les étreindre, les caresser. Et voilà que leur huile devient le signe de ce qu’elles attendent : huile de douceur pour le corps, elle annonce la relation tendre et délicate que chacune espère avec son époux.
Au sanctuaire du Laus, c’est ce que nous voyons quotidiennement : en s’appliquant l’huile ou en l’appliquant à quelqu’un, les pèlerins sont « obligés », si l’on peut dire, de faire un geste délicat. L’huile ne s’applique pas avec violence, elle s’appose telle une caresse.
L’huile de la lampe nous oblige à une bienveillance et une tendresse à l’égard de notre propre corps, alors que nous pouvons peut-être le percevoir comme un ennemi qui nous perturbe. Malade ou vieillissant, ne correspondant sans doute pas aux canons de beauté dont nous rêvons, notre corps est parfois maltraité par nous-mêmes.
Mais voilà ce geste de l’huile, comme une caresse du Seigneur, comme une tendresse de Marie sur nos corps meurtris. Et c’est toute la dignité du corps humain qui est ici mise en valeur : le corps n’est ni notre ennemi, ni une marchandise : il est l’espace de la caresse divine. Chers pèlerins, en vous appliquant l’huile du Laus, soyez bons avec votre corps !
Maître-autel de la chapelle Notre-Dame du Laus
Mais cette onction peut aussi devenir un geste de réparation pour tous les outrages faits au corps humain, dans la pornographie, les relations sexuelles déviantes, l’avortement, l’euthanasie, ou certaines recherches médicales. Que l’huile descende en abondance, comme sur la barbe d’Aaron, pour restaurer ce qui est abîmé par le péché.
* * *
Et devant tant de délicatesse du Seigneur, comment ne pas vouloir entrer davantage dans la relation d’amour ? L’huile de la lampe du tabernacle, comme l’huile des lampes des dix vierges, vise à permettre la rencontre avec l’époux. S’il y en a trop peu, le rendez-vous sera manqué ; c’est ce qui arrive à cinq de ces jeunes filles. Alors nous, ne manquons pas d’huile ; versons-en avec surabondance sur toute notre vie.
Ainsi, l’huile si précieuse pour dégripper des rouages, versons-là abondamment sur tout ce qui a besoin en nous d’être dégrippé : des relations difficiles avec certains, des blocages de tous ordres, des hésitations à nous convertir, des manques de confiance en Dieu. Versons l’huile de la grâce, pour que tout, en nous, fonctionne plus limpidement.
Le bon samaritain versant l'huile et le vin dans les plaies
du malheureux
En assaisonnement, aussi, l’huile retire l’amertume ; dans nos rapports aux autres et sans doute également notre regard sur l’Eglise, n’avons-nous pas besoin de chasser ce poison de l’amertume, qui nous fait tout voir négativement et qui nous paralyse ? Versons-nous l’huile du Laus, pour évacuer toutes nos amertumes et les remplacer par de la douceur et de la bienveillance.
Versons-là aussi, cette huile, comme une huile sur les coups de soleil. Laissons le Christ apaiser ce qui est trop brûlant en nous : nos orgueils, nos rancunes envers certains, nos mauvais désirs sensuels. Combien de pèlerins, en s’appliquant l’huile du Laus, ont-ils été libérés d’impuretés sexuelles qui les rendaient malheureux et qui contristaient le Ciel ? Osez vous appliquer cette huile en priant le Seigneur d’apaiser les brûlures de l’âme, du corps, de la mémoire.
* * *
Frères et sœurs pèlerins, même si certains n’ont pas besoin de ce conseil, permettez-moi de le proposer à tous : en ce jour où le Seigneur nous montre ces dix jeunes filles qui veillent la venue l’époux, prenez le temps, à la fin de cette messe, pour faire la démarche auprès de l’huile, ici, dans la chapelle de Bon Rencontre. Il faut un peu d’humilité pour le faire ; mais surtout une grande foi en la présence du Seigneur qui nous apaise, nous caresse et nous guérit.
Les vierges sages et les vierges folles.

Et comme près de 30 000 flacons de cette huile sont envoyés chaque année à travers le monde, soyez, vous aussi, des missionnaires de l’huile du Laus. En prenant soin de bien l’expliquer pour qu’elle ne soit jamais détournée de sa finalité (qui lui ferait perdre d’ailleurs toute efficacité), soyez des missionnaires de la douceur de Dieu et de la prévenance de Marie, jusqu’au jour où, dans l’Eternité, l’huile d’allégresse coulera à flot sur tous les sauvés. Amen.


jeudi 2 février 2017

Chandeleur - Présentation de l'Enfant Jésus au Temple

Présentation de l'Enfant Jésus au Temple.

Homélie sur la Présentation de l'Enfant Jésus au Temple, de Saint Sophrone, Évêque de Jérusalem.

Courons tous au-devant du Christ, nous qui honorons et vénérons avec tant de piété son mystère, allons tous de tout notre cœur !
Présentation de l'Enfant Dieu au Temple,
détail d'une chasuble
Qu'on ne voie personne étranger à la joie de cette célébration, que nul ne soit écarté de la participation aux mystères, que nul ne soit privé de la joie porteuse de lumière !
Que nul ne soit plus nonchalant devant la course si rapide du vieillard Siméon, que nul ne se montre plus lent que la marche d'Anne, la vieille femme !
Que personne donc ne soit absent de la course, que personne ne soit exclu de la procession de la lumière ! Réunissons l'éclat de nos cierges, alors nous manifesterons la splendeur divine de Celui qui vient ; c'est de Lui que toutes choses tirent leur clarté et sont illuminées après que les ténèbres du mal aient été repoussées.

Plus encore nous manifesterons la splendeur de l'âme, avec laquelle nous devons courir à la rencontre du Christ. En effet, comme la Mère de Dieu, la Vierge très chaste, tient dans ses bras la véritable lumière et la porte à ceux qui gisent dans les ténèbres, de même, éclairés nous-mêmes par ses rayons et tenant en nos mains une lumière visible, hâtons-nous d'aller à la rencontre de Celui qui est la véritable lumière.

Assurément « la lumière est venue dans le monde » et l'a illuminé alors qu'il était environné de ténèbres, et « le Soleil Levant nous a visités d'en-haut » et a lui sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres ; voilà le mystère que nous célébrons.

C'est pourquoi, avançons-nous en tenant des lampes, accourons en portant des flambeaux. Nous manifestons ainsi la lumière qui a brillé sur nous, nous représentons l'éclat qui doit venir de Lui vers nous. Oui, courons tous ensemble, accourons tous vers Dieu ! Elle vient, cette lumière véritable « qui illumine tout homme venant en ce monde ».

Procession des lumières.
Tous donc, mes frères, soyons illuminés, tous soyons resplendissants. Que nul d'entre nous ne demeure à l'écart de cette clarté, comme un étranger ; que nul, alors qu'il en est inondé, ne s'obstine à rester dans la nuit ! Mais avançons-nous, éclatants de lumière, éclairés allons tous ensemble à sa rencontre ! Recevons avec le vieillard Siméon cette lumière resplendissante et éternelle ; l'âme exultant de joie avec lui, chantons dans l'action de grâces une hymne à Dieu, le Père de lumière qui a envoyé la lumière véritable pour chasser les ténèbres, et nous rendre resplendissants !

Nous aussi, à travers Siméon, nous avons vu le Salut de Dieu, qu'Il a préparé à la face de tous les peuples et manifesté pour notre gloire, nous le nouvel Israël ; et à l'instant où Siméon a vu le Christ nous avons été déliés de l'antique et ténébreux péché comme des liens de cette vie présente. Nous aussi en embrassant dans la foi le Christ venu vers nous depuis Bethléem, nous sommes devenus de toutes les nations le peuple de Dieu (car c'est Lui le Salut de Dieu le Père), de nos yeux nous avons vu Dieu fait chair, par la présence de Dieu contemplée et reçue sur les bras de l'âme, nous avons été désignés comme le nouvel Israël, et nous la célébrons en des fêtes anniversaires afin de ne jamais l'oublier. Ainsi soit-il. 


La chandeleur ou mardi gras, 1562, par Pieter Aertsen, Rotterdam

mardi 31 janvier 2017

Don Bosco, Apôtre de la jeunesse

Saint Don Bosco, 
Souvenirs autobiographiques

A neuf ans j'ai fait un songe qui m'est resté profondément gravé dans l'esprit pendant toute ma vie. Dans ce songe, il me semblait que j'étais près de notre maison dans une cour très spacieuse où étaient rassemblés une foule d'enfants qui jouaient. Les uns riaient, beaucoup blasphémaient. En entendant ces blasphèmes je me suis tout de suite jeté au milieu d'eux, donnant du poing et de la voix pour les faire taire.
A ce moment, apparut un Homme imposant, noblement vêtu. Son visage était si lumineux qu'on ne pouvait pas le regarder en face. Il m'appela par mon nom et me dit : “Ce n'est pas avec des coups mais avec la douceur et la charité que tu devras faire d'eux tes amis. Commence dont tout de suite à leur parler de la laideur du péché et de la valeur de la vertu”.

Intimidé, craintif, je répondis que j'étais un pauvre enfant ignorant. Alors, les garçons, cessant de se battre et de crier, se groupèrent tous autour de Celui qui parlait. Comme si je ne savais plus ce que je disais, je demandai : Qui êtes-vous pour m'ordonner des choses impossibles ?
C'est justement parce que ces choses te paraissent impossibles que tu devras les rendre possibles en obéissant et en acquérant la science.
– Comment pourrai-je acquérir la science ?
– Je te donnerai une institutrice. Sous sa conduite, tu pourras devenir savant.
– Mais qui êtes-vous ?
Je suis le Fils de cette Femme que ta mère t'a appris à prier trois fois par jour. Mon nom, demande-le à ma Mère.”

Aussitôt, je vis à ses côtés une Dame d'aspect majestueux, vêtue d'un manteau qui resplendissait comme le soleil. S'approchant de moi tout confus, elle me fit signe d'avancer et me prit par la main avec bonté : Regarde ! dit-elle”.
En regardant, je m'aperçus que les enfants avaient tous disparu. A leur place je vis une multitude de cabris, de chiens, de chats, d'ours et beaucoup d'autres animaux.
Voilà ton domaine ! Voilà où tu devras travailler. Deviens humble, courageux, et vigoureux : et ce que tu vois arriver en ce moment à ces animaux, tu le feras pour mes enfants”.

Je tournai donc les yeux et voilà qu'à la place des bêtes sauvages apparurent autant de paisibles agneaux qui sautaient, couraient, bêlaient autour de cet Homme et de cette Femme comme pour leur rendre hommage.
Alors, toujours dans mon rêve, je me mis à pleurer et je priai cette Dame de vouloir bien s'expliquer d'une façon plus claire, car je ne comprenais pas ce que tout cela signifiait.
Elle posa sa main sur ma tête et me dit : Tu comprendras tout au moment voulu”.

Elle avait à peine dit cela qu'un bruit me réveilla. Tout avait disparu. J'étais abasourdi. J'avais l'impression que les mains me faisaient mal à cause des coups de poings que j'avais distribués et que le visage me cuisait d'avoir reçu des gifles de tous ces galopins.
Le matin, j'ai raconté le songe d'abord à mes frères qui se mirent à rire, puis à ma mère et à la grand-mère. Chacun donnait son interprétation : “Tu deviendras berger”, dit Joseph. “Chef de brigands”, insinua perfidement Antoine. Ma mère : “Qui sait si tu ne deviendras pas prêtre. C'est la grand-mère qui prononça le jugement définitif : “Il ne faut pas s'occuper des rêves”. J'étais de l'avis de l'aïeule et pourtant je ne réussis jamais à m'ôter tout cela de l'esprit.



Parmi les songes prophétiques de Don Bosco est célèbre celui appelé : les Trois Blancheurs” ou « les deux colonnes ». En voici succinctement le récit :

« J’ai vu une grande bataille sur la mer : le navire de Pierre, piloté par le Pape et escorté de bateaux de moindre importance, devait soutenir l’assaut de beaucoup d’autres bâtiments qui lui livraient bataille. Le vent contraire et la mer agitée semblaient favoriser les ennemis.

Mais au milieu de la mer, j’ai vu émerger deux colonnes très hautes : sur la première, une grande Hostie -l’Eucharistie- et sur l’autre (plus basse) une statue de la Vierge Immaculée avec un écriteau : Auxilium christianorum.

Le navire du Pape n’avait aucun moyen humain de défense. C’était une sorte de souffle qui provenait de ces deux colonnes, qui défendait le navire et réparait aussitôt tous les dégâts. La bataille se faisait toujours plus furieuse; le Pape cherche à se diriger entre les deux colonnes, au milieu d’une tempête de coups. Tandis que les armes des agresseurs sont en grande partie détruites; s’engage une lutte corps à corps. Une première fois, le pape est gravement blessé, mais ensuite il se relève; puis une seconde fois… et cette fois il meurt tandis que les ennemis exultent. Le nouveau pape, élu immédiatement après, reprend la barre et réussit à atteindre les deux colonnes, y accrochant avec deux chaînes le navire, qui est sauvé, tandis que les bateaux ennemis fuient, se détruisent réciproquement, et coulent. » Ce rêve laisse troublés plus de 500 jeunes qui étaient réunis, comme tous les soirs, pour écouter don Bosco, au mois de mai 1862.

C’est seulement le matin suivant qu’il leur expliqua le sens de ce songe. De graves persécutions et tourments attendent l’Eglise; il reste deux seuls moyens pour la sauver : Marie -Aide des chrétiens- et l’Eucharistie. »

Tabernacle de l'église de Sainte-Odile de Bousseviller